Destruction d'un homme: Juraj Slafkovsky paye cher

Destruction d'un homme: Juraj Slafkovsky paye cher

Par David Garel le 2026-02-27

Hier soir, Martin St-Louis n’a pas eu besoin de nommer un joueur pour que tout le monde comprenne.

Après la défaite de 4-3 en prolongation contre les Islanders, Martin St-Louis a parlé d’exécution, de gestion de la rondelle, de travail incomplet à six contre cinq. Il a évoqué les cinq joueurs qui doivent « faire leur job ». Il a répété qu’on allait « regarder ça ». Il n’a pointé personne du doigt.

Mais dans le vestiaire, dans la galerie de presse, dans les salons montréalais, le message était clair.

Celui qu’on attend comme un pilier offensif a livré un match horrible. Atroce. Nonchalant. Absent.

La séquence du but égalisateur d’Anders Lee ne ment pas. Tout le monde a vu le dégagement raté de Slaf:

Une rondelle qui devait sortir facilement de la zone. Une décision molle. Un geste hésitant. Et quelques instants plus tard, la rondelle est derrière Samuel Montembeault, le Centre Bell est figé, et le point supplémentaire s’envole.

Ce n’est pas qu’une erreur. C’est le symbole d’une soirée complète à l’envers.

Pendant que le capitaine du Tricolore, Nick Suzuki, disputait un match exemplaire (24 minutes 38 secondes de glace, six tirs, des occasions franches, une implication constante), Slaf donnait l’impression de patiner dans du sable mouvant. Suzuki est revenu de la pause olympique avec du feu dans les jambes. L’autre semblait traîner un poids invisible.

Fatigue olympique? Blues post-tournoi? Dépression émotionnelle?

Ce serait commode.

Mais ce serait aussi une excuse facile.

Parce que la pause était la même pour tout le monde. Parce que le capitaine a joué gros hockey lui aussi. Parce que le sprint final est lancé et que les séries ne pardonnent pas les états d’âme.

La Presse n’y est pas allée de main morte. On a parlé d’un match lamentable. On l’a classé « en baisse ». On a souligné son incapacité à influencer la rencontre positivement. Et, surtout, on a mis le doigt sur cette séquence défensive qui change tout.

Le Slovaque a tout simplement été détruit.

Ce n’est pas un hasard si l’entraîneur, sans le nommer, a insisté sur la gestion des dix dernières minutes. Sur le manque de prudence en zone neutre. Sur l’incapacité à tuer le match quand l’adversaire retire son gardien.

Le Canadien est la pire équipe de la ligue dans cette situation. Dix buts accordés quand le filet adverse est désert. Sept dans le même scénario, à cinq contre six, en fin de rencontre. Et jeudi, encore une fois, ça craque.

Et il était sur la glace.

On peut toujours dire que l’erreur n’est pas flagrante. Que le système doit mieux soutenir. Que les cinq joueurs sont responsables. Techniquement, c’est vrai.

Mais l’impression visuelle est terrible.

Il n’avait pas l’air bien. Pas juste mal positionné. Pas juste en retard d’une demi-seconde. Il n’avait pas l’air bien dans sa peau.

Et c’est là que les rumeurs recommencent à circuler.

On parle de rupture amoureuse. On parle de tempête médiatique. On parle de distractions hors glace. Depuis des semaines, sa relation fait jaser. Les absences publiques sont analysées. Les apparitions sont scrutées. Chaque silence devient suspect.

Est-ce que ça joue dans sa tête?

Impossible de le prouver. Mais impossible d’ignorer le contexte non plus.

Montréal est une ville qui amplifie tout. Quand tu performes, on oublie le reste. Quand tu te traînes les patins, tout revient te frapper en pleine figure. Les sorties passées. Les rumeurs. Les histoires de bar. Les suppositions.

Et là, le doute s’installe.

Ce n’est pas seulement une question de statistiques. Ce n’est pas qu’une question d’erreurs défensives. C’est une question d’attitude. De langage corporel. D’engagement.

Sur plusieurs présences, il semblait flotter. Attendre la rondelle au lieu d’aller la chercher. Perdre des batailles le long des rampes. Rater des lectures simples. On est loin du jeune attaquant puissant, impliqué, dominant physiquement qu’on a vu par séquences cette saison.

La pause olympique devait être un tremplin. Un regain d’énergie. Un reset mental.

Au lieu de ça, on a vu un joueur déconcentré.

Est-ce la pression? Est-ce l’épuisement mental? Est-ce simplement un mauvais match isolé?

Peut-être un mélange de tout ça.

Mais dans un marché comme Montréal, les « peut-être » ne durent jamais longtemps. Le narratif se forme vite. Trop vite. Et elle devient lourde à porter.

Le Canadien rêve aux séries. Il reste 24 matchs. Chaque point compte. Chaque avance doit être protégée. Et quand tu mènes 3-2 en fin de troisième, tu dois fermer la porte. Pas offrir une deuxième vie.

L’entraîneur l’a dit : « Ce n’est pas ce qui est arrivé. »

Sans le nommer.

Le message est clair.

Il n’a plus le luxe d’être en dents de scie. Plus le luxe d’avoir des soirs off. Plus le luxe de laisser planer le doute sur son engagement. Parce que pendant que Suzuki élève son niveau de jeu, pendant que d’autres saisissent l’occasion, lui donne l’impression de reculer.

La vraie question n’est pas de savoir si la presse a été dure.

La vraie question est de savoir s’il va répondre.

Parce qu’à Montréal, tu peux être critiqué sévèrement un soir… et redevenir un héros deux matchs plus tard.

Mais pour ça, il faut vouloir reprendre le contrôle.

Et jeudi, il ne l’avait clairement pas.