Cauchemar pour Pierre-Karl Péladeau: une bombe de 11 milliards coule TVA Sports

Cauchemar pour Pierre-Karl Péladeau: une bombe de 11 milliards coule TVA Sports

Par David Garel le 2025-03-31

Si TVA Sports souhaite conserver un statut de diffuseur exclusif francophone avec le même ratio que lors du précédent contrat, elle devrait débourser environ 1,52 milliard de dollars canadiens.

Un montant tout simplement astronomique — plus du double de ce que TVA avait versé en 2013 — et totalement irréaliste dans le contexte actuel de crise financière chez Québecor.

Oui, vous avez bien lu. 1,52 milliards de dollars.

Oui, la bombe est tombée : Rogers signe un contrat monstre de 11 milliards $ avec la LNH, TVA Sports est sonné comme jamais.

C’est une déflagration qui vient d’ébranler l’écosystème médiatique canadien. Rogers Communications, géant torontois des télécommunications, a scellé une entente historique de 11 milliards de dollars canadiens avec la Ligue nationale de hockey (LNH) pour les droits de diffusion au Canada à compter de la saison 2026-2027.

Un contrat de 12 ans qui laisse la concurrence étourdie, et TVA Sports… à genoux.

Le chiffre fait trembler : 11 milliards. C’est plus du double de ce que Rogers avait payé pour son précédent accord de 2013, qui s’élevait à 5,2 milliards $.

À l’époque, ce montant avait déjà provoqué un séisme, marginalisant Bell et RDS tout en positionnant Rogers comme l’empereur incontesté du hockey au Canada.

Mais cette fois, c’est un véritable uppercut qui est asséné à Québecor, à TVA Sports, et à son président Louis-Philippe Neveu, qui rêvait de renégocier une entente francophone exclusive avec la LNH.

Il faut se rappeler qu’en 2013, TVA Sports avait mis 720 millions de dollars sur la table pour devenir le diffuseur francophone exclusif.

Cela représentait environ 13,8 % de l’entente nationale de Rogers. En appliquant ce même ratio au contrat de 11 milliards $, TVA Sports devrait maintenant investir 1,52 milliard $ pour maintenir ses droits.

C’est tout simplement impossible.

Pas en 2025. Pas dans le contexte où Québecor saigne des millions chaque trimestre. Pas alors que TVA a licencié plus de 500 employés en 2023 et sabré dans toutes ses productions originales.

Pas alors que TVA Sports aurait déjà perdu près de 300 millions de dollars depuis sa création en 2011. Et surtout pas alors que les cotes d’écoute de ses émissions phares sont en chute libre et que les analystes comme Jean-Charles Lajoie peinent à rallier l’auditoire.

Le message est sans pitié : TVA Sports n’a tout simplement plus les moyens de ses ambitions.

Et pendant ce temps, Bell, encore une fois, est écartée de l’entente principale. Comme en 2013, RDS est reléguée à la marge du gâteau, forcée de se battre pour des miettes.

Mais contrairement à Québecor, Bell pourrait encore faire un mouvement stratégique en récupérant les droits régionaux du Canadien de Montréal. Car avec ce contrat de Rogers verrouillé, il est désormais clair que seule une guerre de tranchées locale reste possible.

TVA Sports, incapable d’aligner les milliards, n’a d’autre choix que de miser sur une portion des droits régionaux, possiblement en alternance avec RDS. Mais même là, la tâche s’annonce herculéenne.

Ce contrat est une bombe personnelle pour Louis-Philippe Neveu, qui caressait l’idée de maintenir une forme de rayonnement sportif pour TVA malgré la tempête économique.

Après avoir supplié les partis politiques de verser 300 000 $ pour financer un débat des chefs, Neveu se voit aujourd’hui confronté à une réalité froide et brutale : le sport professionnel est un terrain de milliardaires.

Alors que TVA se débat avec des productions minimales, que ses studios sont relocalisés à la hâte, et que la direction implore ses têtes d’affiche d’en faire plus avec moins, Rogers sort le chéquier sans sourciller, conforté par sa part dans Maple Leaf Sports & Entertainment, propriétaire des Maple Leafs et des Raptors. Une alliance qui conforte encore plus son emprise sur le paysage sportif canadien.

Et le pire ? C’est que personne n’est surpris.

Depuis des mois, tout pointait vers un renouvellement entre la LNH et Rogers. La fenêtre de négociation exclusive était ouverte.

Les discussions étaient discrètes, mais constantes. Et du côté de Québecor, on rêvait encore de « sauver les meubles » avec une entente partielle ou un co-diffuseur. Ce rêve vient d’exploser.

La prochaine question est maintenant évidente : TVA Sports peut-elle survivre à cette gifle ?

Avec un coût d’entrée de 1,52 milliard $ pour rester dans le jeu, la réponse est presque cyniquement simple : non.

Sauf sursaut improbable, TVA Sports sera évincée du portrait national. Et les seuls espoirs réalistes résident dans des ententes régionales, éphémères et surtout non exclusives, loin des ambitions grandioses de 2013.

Il faut aussi s’attendre à une cascade de répercussions. Moins de matchs, moins de visibilité, moins de revenus publicitaires. Et donc : encore plus de coupures, encore plus de compressions, encore plus de vide.

Reste RDS, qui pourrait tenter un retour stratégique par la petite porte. Les droits régionaux du Canadien, surtout dans le contexte actuel où la rivalité TVA/RDS est à son plus bas, pourraient redevenir l’enjeu central d’un nouveau bras de fer.

Mais pour l’instant, le roi du hockey est Rogers. Et tout le reste du Canada francophone se contente de regarder passer le train à toute vitesse.

Une chose est claire comme de l'eau de roche : l’annonce du contrat de 11 milliards $ a mis fin à toutes les illusions. TVA Sports n’a plus les moyens de ses rêves. Et cette fois, les chiffres parlent plus fort que toutes les intentions.

Le hockey, c’est payant. Mais seulement quand on a les poches pleines. 

Ce nouveau contrat signé entre la LNH et Rogers agit comme un électrochoc dans les couloirs de TVA Sports. Et pour cause : il ne laisse plus aucune place à l’improvisation ou à la mauvaise gestion. Or, c’est justement là où TVA Sports a toujours failli.

Il faut se rappeler que lorsque TVA Sports a déboursé 720 millions de dollars pour obtenir les droits francophones de la LNH en 2014, c’était un pari risqué, presque suicidaire.

Dix ans plus tard, les résultats parlent d’eux-mêmes : près de 300 millions de dollars de pertes nettes accumulées, une programmation fragile, des cotes d’écoute en dents de scie, et une chaîne maintenue en vie par obstination idéologique plus que par logique d’affaires.

Pendant ce temps, on a empilé les salaires faramineux. Jean-Charles Lajoie empocherait plus de 400 000 $ par année pour une émission qui attire moins de 20 000 téléspectateurs en direct.

Michel Bergeron, Louis Jean, Jean-Charles Lajoie, Renaud Lavoie, Dave Morissette, Élizabeth Rancourt, Patrick Lalime, Maxim Lapierre : on a construit une galerie de personnalités, parfois dépassées, parfois surexposées, mais dont la masse salariale fait frémir.

Tout ça pendant qu’on réduisait les budgets pour les régions, qu’on coupait dans les équipes de production et qu’on sacrifiait la qualité au nom du vedettariat.

Le problème est systémique. TVA Sports n’a jamais su faire des choix stratégiques. Elle s’est construite sur un coup de poker, en pensant que la rivalité avec RDS suffirait à imposer une nouvelle chaîne sportive.

Mais pendant qu’on surpayait des têtes d’affiche, on négligeait le développement de contenu original, l’analyse fine, la profondeur journalistique. On misait tout sur l’image, le spectacle… et les droits de diffusion du Canadien de Montréal.

Et maintenant que Rogers a mis la barre à 11 milliards, TVA Sports se retrouve avec une équation impossible à résoudre. 

1,5 à 1,6 milliard de dollars pour obtenir l’exclusivité des matchs de la LNH en français? C’est un prix que TVA Sports n’a ni les reins, ni le modèle d’affaires pour assumer. Pas après avoir vidé les coffres pour entretenir un navire qui prend l’eau depuis 2011.

La question devient donc cruelle : TVA Sports peut-elle survivre?

La réponse, elle, est brutale. Si TVA Sports ne réussit pas à mettre la main sur un minimum de contenu local — au moins 22 matchs régionaux du Canadien ou des séries éliminatoires francophones en rotation — elle sera reléguée au rang de chaîne secondaire, sans pouvoir, sans auditoire, sans impact.

Et dans un contexte où la maison mère, Québecor, congédie à tour de bras, restructure en rafale, et tente de sauver sa peau dans un marché médiatique en chute libre, on doute que l’entreprise continuera d’investir dans un gouffre sans fond.

Mais il y a un élément que les analystes oublient trop souvent : la fierté de Pierre Karl Péladeau. TVA Sports, c’est son bébé. Son jouet médiatique. Sa revanche contre Bell.

C’est le projet qu’il n’a jamais voulu enterrer, même quand tous les chiffres criaient faillite. Le problème, c’est que la réalité financière est désormais inévitable. Même la fierté a ses limites quand les pertes frôlent le demi-milliard.

Pierre Karl Péladeau devra choisir : continuer à injecter des centaines de millions pour sauver les apparences… ou reconnaître que TVA Sports a perdu la guerre.

Et dans l’ombre de cette décision se cache une vérité encore plus dure : si TVA Sports disparaît, ce ne sera pas à cause de Rogers. Ce sera à cause de ses propres erreurs. De sa mauvaise gestion. De son aveuglement stratégique. De sa culture interne toxique où les égos dictent les choix éditoriaux.

La prochaine saison de la LNH pourrait bien être la dernière pour TVA Sports… à moins d’un miracle.

Et les miracles, en affaires, c'est rare...très rare...

À Pierre-Karl-Péladeau et Louis-Philippe Neveu de sortir un lapin de leur chapeau...