Attention, Montréal : on ne touche pas impunément au hot-dog du Canadien.
Pendant des décennies, le fameux hot-dog servi au Centre Bell faisait partie du décor. Le Canadien changeait de joueurs, d’entraîneurs, de directeurs généraux, de systèmes de jeu et même de générations de partisans, mais le hot-dog, lui, restait là. Une valeur sûre. Une institution dans l’institution.
Or, pour la saison 2026-2027, le CH vient de toucher à quelque chose de presque sacré.
Le hot-dog a été changé.
Oui, oui. Le vrai. Celui que les partisans mangent avant le match, pendant le match ou après une période. Celui dont la réputation dépasse même les frontières de Montréal.
Et Groupe CH ne s’est pas contenté de changer légèrement la présentation : la saucisse est maintenant plus grosse, plus juteuse et différente de celle qui était servie auparavant.
Le fournisseur demeure Lafleur, une autre institution québécoise vieille de plus d’un siècle, mais le Centre Bell utilise désormais la variété Bar-B-Q.
Le mélange demeure composé de poulet, de porc et de bœuf, mais le chef exécutif corporatif de Groupe CH, Yves Lowe, voulait améliorer le produit sans augmenter le prix.
Le hot-dog coûte toujours 5,25 $.
Et c’est probablement la partie la plus rassurante de toute cette histoire.
Lowe explique que l’objectif était de rendre la saucisse « un peu plus savoureuse » et « un peu plus grosse ». En d’autres mots : le Canadien a décidé qu’il était temps de procéder à une mise à niveau.
Le problème?
Quand tu touches à un hot-dog qui est devenu une institution, tu joues avec le feu.
Lowe le sait très bien. Il rappelle que la réputation du hot-dog du Canadien existe depuis des décennies et qu’elle dépasse largement les simples partisans qui viennent manger dans les gradins.
« Nous savons que les hot-dogs sont célèbres depuis des années. Les équipes adverses viennent à Montréal et les joueurs demandent nos hot-dogs. Ils sont très célèbres. »
Voilà qui place la barre assez haut.
On ne parle donc pas simplement d’une saucisse vendue dans une aréna. Le hot-dog du Canadien fait partie de l’expérience du Centre Bell et traîne avec lui une réputation qui remonte même à l’époque du Forum.
Selon les informations rapportées par la Montreal Gazette, plus de 12 000 hot-dogs sont vendus par match. Faites le calcul sur une saison complète : on comprend rapidement pourquoi Groupe CH ne peut pas traiter cette recette comme un détail.
Et c’est justement pour cette raison que Lowe et son équipe ont passé une bonne partie de l’été à travailler sur le nouveau produit.
Le chef dirige une équipe de quelque 200 cuisiniers, plus de 25 plongeurs et six sous-chefs. Pour arriver à la nouvelle version, il a goûté à tellement de hot-dogs qu’il a lui-même perdu le compte.
« J’ai perdu le compte du nombre de hot-dogs que j’ai mangés. Trop. Probablement plus de 200. »
Plus de 200 hot-dogs.
On a connu des sacrifices moins nobles pour le Canadien.
Mais le travail ne s’est pas arrêté à la saucisse. Le pain a également été retravaillé. Lowe explique que son équipe a trouvé une façon de garder le pain plus moelleux et plus goûteux en ajoutant davantage de beurre.
Le résultat recherché : un pain avec un côté légèrement croustillant.
Et là, attention, on touche à un autre dossier explosif du Québec.
Le pain est toasté.
Pas question de vapeur.
Lowe est catégorique :
« C’est toasté, pas steamé, et nous allons nous en tenir à ça pour le reste de nos vies. »
Voilà.
Le débat est officiellement terminé au Centre Bell.
Le chef affirme que son équipe a également travaillé sur la façon de presser le pain et de cuire la saucisse afin d’éviter qu’elle soit trop sèche. Le personnel a été formé pendant tout l’été afin que le produit demeure uniforme, même lorsqu’il faut en sortir des milliers pendant une soirée de hockey.
C’est probablement le véritable défi.
Parce qu’un hot-dog peut être excellent lorsqu’un chef prend le temps de le préparer tranquillement. Le problème commence lorsqu’il faut en produire des milliers rapidement devant une foule affamée pendant une période de 20 minutes.
Lowe veut donc standardiser le processus.
« Nous voulons nous assurer qu’il ne soit pas trop pressé, qu’il soit croustillant et qu’il ne soit pas trop sec. C’est ce que nous avons intégré au processus et à la formation de notre personnel. Nous voulons standardiser le tout, et c’est sur cela que nous avons travaillé tout l’été. »
Et malgré tous ces changements, le chef ne veut surtout pas que les partisans aient l’impression qu’on vient de détruire leur classique.
« Je pense que les gens vont l’aimer. Vous ne verrez pas une grande différence au niveau du goût. C’est vraiment simplement une amélioration de la qualité. »
C’est exactement ce que les partisans veulent entendre.
Parce que personne ne veut qu’on lui explique que son hot-dog préféré avait besoin d’être réinventé.
On veut simplement qu’il soit meilleur.
Le nouveau hot-dog est donc plus gros, plus juteux et travaillé différemment, mais le prix demeure le même. Et Groupe CH ne veut pas s’arrêter là.
Le Marché M2 propose également une offre alimentaire beaucoup plus ambitieuse, avec notamment du brisket, des côtes levées et des ailes de poulet inspirés de l’univers des fumoirs. L’organisation veut aussi s’inspirer davantage de la scène gastronomique montréalaise et privilégier les produits locaux lorsque c’est possible.
On parle notamment d’huîtres provenant de l’Île-du-Prince-Édouard et de truite provenant du Marché Central.
Des partenariats avec des restaurants sont également prévus pour certains matchs, comme cela s’est fait au cours des dernières saisons.
Et pour ceux qui trouvent que la facture au Centre Bell devient de plus en plus salée, Groupe CH offre aussi une période promotionnelle entre 17 h et 18 h les soirs de match, avec certains aliments et certaines boissons à 6 $.
Mais revenons à l’essentiel.
Le hot-dog.
Parce que peu importe le nombre de briskets, de côtes levées, d’huîtres ou de nouveaux concepts gastronomiques que le Centre Bell peut ajouter, le hot-dog demeure probablement le véritable repas populaire de l’amateur de hockey.
Sunil Peetush, un partisan inconditionnel qui s’est fait connaître notamment grâce à son Habs Cave à Saint-Lazare, estime d’ailleurs que Groupe CH doit continuer à améliorer son offre alimentaire alors que le prix des billets augmente et que les autres amphithéâtres de la LNH deviennent eux aussi de plus en plus ambitieux.
« Les prix sont plus élevés, alors il faut offrir de nouvelles saveurs, de nouveaux plats. Nous sommes une ville de gastronomes, alors nous devrions avoir de la bonne nourriture au Centre Bell. »
Il sait de quoi il parle. Il assiste à environ dix matchs sur la route chaque année et compare ce qui se fait ailleurs.
À Edmonton, par exemple, il a découvert un sandwich au rosbif préparé directement devant lui.
« C’est agréable. Beaucoup de gens viennent avant le match, alors pourquoi ne pas offrir un menu varié? Montréal veut rester compétitive. La barre est déjà haute pour l’ambiance et pour l’équipe, alors pourquoi ne pas relever aussi la barre pour la nourriture? »
Mais le véritable test ne sera pas dans les mots du chef.
Il ne sera pas dans les communiqués de Groupe CH.
Il ne sera pas dans les chiffres de ventes.
Il sera dans les mains des partisans après la première bouchée.
Parce que tu peux changer une recette, agrandir une saucisse, ajouter du beurre au pain, revoir la cuisson et manger 200 hot-dogs pendant les tests.
À Montréal, le verdict final appartient au peuple.
Et si le nouveau hot-dog goûte moins bon que l’ancien?
Bonne chance pour expliquer ça à 21 000 personnes par soir.
