Ce qui se passe actuellement autour du CF Montréal dépasse largement une simple crise sportive.
Le congédiement de Marco Donadel n’est pas un événement isolé, ni même une décision surprenante.
🚨 DONADEL n’est plus l’entraîneur du CF MONTRÉAL ❌ https://t.co/muNUGuJRwA
— 𝗡𝗘𝗜𝗟𝗜𝗠𝗘 (@NeilimeB) April 12, 2026
C’est la conséquence logique d’un effondrement beaucoup plus profond, structurel, qui alimente, de façon de plus en plus crédible, les rumeurs de déménagement vers Detroit.
Tout le monde s'en vont, déjà que c'était vide depuis le début
— Mathieu Charron ⚽️+⚜️+🧜♀️🧜♀️ (@Charron82) April 11, 2026
Former et vendre
Pas d'ambition
Pas d'investissement
Le CF Montréal
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Depuis des mois, tout s’accumule. Les défaites gênantes, les séquences inexplicables comme ces buts accordés en avantage numérique à répétition, les joueurs qui stagnent ou régressent, un projet sportif flou, une masse salariale parmi les plus faibles de la ligue, et maintenant un autre entraîneur sacrifié.
Le congédiement de Donadel n’est pas une solution, c’est un symptôme. Le onzième entraîneur en treize ans, dans une organisation qui cherche encore son identité. Et pendant ce temps, le classement parle de lui-même : une équipe coincée au bas de la MLS, incapable de répondre aux attentes minimales.
Mais réduire la situation à une question de coaching serait une erreur monumentale. Ce que Pratt a révélé — ce refus de la Ville de Montréal d’investir 600 000 $ pour accueillir le camp de base de l'équipe de France à la Coupe du monde change complètement la lecture.
Ce n’est plus seulement un club qui va mal. C’est une ville qui se désengage. Une ville qui dit non à une opportunité internationale, alors que 62 autres villes ont dit oui. Une ville qui envoie un message clair à la MLS : le CF Montréal n’est pas une priorité.
Et c’est là que tout devient dangereux.
Parce que pendant que Montréal hésite, Detroit avance. La ville américaine coche toutes les cases que Montréal ne coche plus : puissance économique, investisseurs milliardaires comme Dan Gilbert, infrastructures prêtes, volonté politique forte.
La MLS cherche de la stabilité, de la croissance, des marchés engagés. Pas des marchés où il faut supplier la municipalité pour 600 000 $.
Dans ce contexte, les propos de Jean-Charles Lajoie ne peuvent plus être balayés du revers de la main. Lorsqu’il affirme que Montréal pourrait être transférée plutôt que protégée, il ne parle plus dans le vide. Il met des mots sur une tendance. Sur un climat. Sur une réalité qui s’installe tranquillement.
Et au cœur de tout ça, il y a le désengagement de Joey Saputo. Un propriétaire qui admet avoir perdu la passion, qui évoque ses frustrations, qui compare défavorablement Montréal à Bologne, où il se sent respecté.
Un homme qui perd des millions chaque année, dans un marché qui le critique plus qu’il ne le soutient. Un homme qui, surtout, n’a jamais fermé la porte à un départ si le contexte ne change pas.
Alors quand le club publie une lettre pour rassurer ses partisans, et que cette démarche est ridiculisée publiquement , comparée à une « scène de rupture alcoolisée », ce n’est pas anodin. C’est le reflet d’une rupture réelle entre le club et son environnement. Une rupture avec les médias, avec une partie du public, avec les institutions.
Le congédiement de Marco Donadel s’inscrit exactement dans ce climat. Ce n’est pas un nouveau départ. C’est une tentative de contenir un incendie qui dépasse largement le terrain.
Parce que la réalité, c’est que même avec un nouvel entraîneur, les problèmes demeurent : un modèle économique fragile, un stade limité, un soutien politique incertain, et une crédibilité qui s’effrite.
Et pendant que Montréal cherche des coupables, Détroit prépare déjà l’avenir.
C’est ça, la véritable honte. Pas seulement les résultats. Pas seulement les décisions. Mais l’impression de voir, encore une fois, une organisation sportive glisser entre les doigts de la ville dans l’indifférence générale. Comme si on n’avait rien appris des Expos. Comme si l’histoire pouvait se répéter… sans réaction.
Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si le CF Montréal traverse une crise.
La question, c’est de savoir si cette crise est déjà le début de la fin.
Dans ce climat de méfiance et de rumeurs persistantes, le CF Montréal a posé un geste qu’on voit rarement dans le sport professionnel : une lettre officielle adressée directement à ses partisans.
Un ton solennel, presque grave, pour tenter de calmer l’incendie. L’objectif était clair : reprendre le contrôle du récit, mettre fin aux spéculations entourant un possible déménagement vers Detroit et, surtout, rétablir un lien de confiance qui s’est effrité au fil des années.
Le message se voulait rassurant, structuré, assumé. Le club y affirme être enraciné à Montréal, engagé à long terme, et déterminé à rebâtir une relation durable avec sa communauté. C’est un geste de communication d’urgence, dicté par la pression, mais aussi par la prise de conscience que le silence n’était plus une option.
Ce que la famille Joey Saputo et ses fils ont promis dans cette lettre, c’est justement tout ce que les partisans réclament depuis des années, mais qu’ils n’ont jamais réussi à incarner durablement.
Le club parle d’un « projet à long terme », d’un enracinement profond à Montréal, d’une volonté de mieux communiquer, d’être à l’écoute, de se rapprocher de sa base. Et surtout, cette phrase lourde de sens :
« Le CF Montréal est ici pour rester. »
Une promesse directe, sans détour. Mais elle arrive après des années d’instabilité, après 12 entraîneurs en 14 ans, après des décisions mal comprises, après un propriétaire lui-même qui admettait avoir « perdu la passion » et lançait un avertissement clair : si les partisans n’adhèrent pas à la stratégie, « ce sera bye-bye ».
Dans ce contexte, la lettre ne sonne pas comme un plan, mais comme une réaction. Une tentative de freiner un narratif devenu incontrôlable.
Et c’est là toute la tragédie. Parce que même si le message est sincère, même si l’intention est réelle, la confiance, elle, ne se décrète pas dans une lettre. Elle se construit dans le temps, dans les gestes, dans la cohérence.
Aujourd’hui, le CF Montréal tente de réparer des années de fracture avec quelques paragraphes bien intentionnés, pendant que les doutes continuent de s’accumuler, que les résultats sur le terrain ne suivent pas, et que des villes comme Detroit attendent en embuscade.
La question n’est plus de savoir si le club veut rester. La question, c’est de savoir si Montréal est encore prête à le garder.
Ouch.
