Nos pensées vont à Éric Raymond et à sa famille : l’acharnement des partisans dépasse la ligne rouge, même si son poste ne peut plus être défendu.
Il y a des soirs où la défaite dépasse le hockey, où la colère populaire déborde si vite, si fort, qu’elle finit par toucher des gens qui n’ont rien demandé, rien provoqué, rien mérité.
C’est exactement ce qui vient d’arriver à Éric Raymond, l’entraîneur des gardiens du Canadien de Montréal, dont la famille se retrouve aujourd’hui insultée, menacée, harcelée sur les réseaux sociaux, victime collatérale d’un effondrement sportif qui dure depuis trop longtemps.
Et ça, aucune analyse technique, aucune frustration sportive, aucune crise de performance ne peut le justifier.
Nos pensées vont à Éric, à sa femme, à ses enfants, à ses proches, qui se retrouvent dans la ligne de tir d’un débat public qui aurait dû rester strictement professionnel.
Le hockey peut être cruel.
Mais il ne doit jamais être inhumain.
La pression est devenue toxique, mais une attaque personnelle ne devrait jamais arriver dans ce sport.
Depuis l’effondrement de Samuel Montembeault à Boston (et depuis le début de l'année), une partie de la foule montréalaise s’est retournée contre Raymond avec une violence qui dépasse l’entendement.
Qu’on exige son congédiement, c’est normal dans le sport.
Que des analystes influents le critiquent, c’est la job.
Que la direction se questionne, c’est sain.
Mais que des individus commencent à viser sa famille, à s’en prendre à des gens qui ne portent pas un casque, qui ne donnent pas d’instructions derrière un banc, qui ne dessinent aucun plan de match…
Ça, c’est une honte qui n’appartient qu’à ceux qui la commettent.
C’est inacceptable.
C’est dangereux.
C’est indéfendable.
Et peu importe ce qu’on pense du travail d’Éric Raymond, personne ne mérite ça.
Oui, Raymond doit être remplacé. Mais jamais au détriment de son intégrité humaine.
Et c’est là tout le paradoxe de la situation : on peut affirmer clairement que son travail n’est plus défendable, tout en refusant catégoriquement l’acharnement dont il est victime.
La vérité sportive est cinglante :
Sous Raymond, les performances des gardiens du CH se sont effondrées.
Samuel Montembeault affiche une efficacité catastrophique de .857 sur ses trois derniers matchs.
Son langage corporel montre un homme perdu, lourd, trop gras pour être un gardien de la LNH.
Jakub Dobeš, autrefois la révélation de Laval sous Marco Marciano, est devenu un gardien techniquement déconstruit, mentalement fragile, rationnellement ingérable.
Quand les choses deviennent trop graves, où renvoie-t-on tout le monde?
À Marciano. Toujours à Marciano.
Et à l’inverse de Raymond, chaque gardien qui passe par ses mains retrouve une structure, une respiration, un mode d’emploi.
Le contraste est devenu trop criant pour être ignoré.
Trop pénible pour être défendu.
Trop important pour être traité comme une simple fluctuation.
Oui, Raymond doit partir.
Non, sa famille ne doit jamais être sacrifiée dans l’équation.
Il y a eu hier soir, sur certains réseaux sociaux, un glissement inquiétant dans la façon d’aborder la crise des gardiens.
Ce n’était plus seulement : « Raymond doit être remplacé pour la santé du club. »
C’était devenu :
« Raymond doit dégager. Sa famille aussi. »
Une attaque d’une bassesse inqualifiable, qui salit le débat public et discrédite ceux qui l’alimentent.
Personne ne mérite que son travail entraîne des menaces contre sa famille.
Pas un entraîneur.
Pas un joueur.
Pas un arbitre.
Pas un dirigeant.
Si on commence à tolérer ça, c’est le sport lui-même qu’on détruit.
Le Canadien doit agir, non seulement pour sauver sa saison, mais pour restaurer un climat humain acceptable
Raymond n’est pas un monstre.
Ce n’est pas un homme malveillant.
Ce n’est pas quelqu’un qui cherche à nuire.
Mais il est dépassé par les événements, dépassé techniquement, dépassé dans sa méthode, dépassé dans sa capacité à communiquer avec une génération de jeunes gardiens qui ne réagissent plus à ses messages.
Et pendant ce temps-là, Marco Marciano réussit des miracles en bas, au point où chaque gardien du CH doit aller se faire réparer à Laval avant de pouvoir revenir respirer dans la LNH.
Cette logique à elle seule impose un changement.
Mais ce changement doit se faire dans la dignité.
Remplacer Éric Raymond? Oui.
Le détruire publiquement et attaquer sa famille? Jamais.
Le sport est cruel.
Montréal est exigeante.
Le filet du Canadien est un volcan.
Mais derrière chaque crise, chaque décision, chaque congédiement possible… il y a un être humain, des enfants, une femme, des amis, une vie privée.
Au CH de le congédier... avant que la situation en dérape complètement...
