Le message envoyé par Martin St-Louis n’aurait pas pu être plus clair, plus frontal, plus humain.
Sans jamais nommer directement Jim Montgomery qui a humilié Alexandre Texier chez les Blues, il a livré une véritable leçon de leadership moderne, une réponse en creux à tout ce qui a été fait à l’envers à Saint-Louis.
Une démonstration que le caractère ne se forge pas par l’humiliation, mais par la confiance, que la force mentale ne naît pas de la peur, mais d’un environnement cohérent où les pensées, les actions et les intentions finissent par s’aligner.
À Saint-Louis, ce qu’on reprochait à Alexandre Texier n’avait presque rien à voir avec le hockey au sens pur. On lui reprochait d’être lui-même. D’être réservé. D’être silencieux. De ne pas occuper l’espace verbal dans le vestiaire. De ne pas correspondre au modèle du joueur bruyant, dur, démonstratif.
Sous Jim Montgomery, Texier était constamment ramené à une caricature : un joueur jugé soft, pas assez engagé, pas assez prêt à « payer le prix », comme si l’intelligence du jeu, la lecture, la finesse et le calme étaient des défauts à corriger. Le problème, c’est que ces reproches ne restaient pas derrière des portes closes.
Selon plusieurs échos provenant de l’entourage de l’équipe, Texier était pointé du doigt devant le vestiaire, utilisé comme exemple négatif, ramené publiquement à sa personnalité plutôt qu’à son rendement.
Ce n’était pas de l’enseignement, c’était de l’exposition. Une forme d’humiliation moderne : te faire comprendre que tu n’es pas assez ceci, pas assez cela, devant les autres, jusqu’à ce que tu doutes de tout.
Dans ce contexte-là, chaque erreur devenait une preuve, chaque silence une accusation, chaque hésitation une confirmation du narratif déjà écrit.
Montgomery l’a écrasé au lieu de le faire grandir. Et aujourd’hui, chaque but, chaque grande soirée, chaque sourire timide mais assumé de Texier rappelle une vérité dérangeante pour Montgomery : ce n’était pas le joueur qui était faible, c’était la manière de le traiter.
Quand St-Louis parle d'Alexandre Texier et de Samuel Montembeault, il ne parle pas simplement d’un gardien qui a laissé passer un but difficile ou d'un attaquant ballotté avant de se relever sous l’effet de la foule. Il parle de vie.
« Tu vas avoir des obstacles dans n’importe quoi dans la vie, et les obstacles ne sont pas aussi importants que les réponses que tu as face à ces obstacles », explique-t-il.
« Si t’as pas d’obstacles, tu bosses pas de caractère. »
Ce n’est pas du jargon de coach. C’est une philosophie. Le marché de Montréal est dur, haut, bas, exigeant, mais quand un joueur mérite l’appui, il l’obtient. Et Montembeault, selon St-Louis, l’a mérité, parce qu’il a continué après une mauvaise exécution, parce qu’il n’a pas fui le moment.
Cette même logique s’applique à Alexandre Texier. St-Louis décortique son jeu avec une précision révélatrice :
« Tex joue la game qui est en avant de lui. Il n’essaie pas de réinventer quelque chose. Il a tous les outils pour faire ce que son cerveau lui dit, et son cerveau est assez élevé. »
Autrement dit : intelligence avant ego, lecture avant panique, simplicité avant jugement. Là où d’autres voyaient un joueur soft, lui a vu un joueur à libérer.
Et il insiste sur l’environnement :
« C’est une question d’environnement. Tu ne peux rien faire avec le passé, tu ne peux pas t’en faire avec le futur. Il faut rester dans le présent. »
Ce passage est capital, parce qu’il expose exactement le fossé entre deux visions du hockey. À Saint-Louis, on pointait la personnalité. À Montréal, on prépare le terrain. St-Louis raconte même pourquoi il n’a pas inséré Texier immédiatement dans l’alignement : il voulait qu’il observe, qu’il comprenne comment l’équipe joue, qu’il ne débarque pas « dans le noir ».
Une gestion patiente, réfléchie, presque pédagogique.
« Quand t’as un nouveau départ, t’as une opportunité d’amener une première impression. Et dès le départ, il a amené une belle première impression. »
Puis vient le cœur du message, celui qui résonne bien au-delà d’un vestiaire : l’enthousiasme.
« L’énergie négative est toujours plus pesante. Pour chaque mot positif, t’as quatre mots négatifs dans le dictionnaire. »
St-Louis parle de dialogue intérieur, de préparation, de répétitions, de cohérence entre ce que tu penses et ce que tu fais.
« La confiance ne part pas quand la game commence. Elle est bien avant ça. »
C’est une phrase-clé. Une phrase qui explique pourquoi certains joueurs explosent ici après avoir étouffé ailleurs.
Et quand il conclut que « le succès est temporaire, mais le caractère est pour toute ta vie », le message à Montgomery devient évident, presque implacable.
Tu peux gagner des batailles à court terme en écrasant un joueur. Tu perds la guerre humaine. St-Louis, lui, construit autre chose : un groupe convaincu, des joueurs qui deviennent une extension du coach, un vestiaire capable de s’auto-enseigner, de maintenir une identité même quand les blessures frappent.
Quand il parle de la suite, de cette sensation de matchs déjà joués comme des matchs de séries, de cette équipe « versatile » capable de jouer tous les styles, il ne s’enflamme pas. Il décrit un processus arrivé à maturité. Patient, mais agressif avec le temps. Exactement comme son coaching.
Le message est puissant : les Canadiens avancent vers quelque chose de grand parce qu’ils ont compris avant les autres que le caractère ne se crie pas, il se cultive.
Et pour Jim Montgomery, s’il y a une leçon à retenir, elle est là, nue, sans pitié : quand un joueur renaît ailleurs après avoir été brisé chez toi, ce n’est pas un accident.
Le coach des Blues devra s'excuser un jour.
