Pauvre Brendan Gallagher.
Il y a des rumeurs qui font sourire.
Il y en a d’autres qui font lever un sourcil.
Et puis il y a celles-là.
Celles qui te frappent directement dans l’estomac, parce qu’elles touchent un joueur déjà à bout de souffle, déjà au centre d’un malaise profond à Montréal.
Cette semaine, Brendan Gallagher s’est retrouvé projeté dans un scénario complètement absurde : un échange hypothétique l’envoyant aux Blues de Saint-Louis contre le gardien Jordan Binnington, dans une proposition discutée dans The Athletic par Corey Pronman et Craig Button.
Athletic subscribers: Binnington to Canadiens? Thomas to Wild? Who says no?
— Jeremy Rutherford (@jprutherford) February 23, 2026
Former NHL GM @CraigJButton and our @coreypronman evaluate your Blues trade proposals.https://t.co/YeyzmuOhN9 #stlblues
Soyons clairs tout de suite : ce n’est même pas une vraie rumeur.
C’est un exercice intellectuel. Un jeu de lecteurs. Des scénarios envoyés par des abonnés, que Pronman et Button analysent pour le plaisir du débat. Rien de plus.
Mais quand ton nom circule là-dedans, quand tu deviens littéralement la pièce salariale jetable d’une transaction fictive, ça te rappelle brutalement où tu te situes dans la hiérarchie émotionnelle du marché.
Dans cette proposition, Montréal recevrait Binnington et un choix de cinquième ronde. En retour, les Blues hériteraient de Gallagher, d’un choix de première ronde et d’un choix conditionnel.
Et Pronman va même jusqu’à dire que, sur papier, « ça pourrait se faire ».
Craig Button, lui, met immédiatement le frein : selon lui, le Canadiens de Montréal n’a tout simplement pas besoin de gardien.
Et il a raison.
Pourquoi Montréal irait chercher Binnington?
Un gardien qui traverse une saison catastrophique (8-17-6, moyenne de 3,65, efficacité de ,864).
Un gardien à 6 millions par année jusqu’en 2026.
Un gardien avec une clause de non-échange partielle.
Un gardien dont la réputation en séries est meilleure que sa réalité actuelle.
Un gardien qui vient tout juste de vivre un tournoi olympique extrêmement inégal avec le Canada.
Ça ne colle nulle part.
Mais le plus cruel dans cette histoire, ce n’est même pas Binnington.
C’est Gallagher.
Parce que dans cette équation, Brendan devient officiellement ce qu’il redoute le plus : un contrat à absorber.
Un corps fatigué transformé en variable comptable.
Un guerrier réduit à une ligne Excel.
On parle d’un gars qui a donné 14 ans de sa vie à cette organisation.
Un gars qui a joué blessé la moitié de sa carrière.
Un gars qui a laissé des dents devant le filet.
Un gars qui a porté ce chandail quand il n’y avait plus grand monde pour le défendre.
Et aujourd’hui, il est évoqué comme monnaie d’échange dans un article théorique.
Pire encore : vers Saint-Louis.
Soyons sérieux deux secondes.
Gallagher possède une clause de non-mouvement.
Sa femme est Québécoise.
Elle est enceinte de leur deuxième enfant.
Il est enraciné à Montréal.
Il sait très bien que les Blues sont en reconstruction molle, sans réelle fenêtre de compétition.
Il ne lèvera jamais cette clause pour aller finir ses journées dans un marché froid, loin de sa famille, dans une équipe qui ne gagnera pas d’ici la fin de son contrat.
Jamais.
Même ceux qui souhaitent le voir partir savent que ce scénario est irréaliste.
Mais psychologiquement, ça frappe pareil.
Parce que ça confirme ce que Gallagher ressent déjà : il n’est plus vu comme une pièce centrale. Il est vu comme un problème à gérer.
À Montréal, le malaise autour de lui est déjà immense.
Son jeu ralentit.
Son impact diminue.
Les jeunes arrivent.
Michael Hage s’en vient.
Alex Newhook revient bientôt.
Le CH cherche un autre ailier top-6.
La congestion offensive est réelle.
Et malgré tout son cœur, malgré toute sa volonté, Gallagher est pris dans un étau.
Il le sait.
Il sait qu’il est rendu à la frontière invisible entre respect historique et utilité sportive.
Alors quand un article américain le projette à Saint-Louis comme simple pièce salariale dans un deal fictif, ça devient une autre gifle symbolique.
Même si ce n’est pas vrai.
Même si ça ne se fera jamais.
Même si tout le monde comprend que c’est juste un exercice.
Ça rappelle une chose brutale : le marché est déjà passé à autre chose.
Et pour un joueur aussi fier que Brendan Gallagher, ça doit être atrocement difficile à encaisser.
Il veut rester à Montréal.
Il veut finir ici.
Il veut encore croire aux séries.
Il veut encore aider.
Mais pendant qu’il se bat avec son corps, le monde extérieur commence déjà à écrire sa fin.
Même sous forme de scénarios imaginaires.
Et ça, honnêtement, c’est probablement ce qu’il y a de plus dur à avaler dans toute cette histoire.
Parce que Brendan Gallagher n’est pas un chiffre.
Mais dans la LNH moderne, quand ton corps ralentit, tu deviens vite une ligne dans un tableur.
Même quand tu as tout donné.
Même quand tu saignes bleu-blanc-rouge.
