Le traitement de Patrick Laine à Montréal est une honte. Une véritable honte.
Il a encore marqué un but crucial. Encore sur le jeu de puissance. Encore au moment où son équipe en avait besoin. Et pourtant… encore une fois, on lui tombe dessus.
C’est rendu un rituel. Tu regardes le match, tu vois Patrick Laine faire ce qu’il fait de mieux — marquer — et dès que le sifflet final retentit, Dany Dubé monte au micro pour chialer.
Il est trop lent. Il est pas assez intense. Il n’a pas le « ADN du Canadien ». Vraiment? On parle du gars qui, avec trois fois moins de temps de jeu que les autres, est en train de dominer la LNH en avantage numérique.
S’il avait joué toute la saison, il serait sur un rythme de 36 à 40 buts. Et ça, c’est pas du blabla, c’est factuel.
Mais non. Même après un but important, les critiques pleuvent. Louis Jean, dans son confort de son studio du 98,5 FM, affirme qu’en aucun cas on ne devrait garder Laine à Montréal.
Il ne fait même pas de nuances. Il affirme, avec assurance, que son avenir ici est terminé. Et pendant ce temps, ceux qui ruinent les chances du Canadien à chaque match — comme Mike Matheson — reçoivent l’absolution médiatique.
La question se pose. Elle se pose de plus en plus fort : est-ce que Patrick Laine est jugé plus sévèrement parce qu’il est Européen?
Est-ce que Mike Matheson, Montréalais francophone, est à ce point sacré qu’on ne peut pas le critiquer sans déclencher une levée de boucliers?
Parce que depuis des semaines, les médias traditionnels montent aux barricades pour défendre Matheson contre la “violence” des partisans sur les réseaux sociaux. Mais qui défend Laine?
Personne.
Personne ne lève le petit doigt pour dire que sans Patrick Laine, le Canadien ne serait même plus en course pour les séries.
Que sans ses buts, ce "powerplay" serait encore au fond du classement. Que ce joueur, que vous maltraitez, est l’une des seules raisons pour lesquelles il y a encore une étincelle d’espoir au Centre Bell.
C’est assez.
On est tannés.
Tannés de ce deux poids deux mesures. Tannés de voir les mêmes commentateurs tomber sur Laine match après match, peu importe sa performance.
Tannés de l’hypocrisie qui règne dans les studios montréalais. Si Patrick Laine s’appelait Patrick Latraverse et qu’il venait de Brossard, ce serait une toute autre histoire.
On parlerait de son tir comme d’un don de Dieu. On vanterait sa production en avantage numérique comme une bénédiction.
Mais là, parce qu’il est différent, parce qu’il est discret, parce qu’il parle peu, parce qu’il ne sourit pas comme vous le voudriez — vous vous en donnez à cœur joie.
Assez.
Patrick Laine mérite mieux. Les partisans le savent. Ses coéquipiers le savent. Et vous, dans les médias, vous feriez mieux de le réaliser avant qu’il ne parte.
Parce que ce jour-là, vous pourrez tous monter en onde pour vous demander pourquoi Montréal est incapable de retenir ses talents offensifs. Et vous n’aurez qu’à vous regarder dans le miroir.
Et ce n’est pas qu’une question de rendement. C’est une question d’humanité. De compréhension. De respect.
Quand Laine est arrivé à Montréal, il sortait tout juste d’un enfer personnel. Le deuil de son père. Une dépression profonde.
Une pause volontaire de la LNH pour entrer dans le programme d’aide de la ligue. Un joueur brisé qui a pourtant décidé de continuer, de se relever, de tout recommencer dans une nouvelle ville.
Et au lieu de lui offrir un filet de sécurité médiatique, comme on le fait constamment pour Mike Matheson et ses innombrables revirements, on a pris Laine comme cible facile.
On a repris des rumeurs vieilles de cinq ans, comme cette fameuse histoire des télévisions sur la route (comme quoi il achetait une nouvelle TV à chaque différent hôtel pour jouer aux jeux vidéos) — qui, rappelons-le, n’a jamais été prouvée et a été démentie par Laine lui-même au balado Spittin’ Chiclets. On a remis en question sa personnalité, son implication, son intégrité.
Et pourtant, dans une entrevue bouleversante au média finlandais Helsingin Sanomat, Laine a reconnu qu’il avait bel et bien traversé une période de dépendance aux jeux vidéo.
Mais il n’a pas cherché à se cacher. Il a expliqué que c’était un moyen de survivre à l’intimidation qu’il a vécue à Winnipeg. Que c’était un refuge mental après la perte de son père. Qu’il avait touché le fond.
Aujourd’hui, il consulte une thérapeute trois fois par semaine. Il s’est débarrassé de ses voitures de luxe. Il prie avant les matchs. Il tente de reconstruire sa vie, pierre par pierre.
Et pourtant, les commentateurs québécois n’ont qu’un mot à la bouche : trop lent. Trop mou. Trop invisible.
Mais ce que vous appelez de la mollesse, c’est peut-être de la fatigue mentale. Ce que vous voyez comme un manque d’émotion, c’est peut-être de la dissociation, un mécanisme de survie.
Ce que vous interprétez comme de l’indifférence, c’est peut-être un être humain qui se bat chaque jour pour rester debout.
Et ça, vous ne voulez pas le voir. Vous vous empressez de défendre les vedettes locales, de leur trouver toutes les excuses du monde.
Mais quand un Européen discret, en convalescence psychologique, traverse une période difficile, vous le traitez comme un étranger. Un intrus. Une erreur de casting.
Mais il n’est rien de tout ça.
Il est une victime de votre indifférence. De votre manque de compassion. De votre besoin compulsif de trouver un bouc émissaire.
Un jour viendra où Patrik Laine quittera Montréal. Il signera ailleurs. Peut-être en Finlande. Peut-être dans un autre marché de la LNH où on le respectera pour ce qu’il est.
Et ce jour-là, vous verrez une autre facette de lui. Vous verrez un joueur qui marque, qui inspire, qui éclaire une équipe, parce qu’on lui aura enfin laissé le droit d’exister à sa façon.
Et ici, à Montréal, vous vous demanderez encore une fois ce qui s’est passé. Vous blâmerez les partisans, les agents, les performances. Tout sauf vous-mêmes.
Mais il sera trop tard.
Parce que le mal aura déjà été fait.