Honte publique: Jean-Charles Lajoie ne pardonnera jamais à Antoine Bertrand

Honte publique: Jean-Charles Lajoie ne pardonnera jamais à Antoine Bertrand

Par David Garel le 2026-01-01

Il y a des moments où la frontière entre la caricature et la réalité s’efface complètement.

Ce qui s’est passé lorsque Antoine Bertrand a incarné Jean-Charles Lajoie lors du Bye Bye 2025 relève de ce genre de naufrage médiatique qu’aucun communicateur ne souhaite vivre : être tellement exagéré, tellement outrancier... pour réaliser que l'imitation est tout simplement parfaite...

Et quand la parodie dépasse l’original, c’est que la chute est consommée.

Il y a une humiliation plus violente que toutes les critiques, plus définitive que toutes les chicanes de corridor engendrées par Lajoie, lui qui a tellement d'ennemis.

Lajoie a vécu le pire cauchemar hier: le moment où un humoriste t’imite, et que tout le monde comprend instantanément que l’imitation dit la vérité. La vérité d’image. Celle qui te colle à la peau. Celle qui te transforme en objet. Et quand Antoine Bertrand s’est mis à jouer Jean-Charles Lajoie, on a assisté à un effondrement public.

La seconde où JiC cesse d’être un animateur qui divise pour devenir un personnage public qui se fait avaler par sa propre caricature.

Parce que Bertrand n’a pas “taquiné”. Il a ciblé l’os. Il a tiré sur le fil qui fait tout défaire, celui de l’homme qui refuse de vieillir, qui refuse d’être dépassé... qui refuse d'être un "has been".

« Ici Jean-Charles Lajoie, avec ses grosses B-Windows, son petit pointu poilu et sa tuque de gars qui accepte mal de vieillir.

À la fin du podcast, le coco va m'éclore, promesse. Un gros poupon de 54 ans qui parle comme s'il avait "puffé" une balloune d'hélium. »

Tout est là. Tout. La tuque comme déguisement. La tuque comme masque. La tuque comme mensonge. La tuque pour paraître jeune, la tuque pour faire semblant que le temps ne gagne pas, la tuque pour cacher la calvitie, mais surtout, la tuque pour cacher l’insupportable réalité : l’image de JiC ne vieillit pas bien, parce qu’elle a toujours été construite sur l’excès.

Tu peux passer des mois à hurler, à prédire, à dramatiser, à surchauffer l’actualité comme un moteur qui refuse d’arrêter… et il suffit d’une imitation réussie pour que le public résume tout ton univers en dix secondes.

Le plus cruel, dans une imitation comme celle-là, c’est qu’elle ne t’attaque pas sur une erreur précise, elle t’attaque sur ce que tu “dégages”.

Et quand Bertrand ajoute, avec ce ton de mépris hilarant, l’idée du “gars qui accepte mal de vieillir”, il ne parle pas d’un bonnet sur une tête : il parle d’un homme qui a tellement besoin d’être important qu’il est prêt à devenir un clown sans même rougir, pourvu que ça fasse parler.

Dans ce genre de moment, tu ne peux pas “répondre” comme tu répondrais à un chroniqueur. Tu ne peux pas gagner contre un rire collectif.

Parce que la foule ne rit pas d’un argument : elle rit d’une identité.

Bertrand n’a pas seulement fait rire : il a démoli. Le sketch ne visait pas seulement l’homme, mais tout ce qu’il symbolise aujourd’hui: la démesure vide, l’arrogance bruyante, la perte de mesure d’un média en crise, alors que son émission sur TVA Sports attire moins d'auditeurs que la télé communautaire.

Dans ses bonnes années, on parle de 20 000 auditeurs en moyenne. Maintenant? 15 000 auditeurs et moins.

Le public a éclaté de rire ; Lajoie, lui, s’est effondré en direct de crédibilité. Il a vu son personnage lui échapper, devenir une honte vivante... une mauvaise blague collective.

Ce moment d’humiliation publique, c’est le prix à payer quand on choisit de vivre dans l’excès permanent.
Depuis des mois, Lajoie n’analyse plus : il dramatise. Il n’explique plus : il hurle. Il ne cherche plus la nuance : il cherche le « buzz ».

Et dans un monde où l’opinion est devenue un spectacle, le spectacle finit toujours par se retourner contre celui qui l’a trop joué.

Ce que Bertrand a exposé, c’est la vérité crue derrière le personnage : un homme qui veut exister à tout prix. Un animateur qui s’écoute parler, qui s’invente des guerres avec ses nombreux ennemis, qui cherche la controverse comme on cherche l’air.

Dans les corridors de TVA Sports, on le sait : les cotes d’écoute s’effondrent, les patrons s’impatientent, et le show de JiC est une patate chaude car il est devenu un sujet de moquerie.

Et dans ce milieu, rien n’est plus fatal que de devenir risible.

Autrefois, on le regardait pour s’indigner ; aujourd’hui, on le regarde pour rire de lui.

Bertrand, en une scène, a fait ce qu’aucun patron, aucun collègue, aucune critique n’avait réussi : il a dépouillé Lajoie de son masque.

Son imitation a transformé la polémique en comédie, et la comédie en condamnation.

Parce qu’une fois que le public rit de toi, tu ne contrôles plus rien. Tu n’imposes plus le ton ; tu deviens le sujet.

Et c’est bien là le drame : Jean-Charles Lajoie n’est plus un analyste, il est un punching bag.

L’homme qui voulait dominer les ondes est désormais dominé par sa caricature.

Antoine Bertrand ne l’a pas seulement imité ; il l’a achevé. Avec humour, mais sans pitié.

Dans l’histoire récente des médias québécois, rares sont les chutes aussi symboliques : celle d’un homme qui se voulait indispensable et qui finit remplacé par sa propre imitation.

Quel malaise.

Celui de voir un professionnel, autrefois respecté, devenir le clown triste d’un cirque qui n’a plus de public.

Le sketch d’Antoine Bertrand restera comme le moment où le personnage de Jean-Charles Lajoie a cessé d’appartenir à la télévision pour devenir un phénomène de moquerie collective.

C’est la pire des morts médiatiques : la mort par le rire.