Michel Bergeron est allé trop loin.
La façont dont il a ri d'Arber Xhekaj sur les ondes de TVA Sports nous a donné froid dans le dos.
C'était d'une violence moqueuse qui nous laissé bouche bée. Arber Xhekaj est devenu la risée... même celle du Tigre.
C'est d’autant plus douloureux que le coup est venu non pas d’un entraîneur, ni d’un dirigeant, ni d’un journaliste, mais d’un homme qui, toute sa carrière, a défendu les joueurs rugueux, les cœurs durs, les batailleurs incapables de tricher.
Le choc n’est pas venu d’une critique technique. Ni d’une analyse beige. Ni d’un commentaire froid. Il est venu de ce rire au milieu d’un plateau télé, alors qu'Elizabeth Rancourt était aussi crampé comme jamais.
Pour un joueur qui se bat chaque jour pour rester dans l’alignement, équivaut à une gifle en plein visage. Parce qu’il disait tout. Parce qu’il trahissait une vérité que personne n’osait encore formuler aussi crûment : Arber Xhekaj n’est plus un joueur qui “se cherche”, il est un joueur qui décroche.
Ce qui a frappé, ce n’est pas seulement que Bergeron ait constaté son déclin. C’est la manière dont il l’a dit.
Le ton était baveux et moqueur.
Cette espèce de cruauté involontaire, presque involontairement amusée, a fait sursauter les téléspectateurs.
Les propos, mot pour mot, sont encore plus accablants lorsqu’on les entend:
« Ce qui est drôle dans tout ça, c’est quand même délicat. Le Canadien a gagné le dernier match. Probablement qu’on a des choses à reprocher à Xhekaj, ça c’est évident. S’il avait fait le travail contre Washington la semaine dernière, il aurait pu être un peu plus physique, être près de Wilson lorsque Wilson s’énervait. »
Ce passage était déjà sans piité.
Mais le Tigre ne s’est pas arrêté là.
« Peut-être qu’on voulait lui donner une leçon aussi. »
Mais c’est la suite, évidemment, qui a fait exploser les réseaux. Le moment où Bergeron a choisi de rire.
Il se moque non pas de la personne, mais de l’absurdité de la séquence, de cette image surréaliste du grand frère mis de côté pendant que le petit frère, lui, vit la consécration de sa vie.
« Ce qui est drôle dans tout ça, Élizabeth, c’est que le jeune Florian arrive. Son frère l’accueille : “Bienvenue dans le grand club.” Et deux jours après… le jeune qui dit : “Fais-toi-en pas. Ça va aller mieux.” »
Cet extrait vidéo donne froid dans le dos tellement c'est cruel:
Ce rire-là, cette manière de livrer la scène comme une anecdote cocasse, a glacé une bonne partie du public, justement parce qu’elle heurtait le contexte humain de la situation.
Car derrière la caricature d’un défenseur robuste en difficulté, il y a un être humain qui voit son rôle fondre, son temps de jeu s’évaporer, et son identité de joueu construite sur la robustesse, sur la protection des coéquipiers, sur la dureté du jeu, lui échapper dans l’indifférence glacée des chiffres.
Et Bergeron, ancien coach passionné, homme de vestiaire, figure paternelle pour des générations de joueurs, choisit ce moment précis pour trouver ça « drôle ».
Ce n’était pas du mépris.
Ce n’était pas gratuit.
C’était ce rire nerveux qui constate que la "joke" est trop énorme pour passer sous silence : Arber Xhekaj, symbole de la robustesse, du sacrifice, du hockey de ruelle, est évincé de l’alignement le jour même où son petit frère s’impose, brille, se bat, marque, et devient en 24 heures ce que l’aîné n’arrive plus à être.
Et quand Bergeron termine avec cette ultime flèche, il ne laisse aucune marge d’interprétation :
« Il faut que Xhekaj, le plus vieux, comprenne que lui, quand il joue, il faut qu’il soit tough. Il faut qu’on le laisse être lui-même aussi. Il va falloir que Martin Saint-Louis apprenne à vivre avec les pénalités… les conséquences. Tu joues tough, tu prends des punitions. Tu ne peux pas dire : “Ne prends pas de punitions quand tu joues tough.” »
Ce n’est plus une critique. C’est un verdict.
Ce que cette situation dit, au fond, c’est que la carrière d’Arber Xhekaj est entrée dans cette zone grise que les joueurs redoutent plus que tout : la zone où les entraîneurs n’osent plus se prononcer clairement, où les dirigeants parlent en termes de “mathématiques”, de “profils” et de “chaise”, où les médias commencent à présenter les chiffres comme des preuves irréfutables d’un déclin irréversible.
Et pendant que le monde du hockey s’excite autour des débuts fébriles de Florian, l’aîné, lui, regarde le train partir sans lui.
Il regarde son propre rôle être grugé par Struble, menacé par Engström, avalé par la réorganisation de la brigade défensive.
Il regarde sa place disparaître.
Et maintenant, il regarde même les figures respectées du hockey québécois rire de sa situation.
Ce n’est pas seulement une humiliation sportive.
C’est une humiliation humaine.
C’est le genre de moment où un joueur comprend que son temps est compté à Montréal.
Un rire, parfois, peut en dire plus qu’un discours.
Et mercredi soir, celui de Bergeron a dit une vérité glaciale :
Arber Xhekaj n’est plus un sujet de débat. Il est devenu le clown de Montréal.
Tellement triste...
