Après Gaston Therrien. Après Alain Crête. Après Michel Y. Lacroix. Après François Gagnon? Maintenant, Luc Gélinas?
À un moment donné, il faut arrêter de faire semblant que tout ça n’est qu’une gigantesque coïncidence générationnelle.
Selon les informations qui circulent dans le milieu et celles qui nous ont été rapportées via le journaliste Maxime Truman, Luc Gélinas sera le prochain gros nom de RDS à quitter le navire après les Fêtes.
Le départ pourrait survenir avant la fin de la saison.
Patrick Friolet sera alors appelé à faire à lui seul les échos de vestiaire du Canadien, un travail qui était habituellement partagé.
Et si jamais la charge de travail devenait trop importante, RDS pourrait simplement aller chercher un jeune journaliste de la salle des nouvelles pour lui donner un coup de main, à moindre coût.
On réduit les effectifs, on redistribue les tâches et on demande aux plus jeunes de prendre le relais pour des peanurs.
Après des décennies à RDS, l’un des visages les plus connus de la couverture du Canadien sera lui aussi poussé vers la sortie.
On commence à avoir une tendance.
Combien de piliers peuvent encore tomber avant qu’on arrête de parler de retraites individuelles pour commencer à parler d’une restructuration massive?
C’est ça, le vrai sujet.
Parce que RDS n’est pas une entreprise qui traverse une petite période difficile.
Les derniers chiffres publics disponibles montrent une situation financière extrêmement préoccupante. RDS a enregistré une perte avant impôts de 20,3 millions de dollars, alors que ses revenus ont reculé de 4 %, à 140 millions.
La chaîne possède environ entre 1 million et 1,5 million d’abonnés, contre environ 2,5 millions en 2018. Cette perte de près de 1,5 million d’abonnés représente environ 60 millions de dollars de revenus disparus.
RDS Info a ajouté 7,5 millions de dollars de pertes.
On parle donc de 27,8 millions de dollars de pertes combinées pour RDS et RDS Info dans la dernière année.
Et là, il y a le Canadien.
Le fameux Canadien.
La locomotive historique de RDS.
La raison pour laquelle des générations de Québécois se sont abonnés à la chaîne.
Le produit qui devait autrefois faire entrer l’argent par les portes et les fenêtres.
RDS acceptait de payer 1 million de dollars pour produire un match du CH et de perdre environ 500 000 $ par match pour conserver une partie de son calendrier régional. (60 matchs)
Avec le nouveau contrat régional de RDS (seulement 45 matchs), la facture pour produire un match s’élève à 2 millions de dollars de dépenses par match. On parle donc de pertes atteignant 1 million de dollars par match pour 2026-2027.
Sur 45 matchs, ça représente théoriquement environ 45 millions de dollars.
Ouch.
Une entreprise qui perd des dizaines de millions ne regarde plus ses employés de la même manière.
Les gros salaires deviennent des dossiers toxiques.
Les années d’ancienneté puent au nez des dirigeants.
Et les visages historiques deviennent parfois des symboles d’un modèle passé date que la direction veut justement changer.
C’est là que Luc Gélinas entre dans l’histoire.
Le pauvre n’est pas un petit employé interchangeable.
C’est un visage de RDS.
Un gars que le public québécois connaît depuis des décennies.
Un journaliste qui a couvert le Canadien, qui a été sur la route, qui a accompagné l’équipe pendant des années et qui est devenu une partie intégrante du paysage hockey québécois.
Il faut aussi se rappeler que le pauvre Luc Gélinas n’arrive pas au bout de cette histoire sans avoir traversé des moments extrêmement difficiles chez RDS.
Sa conjointe l'a laissé pour aller en couple avec Gaston Therrien, une épreuve personnelle qui a forcément marqué son parcours.
Malgré tout ce qui a pu se passer, malgré les tensions et les histoires qui ont circulé autour de lui et de Gaston Therrien, Gélinas est resté en poste, a continué de couvrir le Canadien et a poursuivi son travail pendant toutes ces années.
Alors si lui aussi disparaît du réseau, il faudra vraiment arrêter de nous servir l’histoire de la simple retraite.
Quand les départs s’empilent dans une entreprise qui traverse une crise financière, le contexte devient impossible à séparer des décisions individuelles.
Et c’est précisément ce que nous avons dit pour Gaston Therrien.
Et pour Alain Crête.
Est-ce une retraite? Ou est-ce une sortie négociée que l’on va emballer comme une retraite pour éviter de dire le mot qui fait mal : congédiement?
Poser la question, c’est y répondre.
On parle de nouvelle étape.
De choix personnel.
De désir de ralentir.
De temps pour la famille.
De projets personnels.
De passage du flambeau.
De gratitude.
De carrière exceptionnelle.
Et tout le monde repart avec le sourire.
Le réseau protège son image.
L’employé protège sa dignité.
Les deux parties évitent la guerre publique.
Et le public, lui, est supposé croire que tout le monde avait exactement le même plan depuis trois ans.
Voyons donc.
RDS a besoin de renouveler son image.
Le public vieillit.
Les habitudes de consommation changent.
Les jeunes regardent de moins en moins la télévision traditionnelle.
Les plateformes comme Amazon prennent de l’importance.
Le modèle du câble s’effondre.
Mais il y a une différence entre moderniser une entreprise et faire disparaître méthodiquement tous ceux qui ont bâti cette entreprise.
C’est là que la direction de RDS marche sur une ligne extrêmement mince.
Parce que si tu enlèves tous les vétérans, tu perds une partie de ton identité.
Mais si tu conserves éternellement les mêmes visages, tu risques de devenir prisonnier de ton passé.
Et RDS est pogné exactement entre ces deux réalités.
Combien de temps Bell veut-elle encore jouer dans cette industrie?
La question sera de savoir si la chaîne sera encore debout quand la grande purge sera terminée.
