Depuis son retour de blessure, Kaiden Guhle ne s’est pas réinstallé naturellement dans la hiérarchie défensive du Canadien.
Le statut de défenseur numéro quatre, qu’on lui attribuait presque par réflexe depuis deux saisons, ne tient plus aussi solidement qu’avant.
Et les décisions récentes de Martin St-Louis racontent beaucoup plus que les discours prudents en point de presse.
Le retour au jeu de Guhle s’est fait en douceur, mais aussi dans l’instabilité.
Plutôt que de reprendre sa place aux côtés de Lane Hutson, le duo logique sur papier, le staff a choisi d’autres chemins.
Longtemps, Hutson a été jumelé à Alexandre Carrier, et ce duo fonctionnait relativement bien. Pas parfait, mais cohérent : Carrier jouait simple, Hutson créait.
Le Canadien survivait défensivement et avançait offensivement.
Puis est venue l’expérience étrange.
Guhle a été replacé avec Carrier… pendant que Hutson héritait de Jayden Struble.
Une décision difficile à justifier sportivement.
Struble passait de la galerie de presse à un rôle aux côtés du meilleur défenseur de l’équipe.
Un soir pas assez fiable pour être habillé, le lendemain assez bon pour protéger ton joyau. Incohérence totale.
Sans surprise, ça n’a pas tenu. Struble a été exposé, dépassé par la vitesse du jeu, rigide dans ses prises de décision, mal à l’aise avec la rondelle.
Le Canadien a payé cher ces erreurs, surtout quand l’adversaire activait son échec avant.
Résultat : Struble sort, Arber Xhekaj revient, Carrier se retrouve avec Xhekaj, et maintenant, enfin, Guhle est testé avec Hutson… mais à droite.
Premier constat important : cette combinaison arrive tard.
Depuis le retour de Guhle, aucune vraie tentative durable avec Hutson n’avait été faite.
Et quand elle arrive enfin, elle se fait dans une configuration inhabituelle, avec Guhle déplacé à droite, lui qui est un gaucher naturel.
Ce choix en dit long sur la situation actuelle : la confiance n’est pas totale.
Pendant ce temps, Alexandre Carrier, un défenseur de profondeur dans une hiérarchie normale, a été propulsé dans un rôle qu’il n’est pas censé occuper.
Carrier, c’est un 5-6, un gars utile en désavantage numérique, capable de dépanner, mais pas un défenseur numéro quatre d’un club aspirant aux séries.
Or, par défaut, c’est lui qui a hérité de cette responsabilité pendant que Guhle cherchait son rythme. Le Canadien improvise parce qu’il n’a pas le bon profil sous la main.
Et ce profil, c’était censé être Kaiden Guhle.
Le problème, ce n’est pas seulement l’utilisation. C’est ce que le jeu montre. Depuis son retour, Guhle n’a pas retrouvé son identité.
Défensivement, les lectures sont lentes.
Physiquement, les batailles sont perdues plus souvent qu’avant.
En relance, les premières passes manquent de précision.
Le joueur solide et constant qu’on connaissait ressemble à un défenseur rouillé, hésitant, un demi-pas en retard sur l’action.
Ce n’est pas un mystère non plus.
Les blessures ont freiné son développement, comme elles l’ont fait avec Kirby Dach.
Le corps revient, mais le timing, la confiance et la constance prennent plus de temps.
Et pendant ce temps, la structure défensive du Canadien souffre.
Les paires changent, les automatismes disparaissent, et Lane Hutson se retrouve à devoir « driver » des partenaires qui ne sont pas faits pour ça.
Parce que non, Hutson ne peut pas rendre n’importe qui bon par magie.
Un défenseur offensif d’élite a besoin d’un partenaire stable, capable de gagner ses batailles et de faire une première passe propre.
Présentement, le Canadien ne possède que Noah Dobson pour remplir ce rôle.
David Reinbacher devait être ce joueur-là, mais son développement a été ralenti par les blessures. Le vide est toujours là.
Alors on bricole. On essaie Carrier. On essaie Struble. On revient à Xhekaj.
Et maintenant, on déplace Guhle à droite pour voir s’il peut redevenir ce qu’on attend de lui : le vrai numéro quatre.
Ce test contre Boston devient révélateur.
Ce n’est pas juste une nouvelle combinaison. C’est un verdict.
Si Guhle ne parvient pas à stabiliser cette paire avec Hutson, le message sera clair : le Canadien ne peut plus le considérer comme une pièce intouchable de son top-4.
Et ce serait une première depuis longtemps.
La question devient alors plus large : quelle est la véritable identité de Kaiden Guhle ?
Un défenseur top-4 fiable ? Ou un défenseur top-6 solide, mais remplaçable ?
Présentement, les faits penchent vers la deuxième option.
Le Canadien agit comme s’il cherchait encore une réponse, pas comme s’il avait une certitude.
Pendant ce temps, Alexandre Carrier joue au-dessus de sa chaise, Jayden Struble alterne entre le banc et la glace, Arber Xhekaj revient pour colmater les brèches, et Lane Hutson demeure le seul point fixe dans cette équation.
Ce n’est pas une chute brutale, mais c’est une alerte sérieuse.
Kaiden Guhle n’est plus protégé par son statut.
Il est jugé sur ses performances, match après match, comme les autres.
Et dans une équipe qui se bat pour une place en séries, le temps pour retrouver ses repères commence à manquer.
Ouch...
