Pauvre Michael Pezzetta.
Il y a quelque chose de profondément troublant dans ce qui se passe sous nos yeux. On ne parle plus seulement d’un joueur de la ligue américaine, d’un contrat marginal ou d’un rôle réduit à néant. On parle d’un homme de bientôt 28 ans qui glisse dangereusement vers l’oubli, et peut-être pire encore, vers l’autodestruction.
Il y a deux mois, tout le monde se souvenait du cheap shot. Cette mise en échec illégale contre Marc Del Gaizo qui avait mis le feu aux poudres entre les Marlies de Toronto et le Rocket de Laval.
À ce moment-là, Pezzetta jouait encore au dur. Il jouait encore au gars qui assume. Celui qui frappe, celui qui répond, celui qui accepte les invitations.
Samedi, contre le Rocket de Laval, tout le monde attendait la suite. La revanche. Le règlement de comptes. Vincent Arsenault était là. Le message était clair. Le défenseur du Rocket, Nate Clurman, avait lancé à ses coéquipiers de « préparer leur menton ».
Et pourtant, rien.
Pezzetta n’a pas accepté. Il a refusé l’invitation d'Arseneau toute la soirée. Il a détourné le regard. Pendant que Tyler Thorpe et Blake Smith se battaient brièvement, lui restait à distance. Le même joueur qui a bâti sa carrière sur l’intimidation physique, sur le courage brut, sur les combats de boxe où il se faisait casser la face à chaque fois.
Dans une victoire de 4-2 du Rocket de Laval à la Place Bell, on a surtout parlé de Joshua Roy, de ses trois points, de sa progression vers la LNH, de la septième victoire consécutive du club-école du Canadien de Montréal. On a parlé de constance, d’exécution, de maturité.
On n’a pas parlé de Michael Pezzetta.
Et ça, c’est peut-être le plus cruel.
Parce que dans la Ligue américaine, quand tu es catalogué comme homme fort, tu n’as plus grand-chose d’autre à offrir si tu refuses de faire ce pour quoi on te paie. Tu n’es pas là pour diriger un avantage numérique. Tu n’es pas là pour orchestrer une transition propre. Tu es là pour répondre au téléphone quand ça sonne.
Et là, le téléphone a sonné.
Il n’a pas répondu.
Sur les réseaux sociaux, ça explose. Les insultes pleuvent. On le traite de lâche, de fraude, de « goon washed ». On lui reproche de distribuer des coups salauds sans accepter les conséquences. On lui rappelle tous ses combats perdus quand il était avec le CH, ces droites en pleine tête, ces images où il titubait sans tomber, par orgueil plus que par lucidité.
Mais au fond, qu’est-ce qu’on voit vraiment ?
On voit un joueur qui encaisse depuis des années. Les migraines. Les étourdissements. Les combats inutiles. Les saisons à 40 matchs, 50 matchs, souvent plus sur la galerie de presse que sur la glace. On voit un rôle qui n’existe presque plus dans la LNH moderne, mais qu’on continue d’exiger dans l’ombre.
Les noms des disparus Derek Boogaard, Wade Belak, Steve Montador reviennent toujours quand on parle de traumatismes répétés et d’encéphalopathie traumatique chronique. La science n’est plus ambiguë. Les coups à la tête s’accumulent. Les dommages aussi.
Et là, peut-être que Pezzetta a eu peur.
Peut-être qu’à 27 ans, avec 28 qui approche, avec une carrière déjà fragile, avec un contrat de deux ans à 812 500 dollars par saison qui représente une sécurité minimale, il a regardé Vincent Arsenault et il s’est demandé : est-ce que ça vaut encore la peine ?
Peut-être que ce refus n’est pas une honte.
Peut-être que c’est un instinct de survie.
Mais dans le hockey professionnel, l’instinct de survie ne paie pas toujours. Surtout quand ton identité entière repose sur la violence contrôlée. Si tu ne frappes plus, si tu ne te bats plus, si tu n’intimides plus, qu’est-ce qu’il te reste ?
Pezzetta se retrouve coincé entre deux mondes. Trop limité offensivement pour justifier un rôle régulier. Trop marqué physiquement pour continuer à jouer au kamikaze. Trop jeune pour annoncer la fin. Trop vieux pour être un projet.
a constance, Pezzetta devient invisible. Un nom sur une feuille de match. Un souvenir d’une autre époque.
Il voulait relancer sa carrière à Toronto. Il s’imaginait retrouver l’équipe de son enfance, retrouver une identité, retrouver une place. Au lieu de ça, il s’est retrouvé au ballottage. Puis en bas. Puis confronté à une réalité brutale : même dans la Ligue américaine, il n’est plus indispensable.
Ce n’est pas juste une question de hockey.
C’est une question d’identité. Quand tu t’es défini toute ta vie par le combat, par la robustesse, par le fait de « protéger les tiens », et que soudain tu hésites, le miroir devient cruel. Les partisans ne voient que le refus. Les dirigeants voient un rôle qui s’effrite. Les réseaux sociaux voient une cible facile.
Mais derrière le casque et les cheveux longs, il y a un être humain qui commence peut-être à comprendre que le prix à payer est trop élevé.
Oui, sportivement, ça ressemble à la fin. Oui, à 27 ans, rétrogradé, critiqué, hué en ligne, ça sent le déclin. Oui, il a fait des erreurs. Oui, les cheap shots ne se défendent pas.
Mais peut-être que pour une fois, refuser de se battre était le geste le plus lucide de sa carrière.
Le problème, c’est que dans ce milieu, la lucidité ne protège pas toujours ton emploi.
Michael Pezzetta n’est plus seulement un joueur en difficulté. Il est le reflet d’un système qui ne sait plus quoi faire avec ses anciens soldats. Trop violents pour le hockey moderne, trop limités pour s’adapter, trop fiers pour admettre que le rêve s’effrite.
Il fait pitié, oui.
Mais pas pour les raisons que les réseaux sociaux pensent.
Il fait pitié parce qu’il est coincé dans une spirale où chaque choix est mauvais. Se battre et risquer sa santé. Refuser et perdre sa crédibilité. Continuer et s’abîmer. Arrêter et disparaître.
Et pendant que le Rocket gagne 4-2, pendant que les jeunes progressent, pendant que l’organisation parle d’avenir, Michael Pezzetta, lui, se bat contre quelque chose de beaucoup plus lourd qu’un adversaire sur la glace.
Il se bat contre la fin d’un rôle.
Contre la fin d’une illusion.
Pezzetta doit prendre sa retraite... avec un drame...
