Entrevue qui brise le coeur: Juraj Slafkovsky en larmes

Entrevue qui brise le coeur: Juraj Slafkovsky en larmes

Par David Garel le 2026-02-21

Juraj Slafkovsky est brisé.

Il y a des défaites qui passent.

Et il y a celles qui te fracase la coeur.

À Milan, on a vu Juraj Slafkovský craquer pour vrai. Pas une petite grimace de circonstance. Pas un regard fuyant. Non. Des larmes. Une voix lourde. Un jeune homme vidé, détruit par l’idée de repartir sans médaille après avoir tout donné.

On a beau parler de statistiques, de buts, de passes, de performances… à ce moment-là, ça ne comptait plus.

Slafkovský venait de vivre exactement ce qu’il redoute le plus : perdre quand ça compte.

Il l’a dit sans détour, avec une honnêteté brutale, encore tremblant d’émotion :

« J’ai aimé le tournoi… sauf les deux derniers jours. Je m’attendais à beaucoup plus : de moi-même, aujourd’hui comme hier, et aussi de l’équipe. On devra apprendre de cette expérience, et on verra où on sera dans quatre ans. »

C’est ça qui frappe.

Il ne se cache pas derrière les circonstances.

Il ne blâme pas les arbitres.

Il ne pointe pas ses coéquipiers.

Il commence par lui.

Et commence à pleurer à la poignée de main:

Surtout quand il voit son ami et coéquipier Oliver Kapanen:

Il a pris le temps de féliciter son boy pour sa médaille olympique:

Après la défaite, Juraj Slafkovský était probablement le joueur le plus atteint du vestiaire slovaque — malgré un tournoi exceptionnel conclu avec une fiche de 4 buts et 4 passes.

Il a expliqué que la Slovaquie était vraiment dans le coup après deux périodes, qu’il sentait le momentum basculer après le but de Tomas Tatar juste avant le deuxième entracte, mais qu’une pénalité au début du troisième tiers a tout fait dérailler :

« On a fait des fautes en début de troisième, on les a remis en selle, ils ont marqué… puis tout s’est écroulé. Tout le monde voulait gagner. »

Ce qui frappe encore plus, c’est son honnêteté crue sur son état d’esprit. Slafkovský n’essaie même pas de relativiser :

« Peut-être qu’avec le recul, dans quelques semaines, on verra cette quatrième place de façon plus positive. Mais là, maintenant, je suis fâché. »

Voilà. Pas de langue de bois. Pas de discours réconfortant. Juste un compétiteur de 21 ans qui vient de passer à un cheveu de quelque chose de grand et qui n’arrive pas à l’avaler.

Même Tomáš Tatar, capitaine de l’équipe, parlait d’un résultat cruel, expliquant que la Slovaquie croyait vraiment à un revirement après son but en fin de deuxième période, avant que tout bascule en quelques minutes.

Il disait que le tournoi serait sans doute vu comme un succès collectivement, mais qu’être aussi près d’une médaille, ça fait toujours atrocement mal.

De son côté, Šimon Nemec rappelait que, malgré la tristesse, la plupart des joueurs auraient signé pour une quatrième place avant le début du tournoi, et que ce jeune groupe a maintenant une base solide pour l’avenir.

Et c’est là que le portrait devient encore plus fort : la Slovaquie présentait l’un des alignements les plus jeunes du tournoi, et Slafkovský parle déjà comme un leader à long terme.

Il dit croire fermement que ce noyau représente l’équipe du futur, qu’ils ont encore beaucoup devant eux, et qu’un jour, ils ne seront plus « tristes et en colère » après des matchs pour des médailles. Il ajoute même que la prochaine Olympiade pourrait être la bonne, quand plusieurs de ces gars seront dans leurs meilleures années.

Et quand on lui parle de médaille, sa réponse est encore plus dure, presque violente dans sa franchise : pour lui, finir sans podium, c’est comme finir dernier. Point final.

Une médaille ou rien.

À 21 ans.

Voilà le niveau d’exigence qu’il s’impose.

Et c’est exactement pour ça que ça fait aussi mal à regarder.

Parce que Slafkovský a tout fait pendant ce tournoi.

Quatre buts. Quatre passes. Huit points. Un des meilleurs marqueurs de la compétition. Le moteur offensif d’une Slovaquie pourtant limitée en profondeur. Sans lui, ils ne passent même pas près du carré d’as.

Il a transporté son pays.

Il a imposé sa présence contre les meilleurs joueurs du monde.

Il a joué fâché. Il a joué physique. Il a parlé. Il a mené.

Et malgré tout ça… il repart les mains vides.

On l’a vu en entrevue, les yeux rouges, la gorge serrée. Un gars qui n’arrive même plus à masquer sa peine. Pas une tristesse théâtrale. Une vraie. Celle d’un compétiteur qui déteste perdre plus qu’il aime gagner.

Le genre de joueur qui ne se console pas avec une “bonne performance personnelle”.

Parce que pour lui, ça ne veut rien dire.

Il voulait une médaille.

Rien d’autre.

Et quand on remet tout ça en contexte — la pression vécue en Slovaquie, la fédération, la famille exposée, les critiques, la rage qu’il a transformée en carburant sur la glace — cette scène devient encore plus lourde.

On ne voit pas un jeune multimillionnaire.

On voit un gamin de Košice qui voulait offrir quelque chose de grand à son pays.

Et qui revient brisé.

Pour les Canadiens de Montréal, aussi paradoxal que ça puisse paraître, c’est peut-être la meilleure nouvelle de tout le tournoi.

Parce que ce genre de douleur, quand tu es bâti comme Slafkovský, ne disparaît pas.

Ça reste.

Ça s’imprime.

Ça devient une motivation.

Un moteur.

Il va digérer ça.

Il va ravaler ces larmes.

Et il va rentrer à Montréal avec une chose très claire en tête :

ne plus jamais revivre ça.

Juraj Slafkovský n’a pas quitté Milan avec une médaille.

Mais il en repart avec quelque chose d’encore plus puissant.

Une faim.