Le discours est rodé. Calme. Positif. Presque protecteur.
Quand les journalistes ont demandé à Martin St-Louis comment il évaluait le jeu de Kirby Dach depuis son retour, la réponse est tombée sans hésitation :
« Il y a eu de bonnes répétitions, de bonnes minutes. Je suis très satisfait. Il fait le travail sans la rondelle. Ses touches vont continuer à s’améliorer avec le temps. »
Sur papier, ça sonne comme un entraîneur patient. Sur la glace, ça raconte une toute autre histoire.
Kirby Dach est revenu au jeu pendant l’absence d’Alexandre Texier.
Occasion en or. Place libre sur le trio de Nick Suzuki et Cole Caufield.
Mission claire : prouver qu’il peut être ce fameux gros attaquant capable de soutenir un premier trio à cinq contre cinq.
Résultat : aucun point, différentiel négatif, impact quasi invisible, temps de glace plafonné autour de 15-16 minutes, deuxième vague d’avantage numérique, et surtout… aucune raison de garder sa place.
Dès que Texier est revenu en santé, la chaise a changé de propriétaire.
Kirby Dach a été rétrogradé avec Jake Evans et Zachary Bolduc.
Pas parce que Texier est intouchable. Parce que Dach n’a pas fait assez pour le détrôner.
Et pourtant, Martin St-Louis persiste :
« Son timing revient graduellement. C’est normal après une longue absence. »
Sauf que le hockey de la LNH n’attend pas. Le contexte est brutal : quand un joueur saisit sa chance, il force la main du coach. Quand il ne la saisit pas, le coach n’a même pas besoin de justifier son choix.
Si Kirby Dach avait dominé avec Suzuki et Caufield, Texier ne serait pas revenu à sa place aussi facilement. C’est aussi simple que ça.
Le malaise est là : on parle d’un joueur présenté depuis deux ans comme une pièce maîtresse du top-6.
Un gros centre/ailier capable d’apporter de la lourdeur, du jeu en zone payante, du soutien physique.
Mais au moment critique, celui où l’équipe cherche justement cette lourdeur, ce n’est pas lui qu’on garde sur la première ligne.
Martin St-Louis dit voir un joueur qui fait le travail sans la rondelle. Le tableau d’affichage, lui, voit un joueur qui ne fait pas la différence avec.
Et quand on demande ce qu’il attend de sa ligne avec Evans et Bolduc, Dach lui-même parle surtout de « forecheck », de « batailles » et de « jeu simple ».
Traduction : on n’est plus dans le rôle d’impact offensif, on est dans le rôle de soutien.
Le problème n’est pas que Kirby Dach peine à revenir. Le problème, c’est qu’on fait semblant que ça va mieux que ça ne va vraiment.
Le coach parle de progression. Les décisions parlent de recul.
Le coach parle de satisfaction. L’alignement parle de déclassement.
Et au cœur de tout ça, une vérité que personne n’ose dire à voix haute :
si Kirby Dach était réellement dominant depuis son retour, Alexandre Texier ne lui aurait pas repris sa place aussi vite.
Le reste, c’est du vocabulaire d’entraîneur.
Misère...
