Honte nationale en Slovaquie: Juraj Slafkovsky puni par la fédération

Honte nationale en Slovaquie: Juraj Slafkovsky puni par la fédération

Par David Garel le 2026-02-09

À Milan, Juraj Slafkovský ne retrouve pas seulement un chandail national. Il retrouve une réalité qu’il connaît déjà : devoir prouver, encore, qu’il n’est pas dépendant de qui que ce soit pour être dominant.

Pendant deux semaines, il est coupé de ses repères habituels à Montréal. Plus d’Ivan Demidov. Plus d’Oliver Kapanen. Plus de trio bâti sur la vitesse, la créativité et la jeunesse.

Aux Jeux olympiques, Slafkovský est propulsé sur le premier trio slovaque avec Tomas Tatar et Adam Ruzicka. Des joueurs solides, expérimentés, respectables, mais qui n’offrent ni le même dynamisme ni le même plafond offensif que ceux avec qui il a explosé cette saison chez le Canadien.

Et pourtant, loin de le freiner, cette situation semble le libérer.

Depuis trop longtemps, un narratif colle à Slafkovský : celui d’un joueur qui profiterait des autres. D’abord Suzuki et Caufield. Puis Demidov et Kapanen.

Comme s’il se contentait de ramasser ce qui traîne. Or, la réalité observée sur la glace est exactement l’inverse. À Montréal, ce n’est pas Slafkovský qui suit le rythme de son trio : c’est son trio qui s’aligne sur lui. Il protège la rondelle, il attire la couverture, il gagne les batailles, il crée le temps et l’espace. Les points viennent ensuite, presque naturellement.

Ce que plusieurs ont enfin compris cette saison, c’est que Slafkovský est un transporteur de trio. Un joueur qui élève le jeu autour de lui. Peu importe les noms sur la feuille de match.

À Milan, ce contexte est encore plus révélateur.

Il n’a pas la lettre « C ». Il n’a pas de « A ». La fédération slovaque a même poussé l’absurdité jusqu’à lui refuser toute lettre, comme pour le “remettre à sa place” après ses critiques passées.

Une décision qui en dit long. Un geste politique, malhabile, inutile. Une tentative de rappeler à un joueur de 21 ans qu’il ne doit pas dépasser le cadre, même s’il est déjà la plus grande vedette offensive du pays.

Quand Slafkovský a créé la tempête en Slovaquie, ce n’était pas pour faire le provocateur. Il a simplement dit tout haut ce que plusieurs pensent tout bas : que dans le hockey slovaque, « tout passe par les contacts », que trop souvent, ce sont les bonnes relations qui ouvrent des portes plutôt que le mérite pur, et que le pays se berçait d’illusions depuis la médaille de bronze de Pékin, une médaille qu’il a lui-même ramenée, mais qu’il a replacée dans son contexte en rappelant qu’il n’y avait pas de joueurs de la LNH cette année-là.

Il est allé encore plus loin en disant carrément que la Slovaquie prétend faire les choses de la bonne façon, mais qu’en réalité, « on fait semblant », et que si le programme veut redevenir vraiment compétitif, « plusieurs choses doivent changer » à la fédération.

Ces propos-là ont frappé fort : la fédération s’est sentie attaquée, les médias l’ont peint comme ingrat, certains l’ont accusé de manquer de respect à son pays, et du jour au lendemain, le héros national est devenu un jeune joueur trop direct, trop franc, trop dérangeant.

Slafkovský a fini par reconnaître qu’il avait peut-être été trop brutal dans sa façon de s’exprimer, disant qu’il regrettait la forme, pas le fond, et qu’il restait reconnaissant des chances qu’on lui avait données à 16-17 ans avec les équipes seniors.

Pendant ce temps, chez lui, ça virait au cauchemar : journalistes qui suivent sa sœur à l’école, sa mère harcelée dans son gym, inconnus qui entrent dans leur cour pour prendre des photos de la maison familiale, gens qui sonnent à la porte à toute heure.

C’est ça, le prix d’être devenu un symbole national trop vite. Aujourd’hui, à Milan, Juraj Slafkovský arrive avec tout ça dans le dos : les critiques, la fédération froissée, la famille exposée, mais aussi une maturité nouvelle.

Il a tourné la page publiquement, il a dit que c’était du passé, qu’il voulait simplement représenter son pays avec fierté, travailler fort et aider son équipe à gagner, mais personne ne peut comprendre son calme actuel sans mesurer le choc qu’il a encaissé en Slovaquie quand il a osé dire la vérité, puis payé le prix de cette franchise.

Slafkovský, lui, s’en fout.

Il en rit.

Il se présente à l’entraînement détendu, confiant, solide sur ses patins. Il sait exactement ce qu’il est. Il sait exactement ce qu’il apporte. Et surtout, il sait que son leadership ne passe pas par une lettre cousue sur le chandail.

À l’entraînement, on le voit rapidement s’adapter à Tatar et Ruzicka. Il ralentit le jeu quand il le faut. Il protège la rondelle le long des bandes. Il permet à Tatar de trouver de l’espace. Il stabilise Ruzicka au centre. Rien de spectaculaire. Tout d’essentiel. Exactement ce qu’un premier trio olympique doit offrir dans un tournoi court.

Et c’est là que le contraste avec Montréal devient fascinant.

Chez le Canadien, Slafkovský est en feu. Il domine physiquement. Il justifie pleinement son contrat. Il impose sa loi contre des défenseurs établis de la LNH. Il n’est plus un projet. Il est un moteur.

À Milan, on ne lui demande pas d’exploser offensivement à chaque présence. On lui demande d’être la colonne vertébrale du jeu slovaque. D’absorber la pression. De garder l’équipe structurée.

Ce rôle-là, il l’a déjà joué.

À Pékin, en 2022, il avait commencé dans le quatrième trio. Il avait monté graduellement. Il avait fini par porter l’équipe. Sept buts. Joueur le plus utile du tournoi. Une médaille historique. Et surtout, la preuve irréfutable qu’il n’a pas besoin de contexte parfait pour produire.

Aujourd’hui, à Milan, il arrive par la grande porte. Avec plus de 200 matchs de LNH dans le corps. Avec une confiance forgée dans le chaos montréalais. Avec une maturité que peu de joueurs de 21 ans possèdent.

La fédération peut bien tenter de le rabaisser symboliquement. Les sceptiques peuvent bien douter de son trio. La réalité demeure simple : chaque fois que Juraj Slafkovský saute sur la glace, le jeu s’organise autour de lui.

Ce n’est pas lui qui dépend des autres.

Ce sont les autres qui deviennent meilleurs à côté de lui.

Et à Milan, avec ou sans lettre, avec ou sans vedettariat officiel, Slafkovský est exactement ce qu’il a toujours été dans les moments importants : un joueur fait pour les grands tournois, les contextes imparfaits et les responsabilités lourdes.

Le reste, c’est du bruit.

Reste que selon nous, c'est une honte nationale. Cette punition devient carrément indéfendable.

Une punition symbolique infligée à la plus grande vedette du pays, à un joueur de 21 ans qui a déjà offert une médaille olympique historique, qui porte l’attaque nationale sur ses épaules et qui, au lieu d’être célébré, se fait retirer toute lettre comme pour le rabaisser publiquement.

On parle d’un jeune homme qui a osé dire que le système avait des failles, qui a reconnu ensuite qu’il avait peut-être été trop direct dans la forme, qui a exprimé ses regrets, qui est revenu humblement pour représenter son pays… et la réponse de la fédération, c’est de le « remettre à sa place ».

C’est mesquin. C’est politique. C’est petit. Dans n’importe quel autre pays, un joueur de ce calibre serait protégé, valorisé, entouré. Là-bas, on choisit de le punir pour avoir été honnête, comme si on voulait envoyer un message : tais-toi et joue. Résultat? La Slovaquie se tire elle-même dans le pied, transforme son meilleur ambassadeur en exemple disciplinaire et expose au grand jour une culture qui préfère sauver la face plutôt que reconnaître ses problèmes.

Juraj, lui, en rit et passe à autre chose. Mais pour le hockey slovaque, cette décision restera une tache... à vie...