Honte publique à Détroit: Martin St-Louis donne une leçon à Steve Yzerman

Honte publique à Détroit: Martin St-Louis donne une leçon à Steve Yzerman

Par David Garel le 2026-04-02

On assiste à quelque chose de profondément dérangeant dans ce qui se dessine à Detroit. Pas seulement une reconstruction qui déraille, pas seulement une équipe qui s’effondre au pire moment de la saison, mais une logique organisationnelle qui semble complètement déconnectée de la réalité.

Parce que pendant que les Red Wings glissent, pendant que les décisions s’accumulent sans produire de résultats concrets, une idée circule de plus en plus sérieusement : celle de voir Steve Yzerman non seulement survivre… mais être promu.

Oui, promu.

Le scénario évoqué par Elliotte Friedman donne mal au coeur. Yzerman pourrait quitter son poste de directeur général pour devenir président des opérations hockey, laissant les commandes quotidiennes à un homme de confiance comme Kris Draper ou Shawn Horcoff. Sur papier, ça ressemble à une transition structurée. Dans les faits, ça ressemble surtout à une immunité totale.

Parce que c’est ça, le vrai sujet. Steve Yzerman ne dirige pas comme les autres. Il ne tombe pas comme les autres. Il ne paie pas pour ses erreurs comme les autres.

Et c’est là que ça devient incompréhensible.

Depuis 2019, les Red Wings n’ont jamais réussi à franchir cette étape qu’on promet chaque année. Six saisons sans séries éliminatoires, une accumulation de choix élevés au repêchage, une banque d’espoirs respectable, et pourtant… rien de structuré, rien de stable, rien de réellement convaincant.

Cette saison encore, Detroit a donné l’illusion. Une première moitié encourageante, une place dans le portrait des séries, puis une chute brutale : huit victoires en 23 matchs, une attaque anémique à 2,3 buts par match, une équipe incapable de produire quand ça compte.

Et malgré tout ça, on parle de promotion.

C’est là que le parallèle avec Joe Sakic devient presque insultant. Sakic a été promu après avoir bâti un monstre, après avoir gagné la Coupe Stanley, après avoir démontré une vision claire et une exécution sans faille. À Colorado, la promotion était une récompense logique. À Detroit, elle ressemble à une fuite vers le haut.

Même chose avec Ron Francis à Seattle. Lui aussi a changé de rôle après des résultats mitigés, mais au moins, il n’avait pas derrière lui le poids d’une organisation historique incapable de sortir de sa torpeur.

Parce que c’est ça, le fond du problème : Yzerman bénéficie d’un statut à part. Ancienne légende. Intouchable. Intimidante. Respectée au point où plus personne n’ose vraiment poser les bonnes questions.

Comment expliquer autrement certaines décisions récentes?

Échanger des choix de premier et troisième tour pour Justin Faulk, un défenseur de 34 ans, alors que ton équipe est n'a jamais réussi à sortir de sa reconstruction, ça défie la logique.

Empiler des vétérans comme Patrick Kane, David Perron ou James Van Riemsdyk dans une équipe qui devrait être tournée vers l’avenir, ça envoie un message contradictoire.

Miser sur des signatures coûteuses comme Andrew Copp ou Ben Chiarot, ça finit par te rattraper.

Et pourtant, aucune conséquence.

Au contraire, on parle de le monter d’un étage.

Comme si l’échec devenait une étape vers plus de pouvoir.

Pendant ce temps, l’ironie devient presque cruelle quand on regarde ce qui se passe à Montréal avec Martin St-Louis. Parce que derrière toute cette situation, il y a une histoire personnelle, une tension qui remonte à bien avant les bancs et les décisions de gestion.

En 2014, Steve Yzerman prend une décision qui va marquer à vie Martin St-Louis. Il l’écarte initialement de l’équipe olympique canadienne à Sotchi.

Pas pour une question de talent, mais pour une question d’attitude, de fit, de dynamique de groupe. St-Louis est humilié, blessé, profondément atteint. Il sera rappelé plus tard, mais le mal est fait.

Et cette blessure ne disparaît jamais vraiment.

Elle refait surface des années plus tard, différemment, mais avec la même intensité.

Parce qu’aujourd’hui, pendant que Yzerman tente de sauver les apparences à Detroit, St-Louis, lui, est en train de construire quelque chose dans un environnement infiniment plus hostile. Montréal n’offre aucune protection. Aucun statut ne te sauve. Chaque décision est disséquée. Chaque erreur est amplifiée. Chaque déclaration est jugée.

Et pourtant, son équipe est la formation de l'heure dans la LNH.

Voir les Canadiens de Montréal dominer une équipe dirigée par Yzerman, voir un groupe engagé, tissé serré, opportuniste, pendant que les Red Wings semble perdus, c'est "dans la face" du DG des Red Wings.

Le statut ne gagne pas des matchs. Le passé ne construit pas une équipe. Le respect acquis comme joueur ne garantit rien comme dirigeant.

C’est là que la situation devient fascinante. Parce que Martin St-Louis, malgré toutes ses imperfections, malgré ses déclarations arrogantes, malgré son entêtement parfois déroutant, est jugé en temps réel. Il doit prouver, constamment. Il doit évoluer, s’ajuster, survivre.

Yzerman, lui, semble au-dessus de tout ça.

Comme si son histoire le protégeait.

Comme si ses bagues lui donnaient un crédit infini.

Mais à un moment donné, il faut arrêter de regarder le nom derrière le bureau et commencer à regarder ce qui se passe sur la glace.

Et sur la glace, Detroit stagne.

Pire encore, Detroit recule.

La reconstruction est confuse. L’identité est floue. Les jeunes ne prennent pas le contrôle comme prévu. Et les décisions récentes donnent l’impression d’une organisation qui panique plus qu’elle ne construit.

Alors oui, l’idée de le voir devenir président peut s’expliquer politiquement. Garder Yzerman dans l’organisation. Éviter un congédiement humiliant. Préserver une certaine image.

Mais sportivement, c’est difficile à défendre.

Parce que ça envoie un message dangereux : tu peux échouer, et quand même monter.

Et dans une ligue où chaque détail compte, où chaque décision peut te faire gagner ou perdre des années, ce genre de message finit toujours par te rattraper.

Pendant ce temps, Martin St-Louis continue d’avancer avec ses contradictions, ses défauts, mais aussi sa détermination. Il n’est pas parfait. Il ne l’a jamais été. Mais il est en train de tracer son chemin sans filet de sécurité, sans immunité.

Et quelque part, c’est peut-être ça, la vraie différence entre les deux hommes aujourd’hui.

L’un est protégé par ce qu’il a été.

L’autre est jugé pour ce qu’il est en train de devenir.

Et dans cette dynamique, la revanche ne se joue pas dans une déclaration, ni dans un souvenir de Sotchi.

Elle se joue maintenant.

Sur la glace. Dans les résultats. Dans la capacité à bâtir quelque chose de réel.

Et pour l’instant, ce n’est pas à Detroit que ça se passe.