Quand le Canadiens de Montréal ont appelé le nom de Logan Sawyer au 78e rang du repêchage 2024, au troisième tour, ils ne misaient pas sur une ligne de statistiques éclatante ni sur un produit fini prêt à débarquer demain matin au Centre Bell.
Ils misaient sur un corps à bâtir, un cerveau de hockey déjà bien profond, et surtout sur une projection. Un pari à moyen terme. Un pari sur un gars capable de devenir quelque chose de beaucoup plus gros que ce que son CV junior laissait entrevoir.
À l’époque, Sawyer évoluait avec les Brooks Bandits dans la British Columbia Hockey League.
Inutile de vous dire que la BCHL est considérée comme une ligue de bas-étage.
On voyait un attaquant intrigant physiquement, intelligent dans ses lectures, mais encore loin d’être un “headline prospect”. Bref : un projet.
Puis, presque immédiatement après sa sélection, Sawyer s’est retrouvé devant un carrefour majeur. Revenir dans le junior, empiler des points, jouer confortable… ou accélérer le processus et débarquer tout de suite dans la NCAA avec Providence College, une des structures les plus exigeantes du circuit "Hockey East".
Il a choisi la voie dure.
Pas parce que Montréal lui a forcé la main, au contraire. L’organisation a volontairement gardé ses distances. Pas de pression. Pas d’ultimatum. Le message était clair : prends ta décision, sois responsable de ton développement.
Sawyer raconte qu’après le repêchage, il est allé passer un mois à Providence. Discussions avec l’entraîneur, longues réflexions avec ses parents et son agent. Finalement, il tranche : il débarque à l’université un an plus tôt que prévu. Plus difficile, oui. Mais infiniment plus formateur.
Sa première saison l’a confirmé.
Comme recrue, il termine avec 6 buts et 10 passes (16 points) en 37 matchs. Rien d’explosif. Mais dans la division "Hockey East", ça ne veut pas dire grand-chose.
À Providence, on ne joue pas pour gonfler des chiffres. On joue pour gagner 2-1, pour fermer le centre, pour survivre dans des matchs serrés où chaque présence compte.
Sawyer l’a compris très vite : ici, on apprend à gagner avant d’apprendre à briller.
Et cette fondation-là est en train de transformer complètement le joueur.
De projet à monstre en construction
La vraie histoire commence cette saison.
Parce que le Sawyer version 2025-26 n’a plus rien à voir avec le freshman encore en adaptation.
En 27 matchs, il a déjà inscrit 12 buts et 11 passes pour 23 points. Il a pulvérisé son total de l’an dernier… en dix matchs de moins.
Habs prospect Logan Sawyer with the OT winner last night for Providence.
— /r/Habs (@HabsOnReddit) February 1, 2026
He now has 11 goals & 10 assists for 21 points in 25 games this season 🔥
pic.twitter.com/KmldDELDmo
Mais le chiffre qui frappe le plus, ce n’est pas la production.
C’est son corps.
Durant l’été, Sawyer a pris entre 20 et 25 livres. Il est maintenant près de 6 pieds 3 pouces et flotte entre 195 et 200 livres. Pas du poids mou. Du muscle fonctionnel. De la masse utile.
Il le dit lui-même : il a enfin “rattrapé” son frame.
Résultat? Il est devenu un monstre. Il protège mieux la rondelle, il gagne ses batailles le long des rampes, il coupe plus souvent au filet, il génère des chances dangereuses dans l’enclave. Ce n’est plus un espoir longiligne. C’est un gars qui impose sa présence.
Et quand un joueur commence à marquer, tout s’enchaîne.
Sawyer parle d’un effet boule de neige : quand ça rentre, le jeu ralentit, les décisions deviennent plus simples, la confiance grimpe. Il a aussi travaillé consciemment sur ses angles de tir, sur la variété de ses lancers, sur sa capacité à créer une demi-seconde d’espace avant de décocher.
Même détail tactique intéressant : il joue ailier droit… en étant gaucher. Ce qui l’ouvre constamment sur la glace en zone offensive. Toujours sur son forehand. Toujours prêt à attaquer le centre.
Ajoute à ça une lecture du jeu de plus en plus mature. Sawyer explique qu’il voit maintenant les options avant les autres, qu’il anticipe les ouvertures, qu’il est capable de “ralentir” mentalement le rythme du match.
Ce n’est pas un hasard si ses chiffres explosent.
C’est un cerveau qui rattrape un corps… et un corps qui vient de devenir une arme.
À Providence, Sawyer forme un duo naturel avec John Mustard, espoir des Blackhawks de Chicago.
Et ce n’est pas une chimie artificielle.
Ils sont colocataires. Meilleurs amis. Ils vivent ensemble depuis deux ans.
Sur la glace, ça se traduit par des lectures instinctives. Mustard apporte une vitesse élite sur l’aile, force les défenses à reculer, étire les couvertures. Sawyer, lui, lit les espaces que ça crée et attaque à l’intérieur.
Quand tu vis avec ton centre, quand tu connais ses habitudes, ses tempos, ses réactions, tu n’as pas besoin de regarder. Tu sais.
C’est exactement ce qui est en train de se passer.
Et dans un programme comme Providence, discret médiatiquement, mais classé parmi l’élite nationale, Sawyer adore ce statut sous le radar. Il le dit sans détour : il est prêt à passer toute sa carrière à prouver que les gens se trompent.
Cette mentalité-là plaît énormément à Montréal.
Le Canadien est déjà très présent
Dans l’ombre, le CH suit tout ça de près..
Le directeur du développement Rob Ramage est souvent à Providence. Soupers, discussions individuelles, feedback constant. Sawyer parle d’une communication exemplaire. On lui dit ce qu’il fait bien. On lui dit ce qu’il doit améliorer.
Même chose avec le coach de skills Adam Nicholas, qui a insisté sur deux points précis : créer plus de séparation avant de tirer… et devenir plus fort physiquement.
Mission accomplie.
Sawyer entretient aussi une relation de longue date avec le prodige du CH, Michael Hage. Ils ont grandi dans les mêmes cercles de hockey à Toronto, se sont affrontés toute leur jeunesse. Ils se connaissent par cœur.
Ce genre de liens finit souvent par compter quand arrive le moment de bâtir un vestiaire professionnel.
Et du côté de la direction montréalaise, le message est clair.
Le DG Kent Hughes a récemment parlé publiquement de vouloir ajouter des joueurs avec un certain “F you” dans leur game. Des gars qui élèvent leur niveau quand la pression monte.
Quand on a rapporté ça à Sawyer, sa réaction a été instantanée.
Il adore cette mentalité.
En entrevue avec RG Média, Sawyer n’a pas hésité une seule seconde quand on lui a parlé de cette fameuse phrase du CH.
« J’adore cette attitude-là. Dans les gros matchs, les gros joueurs se lèvent. Moi, je sens vraiment que j’élève mon jeu quand ça compte. Honnêtement, j’ai beaucoup de “f... you mentality” dans ma game… et c’est une bonne chose. »
“I’ve got a lot of ‘F you’ in my game.” #GoHabsGo prospect Logan Sawyer on doubling his scoring, adding 25 pounds to his frame, his bond with Michael Hage, and why he may be Montreal’s most underrated prospect.https://t.co/UGtWUHtwJg
— RG (@TheRGMedia) February 13, 2026
Il dit clairement qu’il performe dans les gros matchs, qu’il aime quand ça brasse, qu’il sent qu’il devient meilleur quand l’enjeu grimpe.
Ses mots : il y a beaucoup de “F you” dans son jeu.
À 6’3”, près de 200 livres, avec une production qui double et une confiance qui déborde, ça commence à ressembler à un prototype très intéressant.
Un monstre qui sort tranquillement de l’ombre.
Sawyer sait exactement dans quel marché il se dirige.
Il parle avec admiration de la passion des partisans du Canadien. Il reçoit déjà des messages de fans. Il prend le temps de répondre. Il comprend ce que ça représente.
Pour l’instant, son nom circule peu. Pas de hype massive. Pas de clips viraux à répétition.
Mais les chiffres parlent.
Le corps parle.
Le jeu parle.
En un an, Logan Sawyer est passé d’un projet discret à un attaquant NCAA dominant physiquement, capable de marquer, de jouer dans les zones difficiles, de comprendre les détails d’un système structuré, et surtout d’imposer sa volonté.
Ce n’est plus seulement un espoir.
C’est un monstre en formation.
Et si sa trajectoire actuelle se maintient, le Canadien de Montréal pourrait bien avoir mis la main, au 78e rang, sur un joueur beaucoup plus précieux que ce que personne n’avait anticipé le soir du repêchage.
