Pauvre Zachary Bolduc qui continue de recevoir les messages de Martin St-Louis en pleine figure.
Il y a des messages qu’un entraîneur peut envoyer en conférence de presse, comme le fait le St-Louis à chaque fois que les journalistes lui parlent du Québécois. St-Louis répond que Bolduc doit s'impliquer physiquement, défensivement, qu'il doit frapper, qu'il ne peut se fier seulement à son tir.
Mais là, il y a un message que le coach nvoie sur la glace, devant tout le monde, sans élever la voix.
Celui que Martin St-Louis adresse actuellement à Zachary Bolduc est impossible à ignorer.
Ce n’est plus une impression. Ce n’est plus une lecture excessive d’une combinaison de trios sur un tableau blanc.
C’est maintenant une réalité observable sur plusieurs jours consécutifs : Joe Veleno est passé devant Zachary Bolduc dans la hiérarchie du Canadien de Montréal. Et dans une organisation où chaque minute est un vote de confiance, ce genre de glissement n’arrive jamais par hasard.
Toute la semaine, pendant que Bolduc alternait sur le quatrième trio, parfois remplacé par Patrik Laine, parfois tassé pour des essais, Joe Veleno, lui, n’a jamais bougé. Jamais alterné. Jamais testé ailleurs.
Toujours là. Stable. Installé. À sa place. Même avec Jake Evans, il a été transféré à l'aile, mais jamais en alternance. Avec un rôle précis. Avec une mission claire. Et surtout, avec la pleine confiance de son entraîneur.
C’est là que la réalité devient cruelle pour Bolduc.
Veleno n’est pas un attaquant top-6. Personne ne le prétend. Il ne transporte pas l’équipe. Il ne fait pas lever les foules. Mais il coche toutes les cases que Martin St-Louis valorise obsessionnellement : fiabilité défensive, constance dans l’effort, respect du rôle, lecture du jeu sans la rondelle, discipline structurelle.
Résultat : même lorsque le Canadien doit jongler avec une congestion extrême à l’attaque, Veleno n’est jamais le premier menacé.
Zachary Bolduc, lui, l’est constamment.
Quand Patrik Laine se rapproche d’un retour, tout indique que la porte s’ouvrira… à la place de Bolduc. Pas celle de Veleno. Pas celle d’Evans. Pas même celle de Gallagher, pourtant lui aussi alternés à divers moments cette semaine (il alternait avec Samuel Blais sur le 3e trio).
Le seul attaquant dont le siège est visiblement éjectable, soir après soir, c’est Bolduc.
Et ce détail est fondamental : Alexandre Texier aussi a alterné, lui qui est prêt à revenir au jeu.
Mais Joe Veleno? Jamais. Pas une seule fois. Dans un camp d’entraînement, dans une semaine de préparation, dans un contexte de retours imminents, ça ne trompe pas.
C’est un verdict silencieux.
Le plus dur pour Bolduc, ce n’est pas seulement de jouer peu. C’est de comprendre que même un plombier au profil strictement défensif, sans production offensive, a maintenant plus de valeur structurelle que lui aux yeux du coach.
Veleno n'est pas spectaculaire, mais il est prévisible. Parce qu’il ne triche pas. Parce qu’il ne sort jamais du cadre.
Or, depuis son arrivée à Montréal, c’est précisément là que Bolduc s’enlise.
Martin St-Louis n’a jamais caché ce qu’il attendait de lui.
« Je ne coache pas son lancer, je coache le reste. »
Cette phrase, répétée et assumée, résume toute la relation. Le problème, c’est que le “reste” n’est toujours pas au niveau exigé. Et dans un système où l'effort défensif est devenu non négociable, le talent offensif sans fiabilité n’achète plus de patience.
On peut aimer Zachary Bolduc. On peut croire à son potentiel. On peut rappeler son passé avec Patrick Roy, sa progression, son flair offensif, son tir.
Mais dans le présent, dans cette version du Canadien, il est coincé entre deux mondes : pas assez dominant pour forcer la main du coach, pas assez fiable pour sécuriser un rôle de soutien.
Et quand même Joe Veleno passe devant toi, ce n’est plus une mauvaise séquence. C’est un signal organisationnel.
Ce que Martin St-Louis dit, sans le dire, c’est que l’équipe préfère aujourd’hui un joueur qui comprend parfaitement ses limites à un joueur qui n’a pas encore compris ses responsabilités.
Et à Montréal, quand ce message est envoyé publiquement, sur la glace, pendant plusieurs jours consécutifs, c’est une véritable claque au visage.
Zachary Bolduc n’est pas encore fini à Montréal. Mais il est clairement rendu à un point critique. Et dans cette congestion à l’attaque, dans ce vestiaire où chaque retour enlève une chaise, le fait que Joe Veleno soit désormais intouchable pendant que Bolduc alterne raconte toute l’histoire.
Une histoire qui, pour Bolduc, commence sérieusement à ressembler à un compte à rebours.
Les décisions de Martin St-Louis ont créé les conditions parfaites pour que le Québécois devienne une monnaie d’échange crédible.
Le message envoyé au reste de la ligue est cinglant : ce joueur n’est plus intouchable. Et dans la LNH, dès qu’un joueur cesse d’être protégé, il entre automatiquement dans les scénarios de transaction.
À Calgary, son profil intrigue depuis longtemps dans des discussions plus larges impliquant un vétéran de caractère comme Blake Coleman ou même, dans un montage plus audacieux, Nazem Kadri, un centre de séries que le CH convoite sans jamais le dire publiquement.
À Vancouver, avant que Kiefer Sherwood ne prenne finalement la direction de San Jose, le nom de Bolduc avait été évoqué dans l’entourage des Canucks comme un jeune attaquant capable d’entrer dans une transition, justement parce qu’il n’est plus vu comme un pilier à Montréal.
Même à Saint-Louis, où on l’adorait et où son profil offensif avait un sens clair, un retour dans un package plus large n’est pas fou aux yeux de plusieurs observateurs.
Certains l'impliquent même dans un "package deal" pour Alexis Lafrenière.
Bref, Bolduc ne circule pas parce qu’il est mauvais, il circule parce qu’il est devenu, par la force des décisions du coach, plus utile comme actif transactionnel que comme projet prioritaire.
Voilà le premier message. Le deuxième, encore plus brutal, c’est que plus Martin St-Louis continue de le traiter comme un joueur interchangeable, plus le Canadien prépare lui-même le terrain pour un départ qui finira par sembler logique, presque inévitable.
À Montréal, on ne perd pas les joueurs le jour où ils sont échangés. On les perd le jour où ils cessent d’avoir une chaise bien à eux.
Et pour Zachary Bolduc, ce jour-là est déjà passé.
