Arber Xhekaj patine de plus en plus vers une impasse à Montréal, et la soirée d’hier n’a fait qu’accentuer un malaise qui s’installe depuis des mois autour de son utilisation.
Moins de dix minutes de jeu dans un contexte où la ligne bleue des Canadiens de Montréal manque pourtant cruellement de robustesse et de présence physique.
Pour plusieurs observateurs autour de la LNH, ce genre d’utilisation envoie un message clair : Martin St-Louis ne lui fait tout simplement pas confiance comme défenseur régulier.
Le problème, c’est que cette situation n’est pas nouvelle. Depuis le début de la saison, Xhekaj oscille constamment entre un rôle marginal et une présence sporadique dans l’alignement. Certains soirs, il joue à peine plus de huit minutes.
D’autres fois, il saute carrément son tour ou se retrouve utilisé dans des situations extrêmement limitées, souvent loin des moments critiques du match. Pendant ce temps, les Canadiens de Montréal continuent d’accorder du temps de glace à d’autres défenseurs qui, eux non plus, ne dominent pas nécessairement.
Pour un joueur comme Xhekaj, qui a bâti sa réputation sur une combinaison rare de robustesse, de courage et d’attitude protectrice envers ses coéquipiers, cette marginalisation est difficile à comprendre. Depuis son arrivée dans l’organisation comme joueur non repêché, il a littéralement gagné sa place à la dure. Les partisans l’ont adopté rapidement, justement parce qu’il représentait quelque chose que l’équipe semblait avoir perdu : un défenseur prêt à défendre le logo, à protéger ses coéquipiers et à changer l’énergie d’un match.
Mais dans le système de Martin St-Louis, ce profil semble de moins en moins valorisé.
Le coach des Canadiens privilégie un style très axé sur la mobilité, la relance rapide et la prise de décision offensive. Dans cette philosophie, les défenseurs qui transportent la rondelle, qui activent l’attaque et qui patinent avec fluidité ont souvent priorité. Xhekaj, lui, apporte d’autres qualités : intimidation, robustesse, protection du filet, présence physique. Des qualités qui, paradoxalement, deviennent parfois secondaires dans un système qui mise presque exclusivement sur la vitesse et la créativité.
La conclusion est sans pitié: son rôle s’est graduellement rétréci.
Cette réalité n’est pas passée inaperçue ailleurs dans la ligue. Plusieurs équipes continuent de voir en Xhekaj un défenseur extrêmement intrigant. À 6 pieds 4 pouces, plus de 230 livres, capable de se battre contre pratiquement n’importe qui dans la LNH, mais aussi capable de frapper solidement et de défendre physiquement le territoire devant son gardien. Ce genre de profil ne court pas les rues dans la ligue moderne.
C’est d’ailleurs pour cette raison que, pendant toute la dernière saison et même à l’approche de la date limite des transactions, plusieurs formations ont appelé Montréal pour s’informer de sa disponibilité. Des clubs qui cherchaient justement ce type de défenseur : dur, jeune, encore en développement, mais déjà capable d’avoir un impact émotionnel dans un vestiaire.
Finalement, Kent Hughes a choisi de ne pas le bouger.
À l’interne, on expliquait vouloir garder la profondeur défensive et continuer à développer le joueur. Mais ce choix crée aujourd’hui un paradoxe. Si l’organisation croit vraiment en lui, pourquoi continue-t-il d’être utilisé comme un septième défenseur? Pourquoi lui donner moins de dix minutes par match alors que son développement dépend justement de situations réelles et de responsabilités?
Cette question devient encore plus importante quand on regarde sa situation contractuelle.
À la fin de la saison, Xhekaj deviendra agent libre avec restriction. Les Canadiens conserveront ses droits, mais cela ouvre tout de même la porte à plusieurs scénarios délicats. Dans la LNH actuelle, les offres hostiles ne sont plus aussi fréquentes qu’autrefois, mais elles existent toujours — surtout pour des joueurs jeunes qui ont un potentiel unique et qui pourraient exploser dans un autre environnement.
Et Xhekaj coche plusieurs de ces cases.
Il est encore jeune. Son salaire actuel est relativement bas. Et surtout, il possède un profil physique que plusieurs équipes recherchent activement pour compléter leur top-4 ou solidifier leur troisième paire défensive. Une équipe qui croit pouvoir lui donner un rôle plus important pourrait très bien tenter une offre hostile pour forcer la main des Canadiens.
Ce scénario n’est pas garanti, mais il circule déjà dans certains cercles de la ligue.
À Montréal, on sait que la gestion de ce dossier sera délicate. Si le club lui offre un contrat à court terme avec un salaire modeste, il pourrait accepter… mais la frustration liée à son utilisation pourrait continuer à grandir. À l’inverse, si les Canadiens lui donnent un contrat plus important sans lui garantir un rôle stable, ils prennent un risque financier.
Et derrière tout ça, il y a la dimension humaine.
Selon certaines personnes autour du joueur, Xhekaj adore Montréal. Il adore la ville, l’ambiance du Centre Bell, et surtout l’appui incroyable des partisans qui l’ont adopté dès ses premiers combats et ses premières mises en échec. Mais un joueur de la LNH ne peut pas baser toute sa carrière uniquement sur l’amour du public.
À un moment donné, il doit penser à son avenir sportif et financier.
Un défenseur qui joue neuf minutes par match ne bâtit pas un dossier solide pour son prochain contrat. Il ne développe pas non plus les aspects de son jeu qui pourraient faire de lui un défenseur régulier dans la ligue. Et plus cette situation se prolonge, plus l’idée d’un changement de décor peut commencer à faire son chemin.
C’est pour cette raison que plusieurs observateurs parlent maintenant d’un véritable cul-de-sac.
Les Canadiens de Montréal ne veulent pas nécessairement l’échanger, parce qu’ils savent qu’un joueur comme Xhekaj peut devenir extrêmement précieux dans une équipe compétitive. Mais en même temps, l’utilisation que lui réserve Martin St-Louis ne correspond pas au rôle d’un défenseur que l’organisation considère comme un morceau important du futur.
Ce décalage entre la valeur perçue et la réalité sur la glace crée un malaise évident.
Et si rien ne change dans les prochains mois, il ne serait absolument pas surprenant que la situation explose cet été. Une demande de transaction n’est jamais facile à Montréal, surtout pour un joueur apprécié du public. Mais pour un athlète qui veut bâtir sa carrière et maximiser sa valeur, rester coincé dans un rôle marginal peut devenir insoutenable.
Dans la LNH moderne, les carrières se définissent souvent par les opportunités.
Arber Xhekaj a prouvé qu’il pouvait atteindre la ligue sans être repêché, qu’il pouvait se faire une place par sa ténacité et son caractère. Mais pour franchir la prochaine étape de sa carrière, il aura besoin de quelque chose que Montréal ne semble pas prêt à lui donner pour l’instant : des minutes, de la confiance et un rôle clair dans l’alignement.
Si cette réalité ne change pas rapidement, l’été prochain pourrait marquer un tournant majeur dans son histoire avec les Canadiens de Montréal. Parce qu’un joueur qui sent que son potentiel est limité par son utilisation finit presque toujours par chercher ailleurs l’occasion de prouver ce qu’il vaut vraiment.
