Commotion à Calgary: Kent Hughes remporte la loterie

Commotion à Calgary: Kent Hughes remporte la loterie

Par Marc-André Dubois le 2025-04-01

C’est désormais officiel, ou presque : Kent Hughes vient de réussir un coup de maître comme on en voit rarement dans la LNH.

Ce n’était pas un vol. Ce n’était pas un braquage. C’était une leçon. Une démonstration de patience, de flair et de finesse.

Le Canadien de Montréal est sur le point d’ajouter un choix de première ronde dans le top 15 du repêchage 2025 – un choix obtenu gratuitement en 2022 pour absorber le contrat expirant de Sean Monahan.

À l’époque, plusieurs experts ont applaudi le geste, mais peu imaginaient à quel point cette transaction deviendrait un véritable cadeau du ciel. Et aujourd’hui, ce cadeau prend une valeur inestimable.

Car Calgary est trop bon pour sombrer, trop faible pour danser.

Les Flames de Calgary sont dans le pire des statuts pour une organisation : ni suffisamment bons pour participer aux séries, ni assez mauvais pour figurer dans le bottom 10 du classement. Et pour le Canadien, c’est exactement le scénario rêvé.

Avec neuf matchs à jouer, les Flames accusent maintenant un retard de 8 points sur le bottom 10, ce qui rend mathématiquement impossible une descente catastrophique qui ferait en sorte de reporter leur choix que le CH possède à 2026.

De l’autre côté, ils sont à 5 points d’une place en séries détenue par les Blues de St. Louis, mais avec deux matchs en main. Le hic? Ils doivent surpasser l'équipe de l'heure pour espérer une place. Bref, il faudrait un miracle.

Le choix de première ronde conditionnel inclus dans la transaction Monahan devrait donc être officiellement cédé au Canadien.

Et il ne s’agira pas d’un choix tardif comme certains le craignaient : tout indique qu’il se situera entre le 14e et le 16e rang. Le scénario presque optimal.

Revenons à l’origine de ce chef-d’œuvre. À l’été 2022, Craig Conroy et les Flames sont coincés : ils doivent libérer de l’espace pour accueillir Jonathan Huberdeau, tout juste acquis des Panthers en retour de Matthew Tkachuk.

Le contrat de Monahan, encore valide pour une saison à 6,375 M$, devient un boulet. Kent Hughes lève la main : il acceptera Monahan, mais uniquement avec une prime de compensation. Cette prime, c’est un choix de 1er tour. Une rançon pour le soulagement financier de Calgary.

À l’époque, personne ne savait si Monahan rejouerait un jour à son niveau. Pourtant, non seulement il l’a fait, mais il a même permis au Canadien d’obtenir un deuxième choix de première ronde, celui des Jets de Winnipeg, à la date limite des transactions de 2024.

Le CH aura donc transformé un pari de reconstruction en deux sélections de première ronde, tout en profitant du leadership et du jeu inspiré de Monahan pendant deux saisons.

Un échec déguisé pour les Flames, une bénédiction pour Montréal

Il faut aussi souligner l’ironie du sort. Calgary, en refusant de reconstruire, a fini par remettre au Canadien un choix plus élevé que prévu.

En tentant de demeurer compétitif, les Flames ont stagné, ce qui les a piégés dans cette zone grise où ils paient le prix fort sans récolter les bénéfices.

Le directeur général Craig Conroy a récemment affirmé que son équipe misait sur une intégration progressive des jeunes autour d’un noyau de vétérans.

Une stratégie qui aurait pu fonctionner… si Huberdeau et Weegar avaient été au sommet de leur forme dès le départ.

Or, malgré une remontée récente et un regain de confiance de Huberdeau — ironiquement grâce à un été passé à se reconstruire mentalement et physiquement —, la machine a démarré trop tard.

Et pendant ce temps, Kent Hughes regarde tout cela se dérouler avec le sourire des bienheureux.

Le destin a choisi son camp

On le répète souvent : dans le monde des transactions, chaque détail compte. Et dans cette partie d’échecs à grande échelle, Kent Hughes vient de mater son adversaire en trois coups :

Il absorbe Monahan et obtient un choix de 1er tour.

Il redonne confiance à Monahan, qui joue assez bien pour être revendu contre un autre choix de 1er tour.

Il voit les Flames s’effondrer juste assez pour ne pas faire les séries, mais pas assez pour protéger leur choix.

Résultat? Le Canadien entre au repêchage 2025 avec potentiellement deux choix dans le top 20, dont un dans le top 15 qui ne lui appartenait même pas au départ.

Le hockey, c’est aussi de la magie

Ce qu’on observe ici dépasse le simple cadre d’une bonne gestion. C’est un mélange rare d’intelligence stratégique, de timing parfait, et – disons-le franchement – d’un petit coup de pouce du destin.

On peut parler de karma, de flair, ou simplement de chance. Mais une chose est sûre : Kent Hughes est béni des dieux.

Et avec un tel actif en poche pour 2025, c’est maintenant aux recruteurs de faire leur magie. Car un choix top 15, c’est une porte ouverte sur un avenir en or. Et tout cela, grâce à un joueur qu’on croyait fini et un DG qui a osé y croire.

Et pendant que les partisans du Canadien se réjouissent discrètement de ce coup de maître, les médias de Calgary, eux, grondent de frustration.

Pas de choix top 10 pour entamer une vraie reconstruction. Pas de séries pour justifier l’approche compétitive. Juste ce triste no man’s land où personne ne veut se retrouver : trop bons pour repêcher haut, trop faibles pour rêver aux séries. La pire position possible dans un cycle de hockey.

Pendant que les Flames font du surplace, le CH avance, armé d’un capital repêchage qui rend jaloux tous les DG de la LNH.

Montréal, grâce à Kent Hughes, récolte les fruits d’une transaction qui semblait banale sur papier, mais qui s’avère aujourd’hui être une des plus rentables de la dernière décennie. Pendant que Calgary s’interroge, Montréal s'envole.

Il faut s’en rendre compte : le Canadien de Montréal compte aujourd’hui sur l’un des meilleurs directeurs généraux de la LNH.

Un homme patient, réfléchi, rusé, et surtout, visionnaire. Il faut se compter chanceux. Très chanceux. Car avec Kent Hughes à la barre, chaque pièce sur l’échiquier semble trouver sa place… et mener, un jour, au roi.

AMEN.