Honte publique en Russie: Kent Hughes garde le silence

Honte publique en Russie: Kent Hughes garde le silence

Par Marc-André Dubois le 2025-04-02

Il y a des silences qui crient plus fort que des déclarations officielles.

Et dans le cas de Bogdan Konyushkov, l’un des meilleurs jeunes défenseurs évoluant présentement dans la KHL, le mutisme de l’organisation du Canadien de Montréal devient non seulement préoccupant, mais profondément choquant.

Comment expliquer que ce jeune arrière talentueux, repêché au 110e rang en 2023, n’ait reçu qu’un maigre courriel du CH en plus d’un lien vers une vidéo d’un autre défenseur de la LNH?

Comment peut-on justifier qu’un espoir aussi solide, aussi structuré, aussi ambitieux soit tout simplement ignoré par une organisation qui clame vouloir bâtir sur le développement de ses jeunes?

La situation contractuelle de Konyushkov — encore sous entente pour une saison avec le Torpedo de Nizhny Novgorod — ne devrait jamais servir d’excuse.

Ce que vivent les amateurs du Canadien en ce moment, c’est le sentiment d’un immense gâchis en gestation. Une négligence professionnelle pure et simple.

Un manque de respect évident envers un joueur qui, selon Igor Larionov lui-même, serait déjà prêt à aider Montréal dès aujourd’hui.

« À mon avis, si je vous l’envoyais aujourd’hui, il serait un joueur clé pour Montréal », a déclaré Larionov au journaliste Nicolas Cloutier de TVA Sports.

« Je connais l’équipe, je connais les joueurs. Et je connais Bogdan : son niveau d’habiletés, son éthique de travail, sa soif d’être le meilleur joueur. Chose certaine, il deviendra l’un des meilleurs défenseurs de la KHL. »

Et pourtant, rien.

Ce silence assourdissant rappelle les pires heures de l’ère Marc Bergevin, lorsque la communication avec les espoirs frôlait l’inexistant.

Des jeunes abandonnés à eux-mêmes, sans suivi, sans plan, sans considération humaine. Kent Hughes, qui avait promis une nouvelle ère, semble répéter le même schéma, avec une touche d’indifférence encore plus glaçante.

Et ce qui rend la situation encore plus absurde, c’est la présence de Nick Bobrov, directeur du recrutement amateur… et RUSSE.

Comment un recruteur d’origine russe, censé comprendre les nuances culturelles et le fonctionnement du hockey là-bas, peut-il justifier une absence totale de communication avec l’un des meilleurs défenseurs de la ligue?

Pourquoi personne ne semble s’être déplacé pour aller rencontrer Konyushkov, alors même que l’organisation a pris soin de visiter Ivan Demidov?

« Il n’y a aucun plan de développement spécifique », avait déclaré Konyushkov en décembre à RG.org.

« Il y a deux ou trois mois, ils m’avaient écrit pour prendre de mes nouvelles. Ils m’avaient aussi fait parvenir des séquences d’un défenseur de la LNH. Autrement, il n’y a aucune communication. Nous n’avons pas le genre de correspondances qu’ils entretiennent avec Ivan Demidov. »

Demidov, sélectionné au cinquième rang, reçoit toute l’attention. Konyushkov, quatrième ronde, est ignoré. Voilà donc la mentalité du CH? Valoriser seulement les hauts choix, et laisser les autres se débrouiller dans l’ombre?

Les partisans se font souvent dire :

« Il n’y a pas d’urgence, il a encore un contrat d’un an en Russie. »

Mais ce n’est pas une question d’urgence. C’est une question de respect. De vision. De relation humaine. De construire un pont maintenant pour que, lorsqu’il sera libre, il veuille venir ici.

Aujourd’hui, Konyushkov n’a aucune raison de rêver à Montréal. Et ça, c’est un échec stratégique inexcusable.

Il suffit de lire ses propres mots pour comprendre le désintérêt croissant :

« Je n’ai aucun lien avec le Canadien. »

« Ils communiquent beaucoup avec Demidov parce qu’il a été choisi haut dans le repêchage. Je n’ai pas ce luxe. »

Il est rare d’entendre un espoir parler avec autant de lucidité et de détachement. Et ce détachement, c’est Montréal qui l’a créé.

Cette saison, Konyushkov a vu sa production offensive chuter (17 points en 67 matchs), mais il a continué d’assumer de lourdes responsabilités défensives, avec une moyenne de 22:53 de temps de jeu par match, à peine moins que l’an dernier.

L’arrivée du controversé Slava Voynov lui a fait perdre le titre de capitaine, mais pas son rôle essentiel dans l’équipe.

Malgré cela, il a été solide. Stable. Mûr. À seulement 21 ans. Et en séries, il affrontait rien de moins que le Lokomotiv de Yaroslavl, meilleure équipe de la KHL.

Il a connu une fin de parcours difficile, mais chaque minute jouée contre des vétérans de haut niveau représente une étape vers la LNH.

« Tout dépend de moi », disait-il plus tôt cette saison, dans un effort louable de rester positif malgré l’indifférence du CH.

Konyushkov anime même un podcast en Russie, suivi par des jeunes passionnés. Il apprend l’anglais, commence à s’ouvrir au français. Il fait tout ce qu’on attend d’un jeune professionnel. Il construit son avenir.

Mais à Montréal, personne ne répond.

« Nous avons décidé de ne pas émettre de commentaires », a répondu le responsable des communications du Torpedo lorsqu’on a tenté d’en savoir plus sur la relation entre Konyushkov et le CH.

Voilà le fruit d’un désintérêt mutuel. Et c’est intolérable.

Quand on se prétend une organisation centrée sur le développement, on ne laisse pas un tel talent sans suivi. 

Il faut se poser la vraie question : si Bogdan Konyushkov s’appelait Brendan King, qu’il était né à Calgary, et qu’il avait produit 28 points dans la KHL à 20 ans, serait-il ignoré de la sorte?

La réponse est non.

Kent Hughes doit impérativement sortir de son silence. Il doit envoyer un message clair, non seulement à Konyushkov, mais à tous les espoirs du CH : peu importe le rang, peu importe le pays, vous comptez pour nous.

Parce que pour l’instant, c’est tout l’inverse qui transparaît. Et c’est une honte.