Le cauchemar de Samuel Montembeault ne se vit plus en silence.
Il est maintenant public, brutal, et presque cruel.
Ce soir, face aux Jets de Winnipeg, Montembeault ne joue pas seulement un match de hockey. Il joue son poste. Il joue sa crédibilité. Et, soyons honnêtes, il joue probablement une partie de sa carrière à Montréal.
Parce que tout s’est effondré très vite.
Il y a quelques semaines à peine, on parlait encore de patience. De relance. De nouvelle voix. On expliquait que la saison précédente lui donnait un certain crédit. On répétait qu’un gardien, ça se rebâtit. Qu’il fallait l’entourer.
Aujourd’hui?
Il est cloué au banc pendant que Jakub Dobeš empile les victoires.
Il regarde son filet devenir la propriété d’un autre.
Et il tente désespérément de reprendre le contrôle avec… un nouveau masque.
Oui. Un masque.
Un casque complètement bizarre, chargé visuellement, avec des espèces de squelettes de dinosaures, une esthétique sombre, agressive, presque chaotique. Comme si changer de peinture allait réparer ce que ni les entraînements, ni les ajustements, ni les discours n’ont réussi à colmater.
@rds.ca Samuel Montembeault change de look à la pratique des Canadiens! Vous aimez? 👀🎭 #NHL #GoHabsGo #MTL #Monty ♬ Le but - Version CH - Loco Locass
Sur les réseaux sociaux, ça n’a pas pardonné.
On s’est moqué.
On a comparé.
On a tourné ça en ridicule.
Parce que tout le monde sait que ce n’est pas un casque qui fait arrêter des rondelles.
Quand un gardien en arrive là, c’est rarement bon signe.
C’est le geste typique d’un joueur en perte totale de repères. Quand tu ne sais plus quoi faire, tu changes ton équipement. Quand ta confiance est au fond du baril, tu t’accroches à n’importe quoi. Quand tu sens que tout t’échappe, tu modifies l’image, espérant que ça déclenche quelque chose.
Mais Montréal ne fonctionne pas comme ça.
Ici, on veut des arrêts.
Ici, on veut de la constance.
Ici, on veut sentir que le gardien est en contrôle.
Et ce que Montembeault projette présentement, c’est exactement l’inverse.
Pendant qu’il se débat avec son identité devant le filet, pendant qu’il encaisse critiques après critiques, pendant qu’il sent la glace se dérober sous ses patins, l’autre côté du miroir est impitoyable.
Parce qu’au même moment, Jacob Fowler vit exactement l’opposé.
Lui, il est célébré.
Il vient d’être sélectionné pour le Match des étoiles de la Ligue américaine. Il débarque à Rockford avec un masque spécial, élégant, réfléchi, conçu par JF Aumais, qui reprend son design Ironman… mais avec une touche québécoise. Une plaque « Je me souviens » à l’arrière. Son nom. Une référence directe aux partisans. Un clin d’œil à Montréal.
Pas un masque de panique.
Un masque de fierté.
Un masque d’ascension.
Même le message derrière, la fameuse citation liée à la chanson que le Centre Bell utilise depuis des années, vient rappeler que Fowler comprend déjà ce marché. Il embrasse l’environnement. Il assume la pression. Il remercie le Québec pendant que Montembeault tente simplement de survivre à la tempête.
Et c’est là que ça devient violent.
D’un côté, un gardien qui monte, qui rayonne, qui attire l’amour du public.
De l’autre, un gardien qui s’enfonce, qui change son casque, qui devient la cible.
Double standard?
Non.
Simple conséquence du rendement.
Le Québec est dur, oui. Mais le Québec est surtout fidèle à ceux qui gagnent.
Montembeault, lui, n’a plus ce luxe.
Il arrive ce soir contre Winnipeg avec une pression énorme sur les épaules. Tout le monde le regarde. Les médias. Les partisans. L’organisation. Même ses coéquipiers, inconsciemment.
Parce que pendant que Dobeš empile les départs, pendant que Fowler récolte l’admiration, Montembeault, lui, n’a plus droit à l’erreur.
Un mauvais but, et ça repart.
Une mauvaise période, et le narratif explose.
Une autre défaite, et les rumeurs d’échange prennent encore plus de place.
Et le plus dur dans tout ça?
C’est qu’on sent que l’amour du Québec est en train de se dissoudre.
Avant, on le protégeait.
Avant, on l’excusait.
Avant, on cherchait des coupables autour de lui.
Aujourd’hui, il est seul.
Même changer son casque devient un sujet de moquerie. Même tenter de se réinventer devient un symbole de faiblesse. Même respirer devient un combat public.
Pendant ce temps-là, Fowler reçoit des fleurs.
Dobeš reçoit le filet.
Et Montembeault reçoit la tempête.
Ce soir, ce n’est pas un match ordinaire.
C’est un carrefour.
Soit il répond présent, soit il glisse encore un peu plus hors du portrait.
Parce qu’à Montréal, quand tu perds ton filet… tu perds vite plus que ça.
Et présentement, Samuel Montembeault est en train de découvrir à quel point cette ville peut passer de l’espoir à l’oubli.
