On commence à avoir assez de recul pour le dire franchement : le congédiement d’Éric Raymond n’était pas un simple changement de personnel. C’était un aveu d’échec. Un virage culturel. Et peut-être, rétrospectivement, l’une des décisions les plus lourdes de conséquences du cycle actuel du Canadiens de Montréal.
Parce que depuis l’arrivée de Marco Marciano, on voit exactement ce qui manquait.
Et les propos récents de Cayden Primeau viennent ajouter une couche brutale à ce constat.
Primeau dit tout haut ce que plusieurs pensaient tout bas.
Primeau ne parle pas à demi-mot. Il parle avec reconnaissance, émotion… et une clarté désarmante.
Il dit que Marciano est « le gars qui travaille le plus fort » qu’il ait connu.
Qu’il est le premier arrivé à l’aréna et souvent le dernier parti.
Qu’il aime son travail, qu’il prend soin de ses gardiens, qu’il n’essaie pas de les transformer en robots.
Surtout, il dit une phrase qui frappe droit au cœur :
« Je revois des vidéos de moi à l’université ou à mes débuts chez les pros… et je constate que je suis devenu un gardien entièrement différent. »
Marciano ne coachait pas seulement ses arrêts.
Il reconstruisait le gardien.
Primeau ajoute :
« J’ai toujours tiré beaucoup de fierté d’être un gardien athlétique. Et Marco m’a permis d’atteindre un autre niveau. »
Et encore :
« Il est excellent sur le plan mental. Il utilise plusieurs techniques pour aider ses gardiens dans tout ce qu’ils vivent. Il essaie de trouver des solutions pour tout. »
Ce sont des mots lourds de sens quand on sait ce que Primeau a traversé à Montréal : humiliations publiques, rétrogradations répétées, confiance pulvérisée, et ultimement un échange qui ressemblait davantage à un abandon qu’à un nouveau départ.
Pendant tout ce temps-là, Marciano était là. Comme mentor. Comme stabilisateur. Comme ami.
Primeau le dit lui-même : dans sa dernière année à Laval, Marciano n’était même plus seulement un coach. Il était un point d’ancrage humain.
Le contraste violent avec l’ère Éric Raymond
Et c’est là que le dossier Raymond devient impossible à ignorer.
Raymond incarnait une vieille école. Très technique. Très rigide. Très hiérarchique. Une approche froide, mécanique, parfois même punitive.
Plusieurs gardiens ont laissé entendre, directement ou indirectement, que la relation était devenue lourde, tendue, émotionnellement drainante.
On sait aujourd’hui que :
Raymond n’était pas l’homme de la direction actuelle.
Il traînait déjà une réputation de coach “dur mentalement”.
Il avait été congédié une première fois par Jeff Gorton à Hartford.
Il était un héritage du régime Bergevin/Ducharme.
Et surtout : il avait perdu la connexion avec ses gardiens.
Quand Samuel Montembeault a appris son congédiement, il était sous le choc. Il a même révélé qu’il avait reçu, le même soir, l’annonce du décès de sa grand-mère. Une soirée émotionnellement dévastatrice.
Mais Montembeault a aussi reconnu que Marciano l’a immédiatement aidé à retrouver le sourire, à avoir du fun, à revenir aux bases. Il a expliqué que Marco lui lançait de l’eau au visage pendant les pratiques pour le faire rire, le détendre, briser la tension.
Ses mots sont clairs :
« Les deux mots d’ordre, c’était compete et avoir du fun. »
Depuis?
Montembeault est redevenu solide.
Plus calme.
Plus mobile.
Plus confiant.
Même chose pour Jakub Dobeš, qui a parlé ouvertement de l’impact immédiat de Marciano, de ses ajustements en plein match, de sa capacité à simplifier le jeu, à enlever du bruit mental.
On parle d’un entraîneur qui arrive… et instantanément, les gardiens respirent mieux.
Ce n’est pas anodin.
Et si Marciano avait été là plus tôt?
C’est LA question qui fait mal.
Et si Marco Marciano avait été l’entraîneur des gardiens du Canadien il y a trois ans?
Est-ce que Primeau serait aujourd’hui un gardien établi dans la LNH?
Est-ce que ses écroulements à Montréal auraient été évités?
Est-ce que son développement aurait été protégé au lieu d’être broyé?
On ne peut pas réécrire l’histoire. Mais quand Primeau dit qu’il est devenu un gardien complètement différent grâce à Marciano… quand il parle de transformation, de confiance, d’approche mentale… difficile de ne pas penser que le Canadien a peut-être sacrifié un espoir majeur sur l’autel d’une mauvaise philosophie.
Primeau n’a pas lancé Raymond sous l’autobus directement. Mais entre les lignes, tout est là.
Marciano aidait.
Raymond usait.
Et dans la LNH moderne, surtout pour les gardiens, ça change tout.
Le vrai virage du Canadien
Le congédiement d’Éric Raymond n’était pas seulement un changement de coach.
C’était un rejet clair d’une mentalité.
Avec Marciano, le Canadien adopte une approche humaine, individualisée, mentale autant que technique. On développe des athlètes, pas des machines. On protège la tête autant que les genoux.
Les résultats sont déjà visibles.
Montembeault respire.
Dobeš progresse.
Fowler est encadré intelligemment.
Et pendant ce temps, Primeau, ailleurs, continue de remercier celui qui ne l’a jamais lâché.
Ce n’est pas une coïncidence.
C’est une leçon.
Le Canadien vient peut-être, enfin, de comprendre que pour bâtir des gardiens dans ce marché-là, il faut autre chose que des drills et des tableaux tactiques.
Il faut un coach.
Un vrai.
Et Marco Marciano, visiblement, en est un.
