Cole Caufield vient d’être reconnu comme le neuvième meilleur ailier de toute la Ligue nationale, derrière seulement Nikita Kucherov, David Pastrnak, Kirill Kaprizov, Mitch Marner, Mikko Rantanen, Matt Boldy, Jason Robertson et Matthew Tkachuk.

Réfléchissez une seconde.
Le neuvième meilleur ailier de la LNH gagne seulement 7,85 millions de dollars par saison jusqu’en 2031.
À titre de comparaison, plusieurs joueurs qui sont classés derrière lui, toucheront bientôt entre 15 et 17 millions de dollars par saison avec l’explosion du plafond salarial.
Cutter Gauthier va signer entre 15 et 17 millions de dollars avec les Ducks... et il se retrouve 19e du classement.
Ouch.
Tellement de jeunes vedettes qui n’ont jamais marqué 50 buts toucheront le double de Caufield.
Et il faut regarder aussi tous les vétérans derrière lui, qui le mangent au niveau du salaire.
William Nylander empoche plus de 11,5 millions de dollars par saison. Kyle Connor est maintenant à 12 millions. Artemi Panarin touche les 11 millions.
Et ce n’est que le début. Jason Robertson va signer un contrat de 15 à 16 millions de dollars par saison l'été prochain. D’autres vedettes suivront le même chemin. Cole Caufield va se retrouver à gagner plus de deux fois moins que certains ailiers dans sa catégorie.
Voilà pourquoi les propos de l’agent Allain Roy frappent aussi fort.
« C’est une situation intenable pour ces joueurs. Ils voient leurs collègues s’enrichir avec des contrats colossaux pendant qu’eux sont bloqués avec des ententes qui, dans quelques années, paraîtront ridicules. »
Le problème est psychologique autant que financier.
Comment le neuvième meilleur ailier de toute la LNH peut-il accepter de gagner deux fois moins que certains joueurs qui produisent moins que lui?
Allain Roy croit que cette frustration ne fera qu’augmenter.
« Il y aura ceux qui ont eu le malheur de signer avant cette explosion salariale et ceux qui pourront en profiter pleinement. Malheureusement, pour Caufield et Slafkovsky (et Hutson, Demidov, Suzuki etc), ils sont dans la première catégorie. Ces gars-là vont voir des joueurs de calibre inférieur toucher beaucoup plus qu’eux, et ça va les hanter pendant des années. »
Et c’est exactement là que Jason Robertson, qui veut jouer à Montréal devient un problème.
Si Kent Hughes lui accorde 15 ou 16 millions de dollars par saison pour l’attirer à Montréal, quel message envoie-t-il à Cole Caufield?
À Nick Suzuki?
À Juraj Slafkovsky?
À Lane Hutson?
À Ivan Demidov?
Tous ont accepté des rabais majeurs pour respecter la philosophie salariale du Canadien.
Ils ont accepté de sacrifier des dizaines de millions de dollars avec la promesse que tout le monde ferait les mêmes sacrifices.
Si Robertson arrive avec un contrat qui représente pratiquement le double du salaire de Caufield, la hiérarchie salariale que Kent Hughes a bâtie avec tant de patience risque de voler en éclats.
C’est précisément ce que redoute Allain Roy.
« Ils ne jouent pas seulement pour l’amour du hockey. Ils jouent aussi pour ce qu’ils valent sur le marché. Et aujourd’hui, ils réalisent qu’ils valent bien plus que ce qu’ils ont accepté. »
Chaque nouveau contrat record vient rouvrir la blessure.
L'agent soulève également un autre danger dont on parle beaucoup moins : le retour possible de l’escrow. Avec une augmentation aussi rapide du plafond salarial, si les revenus de la ligue ne suivent pas immédiatement le même rythme, une partie des salaires pourrait de nouveau être retenue afin d’équilibrer le partage des revenus entre les propriétaires et les joueurs.
« Si le plafond grimpe trop vite et que les revenus ne suivent pas immédiatement, on pourrait voir l’escrow refaire surface. Et là, les joueurs déjà sous contrat se feront doublement avoir. »
Cole Caufield, Juraj Slafkovsky, Lane Hutson, Ivan Demidov ou Nick Suzuki ne se contenteraient pas d’avoir signé des contrats largement inférieurs à leur véritable valeur future.
Ils pourraient aussi voir une partie de leur salaire retenue si l’escrow revenait. Pour plusieurs agents, c’est le pire des scénarios : perdre des dizaines de millions de dollars sur la valeur de son contrat… puis voir son salaire amputé en plus.
Au fond, la vraie question n’est peut-être plus de savoir si Jason Robertson veut venir à Montréal.
La vraie question est de savoir si le vestiaire du Canadien accepterait qu’il soit payé comme une supervedette, alors que plusieurs joueurs déjà en place, dont le neuvième meilleur ailier de toute la LNH, ont accepté de laisser une fortune sur la table pour bâtir ce projet collectif.
Cole Caufield a perdu son compte en banque... et sa dignité financière...
Et quand ton orgueil est touché, c'est là que les choses peuvent déraper dans un vestiaire.
