Bagarre à mains nues: âmes sensible, s'abstenir

Bagarre à mains nues: âmes sensible, s'abstenir

Par David Garel le 2026-02-08

Si vous pensez que le hockey est un sport violent, prenez deux minutes pour regarder ce qui se passe parfois en crosse. (lors du match entre Vancouver et Rochester).

Pas de patins.

Pas de glace.

Pas de lignes rouges pour séparer les clans.

Deux gars se pointent avant même le match, déposent l’équipement… et se tapent à mains nues comme dans une vraie bataille de rue.

Pas une escarmouche improvisée. Pas une montée d’adrénaline après une mise en échec. Une confrontation assumée, frontale, brute, devant les partisans déjà installés dans les gradins.

C’est exactement ce qui vient de circuler à Rochester. Une scène d’une violence crue, sans chorégraphie, sans arbitres entre les deux, sans l’illusion de sécurité qu’offre la glace. Juste deux athlètes debout, enracinés dans le sol, qui règlent ça à coups de poing.

Et pourtant... personne ne parle d’abolir les contacts en crosse.

Personne ne monte aux barricades pour demander une réforme culturelle.

Personne ne réclame de commissions spéciales.

Parce que la vérité, c’est que la violence existe dans presque tous les sports de contact. Elle prend simplement des formes différentes.

Pendant ce temps-là, au hockey, on ressort encore le vieux débat.

Cette semaine, sur les ondes du 98,5 FM, l’ancien gardien de la LNH Jocelyn Thibault a remis la question des bagarres sur la table, aux côtés de Tony Marinaro, Stéphane Waite et Mario Langlois.

Thibault est clair :

« Un jour, il n’y en aura plus. Je pense que c’est inévitable. Ça reste un élément qui vend et qui plaît à beaucoup de gens. C’est dans la culture du hockey professionnel. Mais, tu regardes le développement aux États-Unis et en Europe, et tu ne vois pas de bagarres. Personnellement, j’aime pas ça. »

C’est une position respectable. Humaine. Moderne, même.

Mais elle se heurte à une réalité beaucoup plus large : la violence ne disparaît pas parce qu’on la décrète illégale dans un règlement. Elle se déplace. Elle change de forme. Elle trouve d’autres terrains.

Les bagarres font partie du hockey. Point. Enlève les combats, et tu ne rends pas le jeu plus propre, tu ouvres la porte à encore plus de coups salauds, de doubles échecs dans le dos, de cheap shots loin de l’action, parce qu’il n’y a plus aucune conséquence immédiate entre joueurs. La peur du retour de bâton, ça existe. Et ça protège aussi les vedettes.

Mais sur la question des bagarres, il faut arrêter de se raconter des histoires.

Alors non, Jocelyn Thibault : ça ne disparaîtra pas. Pas tant que le hockey restera le hockey. Et quand on voit ce qui se passe dans d’autres sports de contact, où les gars se battent à mains nues avant même le match, on réalise surtout une chose : malgré tout ce qu’on lui reproche, le hockey est encore l’un des rares endroits où cette violence est encadrée.

La vidéo de cette bagarre à la crosse est brutale comma jamais. Pas de patinoire. Pas de bande. Pas de patin qui dilue le combat. Pas de casque. Un véritable combat de rue.

Et pourtant, les gens regardent.

Les partages explosent.

Les commentaires affluent.

Parce qu’au fond, ce n’est pas seulement du sport. C’est du théâtre humain. De l’instinct. De la confrontation pure.

Le hockey, lui, a au moins encadré cette violence. Il l’a ritualisée. Arbitrée. Sanctionnée. Oui, parfois tolérée. Mais jamais totalement anarchique.

Comparer les deux met les choses en perspective.

Avant d’abolir quoi que ce soit dans la LNH, avant de moraliser chaque combat, il faut peut-être accepter une vérité inconfortable : le hockey est loin d’être le sport le plus sauvage. Et surtout, il est probablement l’un des seuls où cette brutalité est encore canalisée par une structure.

Envoyer cette vidéo de crosse à Jocelyn Thibault ne changerait peut-être pas son opinion. Mais ça rappellerait une chose essentielle : retirer les bagarres du hockey ne rendra pas le sport plus doux.

Ça fera juste semblant.