Entrevue de perdant: la France ne pardonnera jamais à Alexandre Texier

Entrevue de perdant: la France ne pardonnera jamais à Alexandre Texier

Par David Garel le 2026-02-15

Il y a des défaites lourdes. Et il y a des défaites qui révèlent tout.

Le 10-2 encaissé contre le Canada, dimanche à Milan, appartient à la deuxième catégorie. Parce qu’au-delà du score humiliant, ce match a exposé un contraste brutal : celui entre la lucidité douloureuse de certains… et la résignation presque admirative du joueur censé porter l’équipe.

Ce joueur, c’est Alexandre Texier.

Après s’être fait lessiver par une formation canadienne bourrée de superstars, Texier s’est présenté devant les médias avec un discours qui a choqué jusqu’en France. Oui, il a parlé d’effort. Oui, il a parlé de caractère. Mais surtout, il a répété, deux fois plutôt qu’une, que c’était « beau à voir ».

« Je pense qu’on s’est battus. Nous avons essayé de donner le maximum et de montrer un peu de caractère. Après, c’est allé vite. Des fois, ce n’est même pas le même sport quand tu les réunis tous ensemble (les joueurs stars de la NHL). C’est beau à voir, c’est beau de jouer contre eux. Ce n’est pas la fin du monde non plus. On reste positifs et on va essayer de chercher quelque chose après-demain. On va essayer de gommer les erreurs et de créer l’histoire. »

Puis encore :

« Quand tu réunis tous ces joueurs dans une seule équipe, ce n’est pas le même sport. C’est beau à voir. Mais on a un objectif, c’est de créer l’histoire et faire quelque chose de grand. »

Beau à voir.

Après un 10-2.

C’est là que ça coince. Parce que Texier n’est pas un joueur de soutien. Il est le joueur de cette équipe. Le seul Français de la LNH. Le « go-to guy ». Celui qu’on attend dans l’adversité. Celui qui doit porter la colère, la fierté, la frustration collective.

Et au lieu de ça, il livre une entrevue de vaincu lucide. Calme. Presque contemplative. Comme s’il venait d’assister à un spectacle, pas de subir une humiliation olympique.

Et en France, ce genre d’attitude ne passe pas. Pas après un 10-2. Pas quand tu es le seul joueur de la LNH. Pas quand tu es censé être le visage du programme.

Les médias français ne lui pardonnent pas seulement son inefficacité offensive ou sa présence trop périphérique, ils ne lui pardonnent surtout pas son ton.

Cette façon de parler du Canada comme d’un spectacle, cette absence de colère dans la voix, cette acceptation presque philosophique de l’humiliation collective.

Pour beaucoup, ce match restera comme son moment de vérité : Alexandre Texier est peut-être talentueux, peut-être intelligent, peut-être utile… mais il n’a pas cette rage intérieure qu’on attend d’un leader.

Et ça, la France ne l’oubliera pas. Ce 10-2 ne sera pas seulement une défaite historique. Ce sera l’image qui collera à Texier : celle d’un joueur qui admire quand il devrait s’indigner.

Pendant ce temps, Sacha Treille, lui aussi attaquant de l’équipe de France, et buteur dans ce match, avait un discours à l’opposé complet. Pas d’émerveillement. Pas de romantisme.

Du dégoût.

« Le score est très élevé et ça gâche un peu la saveur. J’aurais préféré ne pas marquer et avoir un score plus réduit pour mon équipe. »

« On s’était dit avant le match qu’il fallait prendre du plaisir, mais prendre du plaisir à jouer de la bonne manière. On a vu que sur 60 minutes, c’était compliqué de garder notre discipline en défense. On a fait des erreurs. »

Il aurait préféré ne pas marquer plutôt que vivre un tel écrasement.

Treille parle ensuite de discipline défensive, d’erreurs, de difficulté à tenir 60 minutes, mais aussi du privilège de se mesurer aux meilleurs. La nuance est énorme : oui, c’est un moment exceptionnel… mais ça fait mal, et ça doit faire mal.

Le coach de la France, lui, était complètement dégoûté et parlé d'une grosse leçon pour son équipe:

Voilà la différence fondamentale.

Treille vit la défaite comme une blessure.

Texier la raconte comme une expérience.

Et c’est exactement ce que les médias français lui reprochent depuis le début du tournoi.

Contre la Suisse : invisible.

Contre la Tchéquie : frileux, périphérique, absent dans les moments chauds.

Contre le Canada : spectateur.

On lui reproche de ne pas aller dans les coins. De rester à l’extérieur des mêlées. De ne pas imposer sa présence physique. De ne jamais provoquer d’étincelle émotionnelle. Même dans un match qui dérape à ce point-là, Texier ne s’est jamais rebellé.

Et là, après un 10-2, il parle de beauté.

Pendant que le Canada empilait les buts avec Connor McDavid, Nathan MacKinnon et Macklin Celebrini, pendant que les Canadiens jouaient à une vitesse irréelle, pendant que la France explosait structurellement, Texier semblait déjà dans l’acceptation.

C’est précisément ce qui alimente la colère en France.

On savait que l’écart de talent était immense. On savait que ça risquait d’être un massacre. Mais on attendait autre chose du leader offensif : une rage, un shift de patron, un geste d’orgueil, une présence dérangeante.

On a eu un discours de touriste du hockey.

Oui, le Canada est une machine.

Oui, « ce n’est pas le même sport ».

Oui, la France est une petite nation.

Mais à ce niveau-là, ton rôle n’est pas d’admirer. Ton rôle est de te battre jusqu’à la dernière seconde, puis d’être écœuré après.

Alexandre Texier ne l’a pas été. Et c’est ça, la vraie déception du tournoi.

Parce que ce match n’a pas seulement exposé la faiblesse collective de la France.

Il a confirmé ce que plusieurs soupçonnaient déjà : Texier est un joueur fin, intelligent, complémentaire… mais pas un gagnant instinctif. Pas un joueur de feu. Pas un moteur émotionnel.

Et quand tu es le seul NHLer de ton pays, quand tu es censé être le visage de ton programme, quand tu te fais battre 10-2…

Tu ne dis pas que c’était beau à voir.

Tu dis que ça fait mal.