Depuis qu’elle occupe un rôle régulier à l'avant-match et aux entractes des matchs des Canadiens sur les ondes de RDS, Danièle Sauvageau se retrouve sous une loupe médiatique beaucoup plus intense qu’auparavant.
Et depuis quelques jours, les critiques à son endroit se multiplient à une vitesse fulgurante sur les réseaux sociaux.
Commentaires acerbes, remises en question de sa crédibilité, incompréhension face à certaines de ses analyses : le ton est dur, parfois excessif, souvent sans filtre.
À première vue, on pourrait croire à une réaction démesurée, voire injuste. Est-ce parce qu'elle est une femme?
Mais pour bien comprendre l’ampleur de cette grogne, il faut accepter une réalité bien québécoise : le public n’oublie pas. Et certaines prises de position passées, même si elles ne sont plus d’actualité immédiate, laissent des traces durables.
Ce n’est pas un événement précis, ni une phrase isolée qui explique l’actuelle tempête. C’est plutôt une accumulation.
Des indices laissés dans le passé, des opinions qui avaient déjà dérangé, et qui refont surface aujourd’hui alors que Sauvageau bénéficie d’une tribune nationale, dans un marché émotif où chaque mot prononcé à propos du Canadien de Montréal est disséqué, partagé, amplifié.
Parmi ces épisodes qui reviennent constamment dans les discussions, il y a bien sûr les propos tenus sur les ondes du 98,5 FM à la suite de la grave blessure subie par Patrik Laine lors d’un match préparatoire.
Patrik Laine is forced to leave the game with a knee injury after colliding with Cedric Pare. pic.twitter.com/3rAOIRrfrQ
— TSN (@TSN_Sports) September 28, 2024
À l’époque, alors que la majorité des analystes débattaient encore de la responsabilité de Cédric Paré dans la séquence ayant mené à la blessure au genou de Laine, Danièle Sauvageau avait surpris tout le monde en affirmant que le joueur blessé portait lui-même une part de responsabilité.
En déclarant que Laine avait « exposé son genou » et qu’il s’était placé dans une situation de vulnérabilité, elle avait choisi un angle qui déculpabilisait largement Paré.
Une position qui avait choqué, non seulement par son caractère abrupt, mais aussi par le message qu’elle envoyait : celui de blâmer, au moins en partie, un joueur déjà durement frappé par le sort.
Pour plusieurs partisans, cette sortie était malvenue. Laine tentait alors de retrouver sa forme, de relancer une carrière marquée par les blessures, et voilà qu’on ajoutait une couche supplémentaire en lui attribuant la faute de son propre malheur.
Dans un sport aussi rapide et imprévisible que le hockey, où les contacts surviennent souvent en une fraction de seconde, cette lecture avait été perçue comme simpliste, voire déconnectée de la réalité du jeu.
Le malaise ne s’était pas arrêté là. Danièle Sauvageau avait également tenu des propos très durs envers Arber Xhekaj, en le décrivant essentiellement comme un joueur transitoire, présent uniquement en attendant qu’un « meilleur shérif » prenne sa place.
Là encore, le fond du propos pouvait se défendre. Xhekaj n’est pas un défenseur élite. Il ne le sera probablement jamais. Dans une équipe aspirante à la Coupe Stanley, il serait au mieux un sixième défenseur, possiblement un septième.
Son jeu avec la rondelle est limité, son sens du jeu inégal, et sa discipline parfois problématique. Mais réduire Xhekaj à un simple plombier temporaire, comme si son rôle n’avait aucune valeur, c’était ignorer une dimension bien réelle de la LNH : le rôle de shérif existe encore, et il répond à un besoin précis.
Il protège ses coéquipiers et il impose un certain respect. Et dans une organisation jeune et tellement talentueuse, ce rôle n’est pas inutile.
La discussion autour de Xhekaj dépasse d’ailleurs largement la simple analyse hockey. Elle touche à une question contractuelle bien réelle. À 1,3 M$ cette saison, il représente un excellent rapport qualité-prix. Mais à 2,5 M$ par année sur le long terme, ce serait une erreur.
Un contrat plus modeste, autour de 2 M$ par saison cet été, correspondrait davantage à sa valeur réelle. Là-dessus, Kent Hughes devra faire preuve de sang-froid, contrairement à ce qu’on a parfois vu dans le passé sous Marc Bergevin, où l’émotion prenait souvent le dessus.
Surtout que les offres hostiles vont arriver pour le shérif.
Mais ce sont précisément ces positions tranchées, exprimées sans beaucoup de nuances, qui ont contribué à forger l’image actuelle de Danièle Sauvageau auprès d’une partie du public.
Une image perçue comme rigide, old school, parfois déconnectée de la réalité moderne du jeu. Les commentaires passés sur Cole Caufield, qualifié de nuisance défensive dont l’apport offensif ne compenserait pas les lacunes, sont eux aussi régulièrement ressortis dans les débats actuels.
Aujourd’hui, tout cela refait surface parce que Danièle Sauvageau est plus visible que jamais. À RDS, à une heure de grande écoute, devant un public passionné, chaque opinion prend une portée beaucoup plus grande.
Les réseaux sociaux ne pardonnent pas, et le Québec, encore moins. Ce n’est pas tant ce qu’elle dit aujourd’hui qui alimente la colère, mais ce qu’elle a dit hier, et la cohérence perçue de son discours à travers le temps.
A-t-elle voulu provoquer pour faire parler d’elle ? Peut-être. A-t-elle simplement exprimé des convictions sincères, ancrées dans une vision plus traditionnelle du hockey ? Probablement.
Mais une chose est certaine : en minimisant la responsabilité d’un joueur impliqué dans un incident grave et en blâmant un joueur blessé pour s’être « exposé », elle a franchi une ligne qui, pour beaucoup de partisans, reste difficile à accepter.
Blâmer la victime n’a jamais été une solution. Et même si ces propos appartiennent désormais au passé, ils expliquent en grande partie pourquoi, aujourd’hui, les critiques envers Danièle Sauvageau sont aussi virulentes.
Ce n’est pas un procès, mais un rappel brutal d’une réalité : au Québec, surtout quand il est question du Canadien de Montréal, chaque mot laisse une empreinte.
Et certaines empreintes ne s’effacent pas facilement.
