Regarder les Jeux olympiques en pyjama pendant que d’autres portent la feuille d’érable à Milan.
C’est ça, la réalité brutale de Mike Matheson.
Pendant que l’équipe canadienne déroule, que les arénas vibrent et que chaque présence sur la glace devient un souvenir à vie, le défenseur du Canadien de Montréal vit l’exact opposé : le calme forcé, le salon familial, les enfants à coucher plutôt qu’un casque à attacher.
Et pourtant, tout était là.
Tout.
Matheson faisait partie de la liste de réserve d’Équipe Canada.
Pas un figurant. Pas un oubli.
Un nom bien réel, averti noir sur blanc : reste près, ne t’éloigne pas trop.
En cas de blessure, l’appel pouvait venir.
Puis la blessure arrive.
Josh Morrissey tombe au combat. Absent contre la France.
La porte s’entrouvre. L’occasion parfaite. Le scénario que Matheson attendait, sans jamais le souhaiter.
Mais non.
Règlement olympique. Rideau fermé. Aucun rappel possible hors de l’alignement initial.
Cruauté pure.
Dans une entrevue accordée au Journal de Montréal, Matheson n’a pas tenté de cacher ce que tout athlète ressentirait dans une situation pareille.
« J’aurais donné n’importe quoi pour faire partie de cette équipe. »
D’un côté, la pause. Le repos. La récupération physique après des mois à jouer de grosses minutes à Montréal.
De l’autre, Milan. L’hymne. Le vestiaire. Le regard complice entre défenseurs avant une mise au jeu.
Deux mondes complètement opposés.
Matheson le reconnaît lui-même : oui, cette pause lui permet de travailler sur de petites choses, de recharger les batteries.
Oui, il profite d’un privilège rare dans la vie d’un joueur de la LNH : être présent pour sa famille, mettre ses enfants au lit chaque soir, être là le matin.
Mais aucun de ces moments-là ne remplace une chance de représenter son pays.
« Ç’aurait été un grand honneur de représenter le Canada », confie-t-il, sans détour.
Et c’est là que la cruauté prend tout son sens.
Parce que le Canada, lui, n’a pas paniqué.
La machine est trop profonde. Trop solide. Travis Sanheim a pris la place de Morrissey.
La brigade défensive n’a pas bronché. Deux matchs, deux victoires écrasantes, dix buts marqués, un seul accordé.
Même Brad Marchand peut être laissé de côté par stratégie.
Cette profondeur, Matheson en est parfaitement conscient. Il sait que l’équipe roule. Il sait que personne ne lui doit rien.
Mais ça n’enlève rien au sentiment d’impuissance.
Pendant que Morrissey se soigne, Matheson regarde.
Et même si une autre blessure survenait demain, la réponse serait la même : non.
Il ne reste que l’acceptation.
À Montréal, cette pause pourrait devenir un avantage.
Corps reposé. Esprit clair. Dernier droit de la saison en vue.
Un CH qui pousse. Des séries qui deviennent une vraie possibilité.
Mais malgré tout ça, une chose est évidente.
Il y a des absences qui font plus mal que d’autres.
Pas parce qu’on n’est pas assez bon.
Pas parce qu’on n’a pas été choisi.
Mais parce qu’on était à un souffle d’y être.
Mike Matheson ne manquera pas de matchs.
Il manquera un moment.
Et ça, aucun règlement ne peut l’adoucir.
Dans le vestiaire du Canadien, personne n’a besoin de poser la question.
Tout le monde sait ce que Matheson ressent.
Les joueurs comprennent ce que ça représente, une occasion olympique.
Ils savent aussi à quel point ce genre de moment ne se représente jamais deux fois.
Le respect est là, discret, mais réel.
Parce que chaque joueur sait que cette place-là aurait pu être la sienne.
