Pendant que tout le Québec avait les yeux rivés sur le Canada qui renversait la Finlande, pendant que les notifications vibraient au rythme des buts de McKinnon et des débats sur Suzuki, une autre scène se jouait en silence à Montréal.
À la patinoire Bleu Blanc Bouge de Côte-des-Neiges.
Un entraînement extérieur.
-15 ressenti.
350 jeunes de l’école Marc-Favreau dans les estrades.
Tuques, mitaines, cris d’enfants.
Et au milieu de tout ça, Patrik Laine.
Un événement planifié depuis longtemps pour souligner le 25e anniversaire de la Fondation des Canadiens pour l’enfance.
Une promesse faite aux partisans.
Une image forte : des millionnaires sur une glace de quartier, retour aux racines, au vrai hockey.
Comme dans l'temps
— Canadiens Montréal (@CanadiensMTL) February 20, 2026
The good ol' hockey game#GoHabsGo | @CHCFondation pic.twitter.com/ThkAVFMs0U
Sur papier, c’était parfait.
Dans la réalité, c’était un peu plus lourd que ça.
Merci à tous ceux qui ont fait de l'entraînement extérieur d'aujourd'hui tenu par la @CHCFondation un moment aussi spécial et mémorable!
— Canadiens Montréal (@CanadiensMTL) February 20, 2026
Thank you to everyone who made today's outdoor practice hosted by @CHCFondation such a special and memorable day!#GoHabsGo pic.twitter.com/augvhHHEBY
Parce que Laine est là.
Physiquement, oui.
Mentalement? C’est une autre histoire.
On le voit sur les photos.
Le paradis du hockey ❄️
— Canadiens Montréal (@CanadiensMTL) February 20, 2026
Hockey heaven#GoHabsGo | @CHCFondation pic.twitter.com/8SJvQxg74J
Il porte les couleurs du Canadien. Et il faut le dire : ça lui va bien.
Le rouge lui va bien. Le bleu lui va bien. Le logo lui va bien. On dirait encore un marqueur de 40 buts en mission.
Mais on ne peut pas ignorer le contexte.
Cinq matchs cette saison.
Une chirurgie.
Des blessures à répétition.
Un malaise évident avec le système.
Des rumeurs constantes.
Un départ qui ne fait plus de doute pour personne.
Le dossier Laine n’est plus un secret. Tout le monde comprend que c’est terminé. Pas officiellement. Pas encore.
Mais terminé pareil.
Et pourtant, il est là.
Sur la glace extérieure.
Sous le ciel gris.
Avec les jeunes.
C’est ça qui frappe.
Il aurait pu se cacher.
Il aurait pu éviter l’exposition.
Il aurait pu rester à Brossard pendant que les caméras étaient tournées ailleurs.
Mais non.
Il participe.
Et c’est peut-être ça le plus triste.
Parce que cette image-là, elle ressemble à une scène de fin de film. Un dernier plan large avant le générique.
On se souvient tous de son arrivée.
L’ovation. L’espoir. L’idée qu’on venait d’ajouter un sniper pur, un gars capable de transformer un power play, de faire exploser le Centre Bell.
On y a cru.
Et lui aussi.
Mais la LNH, c’est cruel. Montréal, encore plus.
Une blessure vient casser le momentum.
Un autre arrêt vient briser la routine.
Un autre recul dans la progression.
Les routines, pour un athlète, c’est tout.
Le rythme, la répétition, la confiance. Une blessure, ça ne touche pas juste le corps. Ça dérègle la tête.
Et quand ça arrive trop souvent, ça devient une spirale.
À 27 ans.
Vingt-sept.
Ce n’est pas la fin d’une carrière. Ce n’est même pas censé être le déclin. C’est l’âge où tout devrait exploser.
Mais à Montréal, l’histoire s’est écrite autrement.
Un joueur isolé.
Peu intégré.
Un style qui ne cadre pas avec l’identité recherchée.
Le Canadien veut de la structure, de la constance, du 200 pieds.
Laine, lui, c’est un artiste offensif. Un joueur qu’il faut accepter avec ses forces et ses limites.
Ça n’a jamais complètement collé.
Et aujourd’hui, sur cette glace extérieure, on voit un homme coincé entre deux chapitres.
Les enfants crient son nom.
Les caméras captent les sourires.
Les réseaux sociaux publient les images.
Mais derrière le sourire, il y a quelque chose.
Un détachement.
Pas de rébellion.
Pas d’attitude.
Juste une distance.
Comme quelqu’un qui sait déjà que ses cartons sont prêts.
L’ironie, c’est que cette journée devait humaniser le groupe. Montrer le lien avec la communauté. Briser la routine de la reconstruction.
Et ça fonctionne.
Sauf que pour Laine, cette image humanise autre chose.
La fragilité d’une carrière.
La vitesse à laquelle une histoire peut se terminer.
Il y a à peine quelques mois, on parlait d’un pari audacieux de Kent Hughes. Aujourd’hui, on parle d’un dossier urgent à fermer.
Entre-temps? Cinq matchs.
Cinq.
C’est brutal.
Est-ce que tout est de sa faute? Non.
Est-ce que le contexte l’a aidé? Pas vraiment.
Est-ce que le timing était mauvais? Absolument.
Mais au final, c’est comme ça que l’histoire s’écrit.
Ce qui rend le tout encore plus dur, c’est qu’on voit encore le talent.
Même dans les petits drills. Même dans les gestes simples. Le tir. Les mains. L’instinct.
Le joueur est encore là.
Mais l’histoire, elle, est ailleurs.
Cette pratique extérieure aura été éclipsée par le match du Canada.
Les gros titres parleront de la finale.
De Suzuki. De McDavid. De la revanche contre les États-Unis.
Mais pour ceux qui ont regardé attentivement les images de Côte-des-Neiges, il y avait autre chose.
Un chapitre qui se referme doucement.
Sans scandale.
Sans explosion.
Juste avec un silence froid à -15.
Patrik Laine en Bleu Blanc Rouge.
Peut-être pour la dernière fois.
Et c’est ça qui fait mal.
Parce que parfois, la fin d’une histoire ne vient pas avec un drame spectaculaire.
Elle vient avec une photo.
AMEN
