Coup de circuit pour Pierre-Karl Péladeau: TVA Sports surprend la planète hockey

Coup de circuit pour Pierre-Karl Péladeau: TVA Sports surprend la planète hockey

Par David Garel le 2026-02-06

Il y a quelque chose de presque irréel dans ce qui circule actuellement autour de TVA Sports. Alors que la chaîne a englouti près de 300 millions de dollars depuis sa création, alors qu’elle a payé environ 720 millions sur 12 ans pour son contrat initial avec la Ligue nationale de hockey, alors que ses cotes d’écoute sont devenues faméliques et que des vagues de compressions ont décimé ses effectifs, voilà qu’un scénario complètement renversant prend forme : TVA Sports pourrait non seulement demeurer diffuseur de la LNH, mais récupérer les 24 matchs nationaux francophones… et potentiellement les séries éliminatoires.

Oui, les séries.

C’est exactement ce qu’a laissé entendre Jeremy Filosa, affirmant que, selon ce qui circule, une annonce pourrait survenir dès le mois de mars confirmant que TVA Sports resterait dans le portrait, avec un partage renouvelé des matchs du Canadiens de Montréal avec RDS, pendant qu’une quinzaine de rencontres demeureraient en suspens, susceptibles de basculer vers une plateforme de streaming. (Crave ou Amazon Prime).

Et comme si ce n’était pas suffisant, Alexandre Tétreault, journaliste du FM93 dans l’émission de Trudeau et Landry, a carrément avancé la même hypothèse : les séries éliminatoires pourraient revenir à TVA Sports.

On parle ici d’un revirement de situation majeur.

Dans l’état actuel des discussions, le découpage ressemblerait à ceci : RDS conserve 45 matchs régionaux. Crave (Bell) et Amazon Prime se battent pour 15 matchs, et il resterait ce bloc stratégique de 24 matchs, soit les droits nationaux francophones, traditionnellement associés aux samedis soirs et aux rendez-vous les plus visibles du calendrier (séries, match des étoiles, classique hivernale).

Ce sont ces 24 matchs qui seraient destinés à TVA Sports. Et historiquement, qui dit droits nationaux dit aussi séries éliminatoires.

Autrement dit, malgré l’effondrement de ses audiences, malgré une diffusion toujours limitée à du 720p quand tout le monde parle de 4K, malgré une marque qui s’est érodée au point où une partie importante du Québec regarde désormais le hockey en anglais sur Sportsnet, TVA Sports pourrait se retrouver avec le produit le plus précieux du marché francophone.

C’est vertigineux.

Parce que rappelons-le : cette chaîne est déficitaire depuis le premier jour. Elle a été lancée comme un coup de poing contre Bell, elle a forcé RDS à payer une fortune pour conserver une partie des matchs du Canadien, elle a bouleversé l’équilibre du marché… et elle n’a jamais réussi à rentabiliser son pari.

Depuis cette offensive, Pierre-Karl Péladeau a accepté de brûler des centaines de millions de dollars, année après année, pendant que les effectifs fondaient, que les plateaux se vidaient, que les journalistes perdaient leur emploi et que la crédibilité éditoriale se fragilisait.

Et pourtant, aujourd’hui, il serait prêt à remettre une couche.

Pourquoi ?

Parce que ce dossier n’est plus financier. Il est émotionnel. Il est symbolique. Il est viscéralement lié à l’orgueil.

Péladeau ne veut pas laisser la place à Bell. Il refuse catégoriquement l’idée que RDS et ses plateformes numériques puissent régner seules sur le hockey francophone pendant que TVA Sports disparaît.

Dans sa tête, ce serait reconnaître une défaite stratégique, presque personnelle. Et depuis que les chiffres de 2024 montrent que RDS a perdu plus d’argent que TVA Sports, il s’accroche à cette réalité comme à une bouée : pour lui, Bell n’est plus intouchable, le modèle adverse est tout aussi fragile, et tant qu’il peut rester assis à la table, il restera.

Même si ça coûte une fortune.

Même si le Québec décroche.

Même si la chaîne tourne à vide.

C’est ce qui rend ce scénario aussi fascinant qu’incompréhensible.

On parle d’un réseau qui a congédié à répétition, qui peine à produire du contenu original, qui accumule les placements de produits maladroits, qui tente parfois de survivre à coups de vox pop douteux et de segments viraux, mais qui pourrait malgré tout mettre la main sur les séries éliminatoires de la LNH.

On parle d’une entreprise qui a déjà investi plus de 720 millions pour un contrat de 12 ans, qui a encaissé près de 300 millions de pertes, et qui serait encore prête à perdre de l’argent simplement pour empêcher Bell de rafler tout le gâteau.

C’est un niveau d’obstination rarissime dans l’industrie des médias.

Rien n’est encore confirmé, évidemment. Tout cela reste conditionnel à une annonce attendue autour du mois de mars.

Mais le simple fait que deux sources crédibles de Cogeco racontent essentiellement la même chose en dit long sur l’état réel des négociations.

Si ce scénario se matérialise, ce sera l’un des plus grands revirements médiatiques des dernières années : une chaîne donnée pour morte, saignée financièrement, désertée par une partie du public, qui réussirait malgré tout à conserver les droits nationaux… et possiblement les séries.

On pourra parler de miracle.

On pourra parler d’entêtement.

Mais surtout, on devra parler d’orgueil.

Parce qu’à ce stade-ci, accepter de perdre encore des dizaines de millions simplement pour ne pas laisser Bell gagner sans opposition, ce n’est plus une stratégie d’affaires classique. C’est une guerre d’ego.

Et visiblement, Pierre-Karl Péladeau est prêt à la mener jusqu’au bout.

À suivre, en mars.