Alexandre Carrier s’écroule sous nos yeux, et ce n’est plus une impression, ce n’est plus un mauvais match isolé, ce n’est plus une réalité qu’on peut balayer sous le tapis en disant qu’il faut lui « laisser le temps ».
C’est un problème structurel qui explose en plein visage du Canadien. Depuis trois semaines, chaque match de Carrier ressemble à une repésentation en direct de tout ce qu’un défenseur droitier de la LNH ne doit jamais faire : suivre la mauvaise pression, quitter son homme, doubler son partenaire du mauvais côté de la glace, regarder la rondelle au lieu du traffic dans l’enclave, et surtout, s’éloigner de la zone la plus dangereuse comme s’il n’en comprenait plus la géométrie.
Le jeu qui a résumé toute sa dérive a éclaté contre le Mammoth mercredi dernier : au lieu de garder la portion centrale, il s’est rué vers la bande pour « aider » Noah Dobson dans une bataille qu’il n’avait aucune raison de rejoindre.
Le résultat était honteux. un joueur seul dans l’enclave, une passe facile, un but évitable, et encore une fois, Carrier qui regarde derrière lui comme si la LNH se jouait à une vitesse dont il ne comprend plus les codes.
Ce fut aussi pire à Vegas pour se terminer en catastrophe au Colorado.
Pendant que le Canadien se demande s’il doit le sortir des alignements pour le calmer, pour l’obliger à tout revoir à froid dans les estrades, une autre réalité s’impose, encore plus brutale : Montréal n’a plus de défenseurs droitiers capables de tenir le fort.
Si tu retires Carrier, il ne reste que Noah Dobson, qui avale des minutes à lui seul, et Lane Hutson et Adam Engström qui sont des gauchers qu’on force à jouer à droite par nécessité, pas par désir. Et c’est là que toute la dynamique Reinbacher-Crosby-Pittsburgh vient de voler en éclats sous nos yeux.
Parce qu’au moment où Carrier s’effondre, David Reinbacher, lui, explose. Il explose littéralement en reprise de rythme, en confiance, en lecture du jeu, en mobilité, en implication physique, et en production.
Cinq points à ses trois derniers matchs. Huit points en onze sorties. Un différentiel positif. Des minutes en avantage numérique. Et surtout, ce regard que l’on n’avait plus vu depuis des lunes : celui d’un jeune défenseur qui commence à comprendre qu’il est trop bon pour survivre, qu’il peut enfin imposer son tempo, dicter ses lectures, gagner ses batailles, et faire tranquillement taire tous ceux qui lui avaient déjà collé l’étiquette de « bust » après un camp d’entraînement dominé par la rouille et les blessures.
Ce timing n’arrive pas par hasard. Et il vient de secouer toute la mécanique des rumeurs autour de Sidney Crosby. Depuis des semaines, les observateurs de Pittsburgh, les insiders, les commentateurs, répètent que si Crosby devenait disponible, le prix pour Montréal passerait inévitablement par Reinbacher, parce que Dubas cherche un jeune défenseur droitier capable de porter un top-4 pendant dix ans.
Et tant que Reinbacher se cherchait, tant qu’il semblait hésitant, tant qu’il ne jouait pas beaucoup, l’idée restait plausible, presque logique : un jeune droitier à la valeur incertaine contre un monument comme Crosby, c’est une décision qu’un DG ambitieux peut accepter de prendre.
Mais ça, c’était avant que Carrier s’effondre complètement. Avant que la profondeur du CH à droite devienne aussi fragile.
Avant que Reinbacher devienne soudainement le pilier potentiel que le CH n’a absolument plus les moyens de sacrifier. Avant que chaque match à Laval rappelle que la pénurie de droitiers à Montréal est réelle, urgente, pressante.
Aujourd’hui, la rumeur Crosby contre Reinbacher ne tient plus la route, même si Renaud Lavoie continue d'y croire, parce que l’effondrement d’Alexandre Carrier vient de bouleverser tout l’équilibre.
Avant, échanger Reinbacher était un luxe discutable mais envisageable. Maintenant, c’est une bourde stratégique. Les Penguins peuvent encore rêver à Reinbacher, Dubas peut encore pousser pour l’avoir, mais Montréal n’a plus ce luxe.
Reinbacher n’est plus un actif de transaction : il est devenu la bouée de sauvetage d’un côté droit de la défense en train de couler sous le poids des mauvaises lectures et de la confusion permanente d’Alexandre Carrier.
Pendant que Carrier tremble, hésite, recule, fuit les contacts et perd ses duels, Reinbacher avance, impose, progresse, retrouve son identité.
Pendant que Martin St-Louis continue de donner vingt-deux minutes à Carrier « parce qu’il n’a pas d’autres options », Pascal Vincent joue Reinbacher comme un général et récolte les dividendes. Pendant que le CH se demande comment cacher Carrier, il commence à se demander comment monter Reinbacher.
Si Montréal veut rêver à cette ligne bleue composée de "studs" Dobson–Matheson-Hutson-Guhle-Reinbacher qui ferait frémir la LNH, Reinbacher doit rester, point.
Plus de débat. Plus de spéculation. Plus de tentative de justifier un échange monumental. Montréal n’a pas deux défenseurs droitiers capables de tenir la route. Montréal en a un seul : Dobson. Le deuxième, il est à Laval, et il est en train de frapper à la porte.
Et si la question du jour est de savoir si le CH doit sortir Carrier des alignements, la vraie réponse est tellement plus vaste : il doit surtout se préparer à rappeler David Reinbacher, parce que la crise, elle n’est pas à Laval, elle est à Montréal.
Et quand une organisation arrive à ce point de bascule, elle ne sacrifie pas son unique défenseur droitier d’avenir pour une rumeur, même si elle porte le nom de Sidney Crosby.
La vérité, c’est que Reinbacher est en train de sauver sa peau et, par ricochet, celle du CH. Carrier, lui, est en train de perdre la sienne.
Et dans cette équation, tout le monde peut voir ce qui s'en vient. Reinbacher est aux portes de la LNH...
