Départ d’Arber Xhekaj: le shérif se moque de Dany Dubé

Départ d’Arber Xhekaj: le shérif se moque de Dany Dubé

Par David Garel le 2026-01-08

Pour Arber Xhekaj, hier soir n’était pas qu’un match.

Hier soir, le contexte pesait plus lourd que le pointage. Le genre de match où chaque présence devient un message, et où un joueur joue non seulement contre l’adversaire, mais contre le discours ambiant qui l’entoure depuis des semaines.

Ce n’était pas simplement une bonne performance. C’était une réponse.

Quelques heures plus tôt, Dany Dubé avait encore frappé là où ça fait mal, en répétant un constat devenu viral à Montréal : la reconstruction offensive est complétée, mais la défensive, elle, régresse.

Et dans cette analyse froide, deux noms revenaient sans jamais être prononcés trop fort : Xhekaj et Struble.

Incapables, selon Dubé, d’assumer des minutes lourdes. Incapables de tuer des pénalités de façon fiable. Incapables, surtout, d’être des solutions quand le hockey devient sérieux.

Dans le marché montréalais, ce genre de propos n’est jamais neutre. Quand Dubé parle, il ne parle pas pour faire de la radio. Il parle parce qu’il sent que l’organisation est rendue ailleurs. Et pour Arber Xhekaj, le message était limpide : ta place n’est plus garantie et son départ était devenu inévitable.

C’est dans ce climat-là que le défenseur a sauté sur la glace. Et cette fois, il n’a pas joué pour survivre. Il a joué pour s’imposer. Pour se moquer... de Dany Dubé...

Avec des avances confortables de 3-0 puis de 4-1, Martin St-Louis avait enfin l’espace tactique pour faire ce qu’il refuse de faire depuis trop longtemps : répartir les minutes.

Il a pu limiter Nick Suzuki à 18 minutes, gérer Mike Matheson à 23, et surtout, accorder à Xhekaj une vraie audition. Pas une présence symbolique de 7 minutes. Pas une utilisation par défaut. Seize minutes et une seconde. Seulement la troisième fois de la saison qu’il franchissait ce seuil.

Mais le plus important n’était pas le chiffre. C’était la manière.

Xhekaj n’a pas triché. Il n’a pas surjoué la robustesse pour se faire remarquer. Il n’a pas cherché la bagarre comme un raccourci émotionnel.

Il a joué simple, engagé, lucide, en lisant le jeu plus vite, en fermant les lignes de passe, en terminant ses mises en échec au bon moment, sans se sortir de la structure. Pour une fois, il n’a pas été un événement. Il a été un défenseur.

Et St-Louis l’a vu. Il l’a dit. Et il l’a dit sans détour.

« Sa game, récemment, est bonne. Mais ce soir, elle était encore meilleure. »

Dans la bouche de St-Louis, ce n’est pas une phrase banale. C’est une validation rare. Il a ajouté que Xhekaj avait été « alerte, robuste », qu’il avait effectué « de bonnes lectures ». Des mots-clés. Des mots qu’on n’associe jamais à un joueur sur le départ. Des mots qu’on réserve à quelqu’un à qui on commence, peut-être, à refaire confiance.

Et ce timing n’est pas un hasard.

Parce que pendant que Xhekaj livrait possiblement son meilleur match en carrière avec le Canadien, Kaiden Guhle est prêt à revenir au jeu ce soir contre les Panthers de la Floride.

Dans toutes les projections, dans toutes les discussions de corridor, un nom revenait pour sauter : Jayden Struble. Et soudainement, pour la première fois depuis longtemps, ce n’était pas Xhekaj.

C’est là que la performance devient politique.

Depuis des mois, Xhekaj traîne l’étiquette du défenseur trop imprévisible pour être utilisé dans les moments critiques.

Trop émotionnel. Trop risqué. Trop associé à ce que Dubé appelle, sans le dire, une défensive qui ne peut pas gagner en séries. Mais mercredi soir, il a offert exactement ce que ses détracteurs disent qu’il ne peut pas offrir : de la stabilité sans renier son identité.

Comme si Xhekaj avait plaidé son dossier devant jury.

Et le jury était nombreux : le coach, la direction, les analystes, et surtout, le marché. Parce qu’à Montréal, chaque minute jouée par un défenseur est une prise de position. Et jouer 16 minutes quand tu t’appelles Arber Xhekaj, dans ce contexte précis, c’est une déclaration.

Est-ce que ça efface les critiques de Dany Dubé ? Non. Dubé ne parle pas d’un match. Il parle d’une tendance. Mais ce que Xhekaj a fait, c’est rappeler une vérité que les analyses trop propres oublient parfois : le développement n’est pas linéaire. Et certains joueurs répondent mieux quand ils sont dos au mur.

Il y a encore des zones grises. Il y aura encore des soirs plus difficiles. Mais ce match-là change la dynamique interne. Il complique la décision. Il force St-Louis à regarder Xhekaj autrement qu’à travers ses erreurs "niaiseuses" passées.

Et surtout, il remet une chose au centre du débat : Arber Xhekaj n’est pas qu’un problème à gérer. Il peut encore être une solution à exploiter.

Quand un joueur joue son meilleur hockey exactement au moment où on s’apprête à le sortir de l’alignement, ce n’est jamais un hasard. C’est un instinct de survie. C’est aussi, parfois, le signe d’une maturation tardive.

Dany Dubé a lancé un défi. Arber Xhekaj l’a entendu. Et pour une soirée, au moins, il a répondu sur la glace, là où les débats finissent toujours par se régler.

La suite reste à écrire. Mais une chose est certaine : ce match-là n’était pas un accident. Et à Montréal, quand un défenseur de 6 pi 4 joue enfin comme s’il comprenait le tempo de la LNH moderne, tout le monde écoute.