Dans une soirée marquée par un moment de pur délire au Centre Bell, alors que Nick Suzuki a joué les héros pour garder le Canadien en vie dans la course aux séries, c’est une déclaration d’après-match de Martin St-Louis qui a figé tout le monde.
Debout devant les journalistes, encore fébrile après cette victoire in extremis contre les Panthers, l’entraîneur-chef du Canadien a levé le voile sur une source de motivation profonde, intime, douloureuse : sa mère.
Interrogé par Luc Gélinas de RDS à savoir si les dieux du hockey ou quelqu’un “d’en haut” aidait le club dans cette improbable remontée, St-Louis n’a pas eu à réfléchir longtemps. Sa voix s’est serrée. Son regard s’est embué. Et sa réponse a frappé comme une tonne de briques.
« Moi, je sais que ma mère, elle m’aide. »
Ce moment va vous donner les larmes aux yeux dans l'extrait vidéo suivant:
La salle de presse s’est tue. Les journalistes, pourtant habitués aux banalités post-match, ont réalisé qu’ils étaient témoins d’un moment de rare authenticité
. Il n’y avait ni mise en scène ni calcul. Seulement un homme qui venait de vivre un grand moment professionnel… et qui pensait à sa mère.
Ce n’est pas la première fois que Martin St-Louis évoque l’importance de sa mère dans son parcours. Lors de sa carrière de joueur, il avait déjà dédié à sa mère une séquence qui avait marqué les esprits en 2014, alors qu’il évoluait avec les Rangers de New York.
Sa mère, France, était décédée subitement pendant les séries éliminatoires. Après avoir assisté aux funérailles, il était revenu au jeu pour aider les siens à vaincre les Penguins de Pittsburgh dans un scénario dramatique.
Les Rangers s’étaient rendus jusqu’en finale de la Coupe Stanley cette année-là, éliminant au passage le Canadien en finale de conférence.
Aujourd’hui, St-Louis est de l’autre côté, à la barre du Tricolore. Et le rêve de gagner la Coupe Stanley, non plus comme joueur, mais comme entraîneur, vit toujours en lui. Pour sa mère.
Dans ses paroles, il ne s’agit pas simplement d’un hommage posthume ou d’un geste symbolique. St-Louis est un homme de principes.
Il le dit lui-même : ce sont ses parents qui lui ont transmis les valeurs de résilience, de courage, de travail acharné. Et même aujourd’hui, au sommet de l’organisation la plus scrutée du Québec, il agit encore comme le fils de France et Normand St-Louis.
« Ma mère me disait toujours : "Montre-leur que tu vas faire la Ligue nationale." Elle croyait en moi. Elle me supportait dans tout. »
Cette foi, Martin St-Louis ne l’a jamais oubliée. Et c’est ce qui explique, en partie, la transformation culturelle qu’il a opérée à Montréal depuis son arrivée.
Il a ramené un esprit de famille dans un vestiaire qui avait sombré dans l’individualisme sous Dominique Ducharme. Il a traité ses joueurs comme ses fils. Il a imposé un respect mutuel, une unité.
Et il a redonné au CH une fierté d’équipe qui ne s’achète pas, qui ne s’impose pas, mais qui se cultive dans la constance.
Il faut aussi souligner que Martin St-Louis ne s’est jamais caché derrière son statut ou son salaire. Il reste ancré dans les valeurs de ses parents.
Il en parle encore aujourd’hui comme si leur exemple guidait chaque décision. Son père, facteur chez Postes Canada, a tout donné pour la famille. Sa mère, ouvrière dans une manufacture, a tout sacrifié pour que ses enfants rêvent plus grand.
Le CH ne devait pas être en séries cette année. On les voyait dans la cave de l’Est. Et pourtant, il ne reste que quelques matchs, et l’équipe de Martin St-Louis est dans le portrait. En séries. En vie. En mission.
Et si cette mission aboutit à une qualification inespérée, ce ne sera pas seulement une victoire d’équipe. Ce sera un hommage posthume.
Un acte de foi. St-Louis ne l’a pas dit directement, mais tout le monde l’a compris : chaque match qu’il dirige à Montréal, c’est une façon de dire à sa mère : “Regarde-moi aller.”
Ce n’est pas une simple anecdote. C’est une source de feu intérieur. Et ce feu alimente toute une organisation. On le voit dans les yeux de Suzuki.
On le sent dans le jeu de Hutson. On le lit dans les efforts de Montembeault. Ce club n’est peut-être pas encore prêt à soulever la Coupe… mais il joue comme s’il voulait l’impossible. Et le cœur qui bat derrière tout ça, c’est celui de St-Louis.
L’ironie du destin, c’est qu’il a déjà éliminé le CH en séries. Mais aujourd’hui, c’est pour lui que Montréal rêve. Et si jamais cette équipe fait un long parcours en séries — ou atteint un jour les sommets — le nom de France St-Louis sera gravé dans l’ombre des célébrations.
Parce qu’on le sait maintenant : c’est pour elle que Martin se bat.
Et à Montréal, c’est ce genre d’histoire qui transforme une saison en légende.
Mais ce n’est pas seulement Martin St-Louis qui écrit cette histoire improbable. Il suffit de regarder autour de lui pour comprendre que le miracle de Montréal ne tient pas à un seul homme, mais à une chimie contagieuse, née de l’esprit qu’il a insufflé.
Nick Suzuki, le capitaine, en est l’incarnation parfaite. Mardi soir, devant les siens, il a arraché le cœur des Panthers avec deux buts inespérés, dont un à seulement neuf secondes de la fin. I
ll est calme, précis, chirurgical. Il est aussi, à sa manière, le prolongement de St-Louis sur la glace : un joueur sous-estimé qui se surpasse parce qu’il y croit, parce qu’on l’a convaincu qu’il avait le droit de rêver grand. Un joueur transformé par la confiance.
Suzuki n’est plus simplement un bon joueur. Il est maintenant le leader d’une équipe qui refuse de mourir, et qui ose défier les prédictions.
Il joue les grosses minutes, il affronte les meilleurs trios adverses, il tue les pénalités, dirige le jeu en avantage numérique, et maintenant, il gagne les matchs les plus cruciaux de la saison.
Et que dire de Lane Hutson, ce phénomène que personne ne voyait arriver aussi vite, aussi fort? Mardi, il a fracassé un record vieux de plus de 30 ans avec sa 57e passe de la saison, éclipsant Chris Chelios parmi les recrues à la ligne bleue. Ce qu’il fait ne relève plus de la simple surprise. C’est historique. C’est surnaturel.
Hutson voit des angles que personne d’autre ne voit. Il orchestre des sorties de zone avec la fluidité d’un vétéran. Il est petit, frêle… mais il est partout. Et il ne se contente pas de jouer : il élève le jeu de tout le monde autour de lui.
Kaiden Guhle, pourtant un pilier défensif, a été incapable de cacher son admiration après le match.
« Je n’ai jamais vu ça », a-t-il lancé, bouche bée. C’est exactement ce que pensent des milliers de partisans à travers le Québec. Hutson ne suit pas le rythme de la LNH : il l’impose.
Alors oui, c’est un moment spécial. Le Canadien de Montréal n’est pas censé être là. Il n’est pas censé faire les séries. Il n’est pas censé battre les Panthers quatre fois.
Il n’est pas censé avoir une recrue comme Lane Hutson qui transforme chaque présence en chef-d’œuvre. Il n’est pas censé avoir un capitaine aussi clutch, aussi calme, aussi déterminé que Nick Suzuki. Et pourtant, tout ça arrive.
Et ça arrive parce qu’au sommet de cette structure, il y a un coach qui y croit encore. Un homme qui ne calcule pas, qui ne joue pas un rôle, qui ne cache pas ses émotions.
Un homme qui dirige pour l’amour du jeu, pour ses joueurs… et pour sa mère.
Et c’est là que tout prend un sens. Ce qui se passe à Montréal en ce moment dépasse les statistiques, les classements et les prédictions. C’est une histoire humaine. Un rêve qui refuse de mourir. Un miracle construit sur le deuil, la persévérance, l’audace et la foi.
Quand Martin St-Louis dit que sa mère le protège d’en haut, personne ne rit. Parce que tout le monde le ressent. Parce que ça ressemble trop à un scénario pour ne pas être vrai. Parce que c’est ça, Montréal.
Et si jamais le Canadien réussit à faire les séries — puis à choquer le monde encore une fois — on se souviendra que tout a recommencé une nuit de printemps, au Centre Bell, pendant qu’un coach parlait de sa mère.
C’est là que la magie a recommencé.