TVA Sports vit un véritable cauchemar de relations publiques.
Il y a des moments où l’absence parle plus fort que la présence. Pendant les Jeux olympiques, alors que le pays vibre au rythme des performances internationales et que le hockey reprenait une dimension nationale rassembleuse, TVA Sports est tout simplement invisible.
Aucune couverture olympique majeure, aucune équipe sur place, aucune narration francophone de style "colon Québecor". Le terrain est occupé par l’alliance naturelle entre Radio-Canada et RDS, et le contraste a été brutal.
Tout le monde l’a vu. Tout le monde l’a senti. Et surtout, tout le monde en a parlé.
Pendant deux semaines, le public québécois retrouve une formule qui, pour plusieurs, avait quelque chose de rassurant : la voix familière, le ton posé, la production soignée, la complémentarité entre le réseau public et la chaîne spécialisée de Bell.
L’équipe en place, la réalisation, le rythme, l’habillage graphique, tout donnait l’impression d’une machine bien huilée. Sur les réseaux sociaux, les commentaires allaient dans le même sens : enfin une couverture claire, fluide, cohérente, sans distraction inutile.
Et surtout, sans TVA Sports.
Il ne s’agit pas ici d’un simple hasard de calendrier. Cette absence olympique a créé un effet pervers inattendu : elle a offert au public un test grandeur nature d’un univers sans TVA Sports.
Pendant que la chaîne était sur la touche, les amateurs se sont habitués à consommer le sport autrement, à retrouver RDS et Radio-Canada comme point de ralliement naturel.
Personne ne semble s’ennuyer. Personne ne réclame le retour de TVA Sports. Pire encore, certains vont jusqu’à dire qu’ils redoutent déjà le retour du samedi soir traditionnel.
C’est là que le problème devient explosif.
Parce que pendant que le public savourait cette parenthèse olympique sans TVA Sports, dans les coulisses, une autre rumeur prenait de l’ampleur : au retour des Jeux, il pourrait être annoncé que TVA Sports récupère les 24 matchs nationaux francophones de la Ligue nationale de hockey, incluant potentiellement les séries éliminatoires.
Un scénario qui circule avec insistance, notamment après les propos de Jeremy Filosa. RDS conserve 45 matchs régionaux, une quinzaine de rencontres basculeraient vers le streaming, et TVA Sports récupérerait le bloc stratégique des samedis soirs ainsi que les séries.
C’est précisément cette hypothèse qui met le feu aux poudres.
Car comment expliquer que, pendant que le public redécouvre le confort d’une couverture unifiée entre Radio-Canada et RDS, on s’apprêterait à lui redonner les samedis soirs à TVA Sports ?
Comment justifier que, malgré des cotes d’écoute en berne, malgré des compressions à répétition, malgré une image fragilisée et des pertes accumulées de près de 300 millions de dollars depuis son entrée fracassante dans le marché, la chaîne soit encore au cœur du dispositif national francophone ?
La perception publique est sans pitié. Pendant les Jeux, les commentaires étaient enthousiastes, presque soulagés. On parlait de qualité, de professionnalisme, de clarté. On soulignait la complémentarité entre le service public et le réseau spécialisé.
Et un message revenait sans cesse : pourquoi compliquer les choses ? Pourquoi fragmenter encore l’offre ? Pourquoi forcer le public à naviguer entre plusieurs diffuseurs quand une formule fonctionne ?
Pour TVA Sports, c’est un cauchemar de relations publiques.
Parce que l’absence a révélé un malaise plus profond : une partie importante du public ne s’identifie plus à la marque.
Certains la perçoivent comme un vestige d’une guerre médiatique lancée il y a plus de dix ans, une guerre d’ego qui a coûté une fortune et dont les bénéfices concrets pour les amateurs demeurent discutables.
Pendant que Radio-Canada et RDS occupaient le terrain olympique avec assurance, TVA Sports donnait l’impression d’être en périphérie, presque hors-jeu.
Et c’est là que la question devient brutale : pourquoi continuer ?
Pourquoi Pierre-Karl Péladeau accepterait-il de perdre encore de l’argent pour maintenir TVA Sports dans le portrait, alors qu’une partie du public semble déjà s’être habituée à vivre sans elle ?
Pourquoi insister pour récupérer les 24 matchs nationaux, possiblement les séries éliminatoires, quand l’opinion dominante paraît pencher vers une consolidation autour de Bell ?
La réponse, pour plusieurs, tient en un mot : orgueil.
Péladeau ne veut pas laisser Bell régner sans opposition. Il ne veut pas que RDS et Crave occupent simultanément la télévision et le numérique sans contrepoids.
Il refuse que l’offensive lancée à grands frais il y a plus d’une décennie se termine par une capitulation silencieuse. Même si cela signifie accepter des pertes supplémentaires, même si cela implique de naviguer à contre-courant d’une partie de l’opinion publique, il préfère rester dans la partie plutôt que de céder le terrain.
Mais pendant ce temps, le public observe. Et il compare.
Il compare la fluidité de la couverture olympique.
Il compare la qualité de production.
Il compare l’expérience utilisateur.
Et il se demande pourquoi on reviendrait en arrière.
Rien n’est encore confirmé. Les rumeurs parlent d’une annonce possible au retour des Jeux. Les discussions seraient toujours en cours. Mais une chose est certaine : si TVA Sports récupère les droits nationaux et les séries, ce ne sera pas accueilli dans l’indifférence. Ce sera accueilli avec scepticisme, avec fatigue, et chez certains, avec frustration.
Parce que pendant ces Jeux, le Québec a eu un aperçu d’un paysage sportif francophone sans TVA Sports. Et pour beaucoup, cet aperçu avait quelque chose d’étrangement apaisant.
À suivre.
