Voilà des mois que ça couvait en silence, dans les coulisses des diffuseurs, dans les corridors de la LNH et dans les textos entre décideurs. Et cette semaine, la mèche a finalement pris feu.
Avec un long papier fouillé, Maxime Truman est venu confirmer ce que plusieurs murmuraient déjà à voix basse : le hockey francophone est en train de revenir vers TVA Sports.
Pas un petit retour symbolique. Un vrai. Avec les droits nationaux, les fameux blocs du samedi soir… et possiblement même les séries éliminatoires.
Canadiens : je pense savoir qui diffusera les matchs du samedi l’an prochain → https://t.co/HFyFWLggQa
— DansLesCoulisses (@DLCoulisses) February 16, 2026
Autrement dit : exactement ce que tout le monde croyait perdu à jamais.
Truman ne fait pas de sensationnalisme gratuit. Il explique calmement la mécanique : le contrat actuel expire cet été, mais depuis près d’un an, la Ligue nationale de hockey cherche activement un partenaire francophone pour compléter l’entente géante signée avec Rogers Communications, 11 milliards sur 12 ans.
Ce partenaire, ce n’est pas Rogers qui le choisit : c’est la LNH. Et tout indique que, faute d’alternative crédible, Québecor est encore en tête de liste.
Ça rejoint mot pour mot ce que répétait déjà Jérémy Filosa depuis deux semaines : selon ses sources, une annonce pourrait tomber dès mars confirmant que TVA Sports demeurera diffuseur de la LNH, avec un partage des matchs du Canadiens de Montréal avec RDS, pendant qu’une quinzaine de rencontres glisseraient vers le streaming.
Le découpage, tel qu’il circule actuellement, est brutalement simple.
RDS garde ses 45 matchs régionaux.
Une quinzaine de parties pourraient se retrouver sur une plateforme numérique (probablement Crave).
Et TVA Sports récupérerait le bloc stratégique : environ 24 matchs nationaux francophones, incluant historiquement les samedis soirs… et les séries.
Oui. Les séries.
C’est là que le Québec a explosé.
Parce que pendant que ce scénario prenait forme en arrière-scène, le public venait tout juste de vivre un test grandeur nature pendant les Olympiques : une couverture fluide, propre, professionnelle, assurée par RDS et Radio-Canada, sans TVA Sports dans le décor. Résultat ? Les réseaux sociaux se sont remplis de commentaires du genre :
« Pourquoi on reviendrait à TVA Sports après ça ? »
« Je regarde Sportsnet le samedi juste pour éviter TVA. »
« Ils ont perdu 300 millions et on va leur redonner les séries ?! »
« C’est une blague ?»
Ce n’était pas de la nuance. C’était de la rage.
Parce que TVA Sports, aux yeux de beaucoup, est devenue une chaîne fantôme : déficitaire depuis sa création, incapable d’investir dans la technologie (toujours pas de 4K), affaiblie par des vagues de compressions, vidée de ses équipes originales, et portée à bout de bras par des placements de produits maladroits pendant que l’auditoire fond.
Et pourtant.
Malgré près de 300 millions de pertes cumulées.
Malgré un contrat initial de 720 millions sur 12 ans.
Malgré l’érosion massive de sa crédibilité.
Malgré le fait que le samedi soir, une partie importante du Québec syntonise désormais Sportsnet en anglais plutôt que TVA Sports en français…
Pierre Karl Péladeau commet l'irréparable... et continue...
Pourquoi ?
Parce que ce dossier n’est plus financier. Il est personnel.
Pour Péladeau, laisser Bell consolider RDS + Crave sans opposition serait une défaite symbolique. Un aveu d’échec.
Et depuis que les chiffres de 2024 montrent que RDS a perdu plus d’argent que TVA Sports, il tient ce fait comme une arme psychologique : dans sa tête, Bell n’est plus intouchable, et tant qu’il peut rester assis à la table, il restera.
Même si ça coûte cher.
Même si le public décroche.
Même si la logique économique crie le contraire.
Truman le souligne très bien : Bell Média aurait pu acheter plus que 45 matchs régionaux. Elle ne l’a pas fait. Pourquoi ? Parce que 60 était trop cher.
Et 30, pas assez. Bell a trouvé son point d’équilibre. Ce qui laisse un énorme trou dans l’offre francophone. Et ce trou, la LNH doit le remplir rapidement, car la ligue doit finaliser son calendrier après la date limite des transactions.
Amazon n’a pas livré les cotes espérées.
Apple peine déjà avec la MLS.
Netflix paraît improbable.
Radio-Canada ne peut justifier politiquement une telle dépense.
Il ne reste qu’un joueur.
Québecor.
Voilà pourquoi, malgré la colère populaire, malgré l’incompréhension généralisée, TVA Sports est encore en pole position pour récupérer le hockey national francophone.
Tout le monde croyait que l’été 2026 marquerait la fin de TVA Sports.
Mais Pierre Karl Péladeau n’a jamais accepté ce scénario.
Et aujourd’hui, pendant que le Québec s’indigne à l’idée de revoir TVA Sports le samedi soir, et peut-être en séries, lui continue d’avancer, convaincu qu’il vaut mieux perdre de l’argent que perdre la face devant Bell.
Et ce qui frappe le plus dans toute cette histoire, c’est la réaction viscérale du Québec. À peine les informations de Maxime Truman et de Jérémy Filosa ont-elles commencé à circuler que les réseaux sociaux se sont littéralement embrasés.
Pas de débat nuancé, pas de patience, pas d’ouverture : de la colère pure. Des centaines de commentaires du genre « pas encore TVA Sports », « je vais continuer à regarder Sportsnet en anglais », « ils ont perdu 300 millions et on leur redonne les séries ? », « on vient de vivre les Olympiques avec RDS et Radio-Canada, pourquoi on reculerait ? ».
Les gens disent ouvertement qu’ils sont tannés, qu’ils ont décroché depuis longtemps, qu’ils ne veulent plus du samedi soir à TVA Sports, qu’ils ont pris l’habitude d’aller en anglais juste pour éviter cette chaîne-là, et que l’idée de revoir TVA Sports avec les matchs nationaux, et possiblement les séries, leur donne carrément envie de sacrer la télé dehors.
Ce n’est plus une simple critique médiatique : c’est un rejet populaire massif, alimenté par des années de déceptions, de compressions, de productions cheap et d’un sentiment très fort que TVA Sports n’est plus branchée sur la réalité du public.
Pour beaucoup, ce retour annoncé ressemble à une décision imposée d’en haut, complètement déconnectée de ce que veulent réellement les amateurs de hockey.
Reste maintenant une seule vraie question.
Est-ce qu’on peut réellement ramener le hockey là où le public ne veut plus aller ?
Parce que cette fois, ce ne sont pas les analystes qui parlent.
C’est le Québec au complet.
