Carey Price vient d’entrer au Temple de la renommée du hockey, mais il y a quelque chose qui risque de lui rester profondément en travers de la gorge.
Au lendemain de son intronisation à Toronto, le gardien sera honoré au Centre Bell et son nom fera son apparition sur l’anneau d’honneur des Canadiens de Montréal.
Sur papier, c’est une reconnaissance immense. Dans la réalité, pour un joueur du calibre de Price, cette annonce soulève une question beaucoup plus dérangeante : est-ce que le Canadien vient essentiellement de lui faire comprendre que son numéro 31 ne sera jamais retiré?
Poser la question, c'est y répondre. Aucun joueur admis sur l'anneau d'honneur ne voit son chandail être retiré par la suite. C'est la consolation des joueurs pas assez grandioses pour voir leur chandail flotter dans les hauteurs du Centre Bell.
Le club a annoncé que Price deviendra le 62e membre de l’organisation à entrer au Temple de la renommée et que son nom sera ajouté à l’anneau d’honneur du Centre Bell le 10 novembre, avant le match contre le Wild du Minnesota.
Il rejoindra notamment Shea Weber, Pierre Turgeon et Guy Carbonneau parmi les joueurs récemment honorés de cette façon. Le problème, c’est que pour Carey Price, cette distinction peut difficilement être considérée comme l’ultime hommage.
C’est une reconnaissance prestigieuse, certainement, mais elle n’a pas la même portée symbolique que de voir son numéro flotter éternellement au plafond du Centre Bell.
Ouch. La pilule est difficile à avaler pour Price... et sa femme.
Le pauvre Carey n’est pas un ancien joueur quelconque. Il est le gardien qui détient le record des Canadiens pour les victoires avec 361. Il a disputé 712 matchs dans l’uniforme du Tricolore, maintenu une moyenne de 2,51 et un pourcentage d’arrêts de ,917. Il a remporté le trophée Hart, le trophée Vézina, le trophée Ted Lindsay et le trophée William M. Jennings en 2015, en plus du trophée Bill Masterton en 2022. Il a été sélectionné sept fois au Match des étoiles et il a représenté le Canada avec distinction, notamment lors de la conquête de l’or olympique en 2014.
Alors oui, on peut célébrer son entrée au Temple de la renommée. Oui, on peut célébrer son arrivée sur l’anneau d’honneur. Mais il faut aussi avoir le courage de poser la question que plusieurs partisans vont se poser : pourquoi le Canadien ne parle-t-il pas de retirer le 31?
Pour Carey Price, c'est une claque en plein visage. Il ne faut pas oublier qu’il a passé quinze saisons avec le Canadien. Il a porté cette équipe pendant des années. Il a traversé les périodes difficiles, les changements de direction, les reconstructions, les crises médiatiques et les années où il devait pratiquement être parfait pour donner une chance au Tricolore de gagner.
En 2021, il a encore une fois porté Montréal jusqu’en finale de la Coupe Stanley, avant de s’incliner devant le Lightning de Tampa Bay.
Et pourtant, lorsque vient le moment de décider comment l’organisation veut raconter son héritage, le Canadien s’arrête à l’anneau d’honneur... et du déshonneur.
C’est une vive déception potentielle pour Price. Et si lui-même avait imaginé qu’un jour son 31 rejoindrait les numéros de Maurice Richard, Jean Béliveau, Guy Lafleur, Patrick Roy et les autres immortels de l’organisation, cette annonce est un coup de poignard dans son dos.
Est-ce que tout ce qui a entouré Carey Price au cours des dernières années a joué dans la perception que l’organisation entretient de son héritage?
Les rumeurs?
Les controverses?
Les histoires qui ont circulé dans les médias?
Les discussions entourant Angela Price?
District 31?
Les commentaires de différentes personnalités médiatiques?
On peut se demander si le climat entourant la famille Price a laissé une certaine marque sur la relation entre l’organisation, le joueur et une partie du public montréalais.
Avant même que District 31 ne mette cette histoire en scène, le nom de Carey Price circulait déjà dans une mystérieuse saga médiatique qui refusait de mourir.
Tout avait commencé avec des informations et des spéculations rapportées dans le milieu médiatique montréalais, notamment autour d’une déclaration d’Élizabeth Rancourt qui avait laissé entendre qu’elle détenait un scoop concernant Carey Price, sans pouvoir le révéler.
« Nous avions toutes les informations pourquoi il avait pris un step back. Ce n'était pas juste physique! »
L'animatrice de TVA Sports a alors pourri la vie du gardien et de sa famille.
À partir de là, les hypothèses se sont multipliées et plusieurs personnalités médiatiques se sont intéressées à cette histoire.
Claude Poirier était alors sorti publiquement. Le célèbre chroniqueur judiciaire avait évoqué une histoire hors glace susceptible d’expliquer certaines difficultés vécues par Carey Price.
Poirier aurait fait référence à des informations provenant de sources dans le milieu policier et à l’existence alléguée d’éléments compromettants concernant Carey Price, une policière du SPVM et un enfant... illégitime.
Puis District 31 est arrivé et a pratiquement mis le feu aux poudres.
Dans la série de Luc Dionne, Noélie St-Hilaire, interprétée par Catherine St-Laurent, se retrouvait enceinte d’une vedette du hockey appelée Vincent Bossé.
Vincent Bossé était Carey Price. Une vedette du Canadien, une policière enceinte, une organisation de la LNH qui voulait contrôler la situation et une entente financière destinée à garder le silence. C’est cette proximité avec les rumeurs existantes qui a fait exploser les discussions.
Hugo Dumas avait alors décrit l’intrigue de façon très détaillée dans La Presse. Noélie recevait 500 000 $ afin de ne pas révéler l’identité du père de son enfant. Elle devait également recevoir 1 500 $ par mois jusqu’à ce que l’enfant atteigne 18 ans. Une clause de confidentialité venait compléter l’entente, ce qui signifiait que la policière risquait de perdre l’argent si elle décidait de parler.
Le scénario allait même plus loin : l’avocat de la formation montréalaise exerçait de la pression sur Noélie concernant sa grossesse. Tout cela appartenait à la fiction de District 31, mais dans le contexte des rumeurs entourant Carey Price, le public québécois a immédiatement commencé à faire ses propres rapprochements.
C’est là que l’affaire est devenue beaucoup plus grosse que la simple intrigue d’une émission de télévision.
Paul Arcand a lui-même commenté le scénario à la radio, avec une ironie évidente, en déclarant : « J’imagine que le Canadien doit beaucoup aimer ce genre d’extrait de série. Joueur de hockey vedette, policière enceinte, pression du club, tout pour leur faire plaisir, quoi. »
Vince Cauchon avait lui aussi abordé l’affaire avec une remarque qui allait faire énormément réagir : « Si Carey veut prendre du temps avec ses deux enfants LÉGITIMES, moi j’y souhaite. Parce que c’est ce qu’il a fait pendant le temps des fêtes et je suis entièrement d’accord avec ça. »
Et c’est précisément ce qu’Angela Price a dénoncé des années plus tard.
Elle a expliqué que les histoires qui circulaient étaient, selon elle, très éloignées de la réalité et que certaines couvertures de magazines avaient pour but de briser sa famille.
« Toutes ces rumeurs étaient toujours tellement loin de la vérité que ça me faisait rire, mais aussi pleurer. », avait-elle affirmé... les larmes aux yeux...
Angela a aussi reconnu que son couple avait connu ses propres difficultés, notamment une séparation temporaire, mais elle insistait sur une différence fondamentale : les problèmes réels de leur couple et de leur famille n’étaient pas les histoires racontées publiquement.
« Comprends-moi bien! Il y a eu des histoires croustillantes dans notre passé, mais aucune d’entre elles ne sont sorties publiquement. »
Pourtant, la fameuse histoire de cet enfant et de la policière lui a coûté le retrait de son chandail.
Carey et sa femme... ne pardonneront jamais à Elizabeth Rancourt...
