Divorce dans la chambre: la relation de Cole Caufield est brisée

Divorce dans la chambre: la relation de Cole Caufield est brisée

Par Marc-André Dubois le 2025-04-03

Il fut un temps pas si lointain où Cole Caufield régnait en maître sur l’avantage numérique du Canadien de Montréal.

Depuis son bureau dans le cercle gauche, ses tirs précis et foudroyants faisaient frissonner les gardiens adverses. Il formait une connexion magnétique avec Lane Hutson : le passeur créatif et le tireur instinctif, un duo taillé pour la scène.

Mais ce chapitre est désormais clos. Et pour Caufield, c’est un cauchemar en plusieurs actes, une lente érosion de son statut, de ses automatismes… et de son bonheur sur la glace.

Patrik Laine est arrivé à Montréal avec un CV prestigieux, mais une réputation à rebâtir. Personne ne se doutait qu’il volerait non seulement la vedette sur le jeu de puissance, mais qu’il piétinerait au passage le territoire de Cole Caufield.

Depuis le mois de décembre, Laine s’est installé dans « le bureau » du cercle gauche, et il ne l’a plus jamais quitté.

Le résultat? Une production offensive impressionnante : 15 buts en avantage numérique en 44 matchs, à un seul but des meneurs de la LNH, malgré un nombre de matchs beaucoup plus restreint.

Lane Hutson l’a alimenté à répétition. Nick Suzuki a fait de même. Une mécanique bien huilée, précise, presque chirurgicale.

Et pendant ce temps, Cole Caufield regarde.

Il regarde la scène qui, il n’y a pas si longtemps, était la sienne.

Un cœur brisé… et un lien coupé...

Mais ce qui fait le plus mal à Cole Caufield, ce n’est peut-être pas seulement d’avoir perdu son rôle en avantage numérique.

C’est d’avoir été écarté de ce duo si spécial qu’il formait avec Lane Hutson. On se souvient, lors de la signature de Hutson l’an passé, à quel point les deux jeunes Américains affichaient leur complicité, leur enthousiasme à se retrouver dans le même vestiaire. En match, leur instinct collectif était naturel, joyeux, fluide.

Et voilà que, sur la glace du Centre d’entraînement de Brossard, on a vu jeudi matin Lane Hutson effectuer avec Patrik Laine les mêmes exercices qu’il faisait jadis avec Caufield : les passes croisées en zone offensive, les tirs sur réception, le sourire complice. Une routine désormais transférée à un autre.

Avant même que l’entraînement matinal ne commence officiellement, Lane Hutson et Patrik Laine étaient déjà sur la glace, une pile de rondelles soigneusement déposée près d’eux. Hutson se plaçait à la ligne bleue, exactement là où il orchestre le jeu de puissance, pendant que Laine se positionnait dans le cercle de mise en jeu gauche, son nouveau « bureau ».

Pendant plusieurs minutes, le jeune défenseur exécutait des passes tendues, précises, que Laine décochait sur réception avec une puissance dévastatrice.

Parfois, ça faisait vibrer les cordages. Parfois, ça faisait sonner le poteau. Mais c’était clairement une chorégraphie bien rodée.

« Il est patient et il attend le bon moment, a expliqué Hutson. Il sait quand c’est le temps de tirer. »

De son côté, Laine lançait à la blague : « Généralement, avant les matchs, je lui dis de me donner la rondelle. C’est un bon kid, il apprend vite ! »

Pour Caufield, c’est plus qu’un désaveu tactique. C’est une rupture émotionnelle.

Il faut le dire : depuis plusieurs semaines, Cole Caufield semble grincheux. Bête comme ses pieds, diraient certains journalistes présents au quotidien.

Plus distant, plus froid, moins engageant, même avant les matchs. Ce n’est pas le même joueur éclatant, souriant, proche de ses coéquipiers qu’on a vu à ses débuts.

Ce n’est pas non plus un hasard si certains fans et observateurs ont souligné le moment glacé entre lui et Nick Suzuki lors du match du 27 février, lorsqu’ils se sont croisés dans le couloir du Centre Bell sans même se regarder.

Cette frustration, elle se devine. Elle s’explique aussi par les rôles tactiques. Cole Caufield ne touche plus autant la rondelle. Il n’est plus le centre de gravité offensif. Il n’est plus le tireur numéro un en avantage numérique. Il n’est plus dans les discussions quand on parle de « hot hands » à Montréal.

Il y a aujourd’hui une chimie indéniable entre Suzuki, Hutson et Laine sur l'avantage numérique.

Martin St-Louis l’a dit lui-même : tout repose sur les cinq joueurs sur la glace, sur leur capacité à lire les défenses et à reconnaître les fameuses « fenêtres ».

Et souvent, la rondelle se rend à Laine. Parce qu’il a un tir foudroyant. Parce qu’il attire les regards. Parce qu’il est la pièce maîtresse.

Mais tout ça laisse un goût amer pour Caufield, relégué au rôle de figurant dans un système qu’il croyait jadis construit autour de lui.

Même Hutson, en entrevue, a admis qu’il est difficile de penser à tirer « quand tu as Cole, Suzy, Slaf et Patty ». C’est une phrase anodine, mais révélatrice : les priorités sont ailleurs.

Ce déplacement tactique alimente la frustration, mais la tension ne s’arrête pas là. On sait qu’en dehors de la glace, les habitudes de vie diffèrent. Suzuki est désormais fiancé. Caufield est toujours célibataire, aimant faire la fête.

Certains affirment qu’ils se voient moins à l’extérieur de l’aréna, que les liens se distendent. Cela a contribué au fameux « unfollow » réciproque sur Instagram qui a secoué les réseaux sociaux cette semaine.

Il a fallu une intervention de Chantal Machabée elle-même pour calmer la tempête. Quelques minutes plus tard, Suzuki et Caufield se suivaient de nouveau sur Instagram.

Et dans un point de presse préparé au quart de tour, Cole a nié toute tension. Mieux encore, il a lancé des fleurs à Nick Suzuki, qu’il a décrit comme un « leader ultime ».

Mais ce genre de déclaration, aussi polie soit-elle, ne dissipe pas complètement les nuages.

Et maintenant?

Dans l’état actuel des choses, le Canadien de Montréal est en pleine course aux séries, et Cole Caufield est toujours une menace offensive capable de changer l’allure d’un match.

Mais il y a un malaise qu’on ne peut plus ignorer. Le décalage entre les attentes, le talent et les rôles réels s’est creusé. Caufield est en perte de vitesse. Son taux de tirs convertis est en chute. Son sourire est rare. Et ses automatismes sont brisés.

Il n’a plus son bureau. Il n’a plus son complice. Il n’a plus sa place sur le trône.

Il n’a plus que sa colère.

Et il faut espérer que cette colère se transforme en énergie… pas en rupture définitive.

Car dans une ville comme Montréal, chaque détail, chaque expression faciale, chaque regard entre deux coéquipiers peut prendre une dimension disproportionnée. Le Canadien doit marcher sur des œufs.

Le Canadien doit aussi retrouver l’équilibre dans ses trios, dans ses unités spéciales, et surtout dans son vestiaire.

Parce qu’un Cole Caufield frustré, c’est un feu qu’on n’éteint pas facilement.