Entrevue émouvante: le père de Nick Suzuki raconte une anecdote touchante sur Sidney Crosby

Entrevue émouvante: le père de Nick Suzuki raconte une anecdote touchante sur Sidney Crosby

Par David Garel le 2026-02-08

Il y a des rêves qui naissent dans le bruit d’une maison familiale, devant un téléviseur trop petit pour contenir l’ampleur du moment, et d’autres qui se forgent lentement, dans le silence obstiné du travail quotidien.

Le parcours olympique de Nick Suzuki appartient aux deux. Il commence dans le regard d’un enfant qui observe son idole marquer le but en or à Vancouver en 2010, et il se concrétise seize ans plus tard, quand ce même enfant, devenu homme et capitaine du Canadiens de Montréal, reçoit un texto banal, presque gêné, annonçant à ses parents : « On s’en va à Milan ».

C’est dans cette banalité assumée que tout est résumé. Nick Suzuki n’a jamais cherché à se mettre en avant, encore moins à se comparer aux plus grands. Pourtant, toute sa carrière est traversée par une filiation évidente, assumée sans être proclamée : celle qui le relie à Sidney Crosby.

Non pas par le talent brut ou les feux d’artifice offensifs, mais par une compréhension profonde du jeu, une obsession du détail, une capacité à être utile dans toutes les zones de la patinoire, sans jamais chercher la lumière.

Son père, Rob Suzuki, se souvient d’un devoir scolaire qui, avec le recul, ressemble à une scène fondatrice. Nick avait une dizaine d’années lorsqu’un entraîneur demanda aux joueurs de comparer leur style à celui d’un joueur de la LNH. Nick avait hésité.

« Je pense que je vais écrire Crosby », avait-il murmuré, presque intimidé par l’audace de la comparaison. Rob l’avait rassuré : Crosby n’était pas une référence déraisonnable.

« Tu joues bien le long des bandes, tu ne fais pas de choses tape-à-l’œil, mais tu produis des points, et tu es responsable défensivement. »

Malgré tout, Nick n’avait pas osé écrire ce nom sur la feuille. Il l’a plutôt inscrit dans sa façon de jouer.

Cette retenue, cette pudeur presque canadienne, est au cœur de ce qui définit Suzuki. Sa mère, Amanda, le dit sans détour :

« Il ne se présente jamais en disant “regardez-moi, je suis une supervedette”. Il a toujours été comme ça. »

Calme, posé, jamais dans l’excès. Mais sous cette apparente modestie, il y a une conviction intime, une certitude tranquille. Suzuki a toujours su jusqu’où il voulait aller. Et surtout, il a toujours travaillé comme quelqu’un qui s’attendait à y arriver.

Ce n’est pas un hasard s’il n’a pas seulement rêvé de l’équipe nationale. Il l’a visualisée. En regardant Crosby marquer à Vancouver, il ne s’est pas contenté d’admirer. Il s’est projeté.

« Quand tu es enfant, tu penses que tout est possible, mais tu dois aussi t’imaginer dans ces situations-là », a-t-il confié à Sportsnet. Aujourd’hui, cette projection devient réalité. À Milan, il ne sera pas un touriste. Il sera un rouage.

L’annonce de sa sélection olympique s’est faite à son image. Pas d’appel théâtral, pas de grande déclaration. Un texto envoyé à ses parents au matin du dernier jour de 2025.

« On s’en va à Milan. »

Rob le raconte avec un sourire attendri :

« Il aurait pu appeler, mais il ne cherchait pas les applaudissements. Il voulait juste partager ça avec nous. » Cette simplicité est peut-être ce qui rend le moment encore plus puissant.

Car derrière l’Olympien, il y a un parcours familial profondément ancré dans le travail et la constance. Rob est dentiste depuis près de trente ans.

Amanda est comptable professionnelle agréée, longtemps cadre supérieure au ministère des Finances de l’Ontario.

Des parents qui ont travaillé fort, sans raccourci, et qui ont transmis cette éthique sans jamais la verbaliser. Du côté maternel, l’histoire de l’immigration écossaise. Du côté paternel, des racines japonaises et allemandes. Une mosaïque canadienne classique, discrète, mais solide.

Cette solidité, Nick l’a démontrée très tôt. Avant même le hockey, il dominait déjà au soccer, jouant contre des enfants plus vieux sans jamais paraître dépassé.

Sa mère se souvient encore d’un match où une autre maman, surprise, demanda son âge. « Quatre ans », avait répondu Rob.

Les autres enfants en avaient presque sept. Cette facilité naturelle, combinée à une maturité sportive hors norme, annonçait déjà quelque chose de spécial.

Le hockey est devenu central en sixième année, lorsqu’il a quitté l’école Waldorf de London pour intégrer l’académie Blyth, un environnement exigeant, entièrement tourné vers la performance.

Un choix coûteux, rendu possible par un sacrifice familial : son frère Ryan a choisi l’école publique pour alléger le fardeau financier. Nick, lui, s’est plongé corps et âme dans ce monde structuré, axé sur la préparation physique, les détails, la répétition.

Même à ce moment-là, ses parents ont douté, non pas de son talent, mais du prix à payer humainement. Une classe de six garçons, tous obsédés par le hockey. Peu de place pour autre chose.

Rob lui a posé la question franchement :

« Es-tu sûr de vouloir faire ça? Tu vas manquer beaucoup de choses. » Nick n’a pas hésité. Il savait. Et il savait aussi qu’il n’aurait aucun regret, peu importe l’issue.

Cette certitude a été mise à l’épreuve plus d’une fois. En bantam AAA avec les Knights de London, malgré des statistiques dominantes, il a été snobé pour Équipe Ontario aux Jeux d’hiver du Canada en 2015.

Rappelé in extremis après une blessure, il a commencé le tournoi sur le quatrième trio. Encore une fois, sans bruit. Encore une fois, par le jeu, il a forcé la main du destin.

Il a gravi les échelons et marqué le but gagnant du match pour la médaille d’or. Un scénario qui résonne étrangement aujourd’hui, alors qu’il se prépare à Milan sans savoir exactement quel rôle l’attend.

Repêché ensuite par Owen Sound dans la OHL, puis par Vegas dans la LNH, échangé au Canadien, Suzuki n’a jamais brûlé les étapes.

Même son arrivée dans la LNH s’est faite sans éclat médiatique, mais avec une efficacité redoutable. Dès ses premières séries éliminatoires, il a montré ce qu’il était : un joueur de moments importants.

Puis, à peine quelques saisons plus tard, Montréal lui a confié le “C”. Une décision lourde de sens, validée chaque soir par son professionnalisme.

L’absence de sélection pour la Confrontation des 4 nations l’an dernier a été un coup dur. Une déception réelle. Mais Suzuki n’est pas du genre à se plaindre. Il a répondu comme il le fait toujours : en jouant. En produisant. En devenant encore plus complet.

Les chiffres ont suivi, mais surtout, le respect. Celui des sélectionneurs. Celui du vestiaire. Celui d’un pays qui, tranquillement, s’habitue à voir en lui autre chose qu’un bon joueur de Montréal.

Aujourd’hui, il se retrouve sur la même feuille de match que celui qu’il n’osait pas nommer enfant.

« C’est un honneur incroyable », dit-il simplement.

« Tous les gars de l’équipe ont grandi en regardant Sid. De le voir encore à ce niveau-là, capitaine du Canada, c’est spécial. » À Milan, le rêve d’un enfant devient une continuité logique. Pas un aboutissement final, mais une étape cohérente.

Pour ses parents, l’émotion dépasse les mots. Amanda peine à réaliser que tout un pays regardera son fils patiner aux côtés de Crosby, McDavid, MacKinnon. Rob, lui, résume tout en une phrase : « Ça signifie énormément. » Pas seulement parce que Nick y est. Mais parce qu’il y est à sa manière.

Dans une équipe où l’excellence est une obligation et où la pression est assumée comme un héritage national, Nick Suzuki n’arrive pas comme un symbole marketing.

Il arrive comme une certitude tranquille. Comme un joueur façonné par l’exemple, par l’humilité, par la conviction que les rêves les plus grands ne se crient pas. Ils se travaillent.

À Milan, sous les anneaux olympiques, le garçon qui regardait Crosby en silence aura enfin sa propre place dans l’histoire canadienne. Et fidèle à lui-même, il n’en fera pas tout un plat.