Ce qu’on refusait de dire quand Jakub Dobeš empilait les victoires, on est maintenant forcé de l’admettre pour Samuel Montembeault : la situation est devenue intenable.
À force de voir Dobeš obtenir un quatrième départ de suite, Montembeault glisse dans un angle mort sportif et psychologique inquiétant.
Il a déjà été envoyé à Laval pour un séjour de conditionnement, signe clair qu’on cherchait à le réparer, et voilà que la pause olympique se profile sans plan évident pour le remettre en action.
Des semaines sans un départ, sans rythme, sans repères, pendant que son concurrent s’installe et gagne. Pour un gardien dont la confiance a déjà été fragilisée, c’est une double peine : l’inactivité prolongée et la confirmation publique qu’il n’est plus l’option prioritaire.
On peut répéter que « tout le monde aura sa chance », mais la réalité du vestiaire est brutale : quand un entraîneur confie le filet soir après soir au même homme, il envoie un message irréversible.
Et pour Montembeault, ce message ressemble de plus en plus à un fond du trou dont on ne sort pas par des discours, mais par des départs. Or, ceux-là n’arrivent plus.
Depuis une semaine, le Canadien ne joue plus au faux jeu. Dobeš n’est plus le gardien qui « dépanne ». Il n’est plus l’option temporaire pendant que Montembeault se replace.
Il est devenu le gardien numéro un.
Il faut revenir au début de la saison pour mesurer l’ampleur du virage. Quand Dobeš gagnait, on refusait de le « rider ». On parlait d’équilibre, de respect, de gestion humaine.
On répétait que Montembeault sortait d’une bonne année et qu’il méritait toute la corde. Martin St-Louis a insisté. Il a multiplié les départs pour Montembeault. Il a tenté de le relancer par le volume, par la confiance affichée, par le message public.
Ça n’a pas fonctionné.
Et aujourd'hui, Montembeault accumule le silence. Pas de rythme. Pas de séquence. Pas de possibilité de corriger quoi que ce soit sur la glace. Et pour un gardien dont la confiance est déjà ébranlée, ce vide est un poison. Chaque match donné à un autre devient une confirmation publique de son déclassement.
C’est dans ce contexte qu’un détail devient soudainement lourd de sens : Montembeault a changé son casque. Un nouveau masque, visuellement étrange, chargé de symboles, des espèces de squelettes de dinosaures, une créature monstrueuse, un design agressif, déroutant.
Pour certains, c’est juste un look. Pour ceux qui connaissent les gardiens, c’est autre chose.
Quand un gardien ne sait plus quoi faire pour remonter la pente, il change quelque chose. Sa routine. Sa préparation.
Son équipement. Le casque, c’est souvent le dernier refuge. Une tentative de se réinventer. De provoquer un déclic. De se convaincre que quelque chose va changer, même si, au fond, le problème n’est pas là. Ce n’est pas un geste de confiance. C’est un geste de survie.
Et pendant que Montembeault cherche des réponses jusque dans son masque, Dobeš, lui, n’en cherche pas. Il joue. Il lit le jeu. Il absorbe la pression. Il donne exactement ce que le Canadien n’avait plus : de la stabilité.
Plus les départs s’accumulent pour Dobeš, plus une autre réalité s’impose, tranquillement mais sûrement : Samuel Montembeault n’a plus d’avenir à Montréal au-delà de cette saison. Ce n’est pas de la méchanceté. C’est une lecture froide de la situation. Le Canadien avance. Dobeš s’installe. Jacob Fowler pousse derrière. La pyramide se dessine sans Montembeault.
Et quand une organisation commence à regarder devant sans toi, le présent devient très court.
Le pire, pour Montembeault, ce n’est pas seulement de perdre son filet. C’est de le perdre sans même avoir la chance de se battre pour le reprendre. À voir la gestion actuelle, on s’approche dangereusement de ce scénario. Chaque départ donné à Dobeš est un clou de plus dans le cercueil sportif de Montembeault à Montréal.
On disait, il n’y a pas si longtemps, que Dobeš devait retourner à Laval. Aujourd’hui, cette idée semble presque absurde. Et ironiquement, c’est Montembeault qui se retrouve dans cette zone grise où un gardien n’a plus de chaise claire. Trop établi pour être développé. Pas assez performant pour être utilisé.
Dans la LNH, cette zone-là n’existe jamais longtemps.
Le Canadien avance. Le filet avance avec lui. Et pendant ce temps, Samuel Montembeault, casque neuf sur la tête, cherche encore la bonne réponse… pendant que la saison, elle, continue de lui échapper.
