Jakub Dobeš croyait peut-être que sa sortie publique allait provoquer un électrochoc, attirer de la sympathie, peut-être même forcer la main de Martin St-Louis.
Il pensait sans doute que dire tout haut ce qu’il vivait tout bas (deux semaines sans jouer malgré des victoires, une absence totale de communication, un malaise évident face au ménage à trois) allait accélérer son retour devant le filet.
Grosse erreur... coûteuse...
Car non seulement ses déclarations n’ont rien débloqué, mais elles ont confirmé, dans l’esprit de tout le monde au sein du Canadien, que la hiérarchie était scellée : Jacob Fowler est le présent et l’avenir, Samuel Montembeault l’accompagnement nécessaire, et Dobeš le candidat naturel à la rétrogradation.
En ce moment, Martin St-Louis est un entraîneur dégoûté... et blessé : la ligne rouge a été franchie.
Il n’y a pas eu de communiqué officiel, pas de déclaration frontale… mais il y a eu les regards, les silences et surtout, la réaction glaciale de Martin St-Louis.
Quand un journaliste lui a demandé de commenter l’échange entre Dobeš et le journaliste Herb Zurkowsky, St-Louis a répondu, visiblement irrité :
« Ce n’était vraiment pas une bonne question. »
Une manière polie de dire : vous venez de mettre mon jeune gardien dans une position impossible.
Mais la véritable crispation, la colère profonde, venait d’ailleurs : des propos de Dobeš lui-même.
Lorsqu’il a affirmé devant les caméras :
« J’ai parlé à Marty pour la première fois de ma vie. »…l ’impact a été instantané.
Le CH a vu un gardien exposer publiquement une faille interne, révéler une distance entre lui et son coach, et surtout, laisser entendre que la relation de confiance n’existait tout simplement pas.
« Je ne sais pas. J’ai gagné il y a deux semaines et je n’ai pas joué. Là, j’ai encore gagné. Merci, mais je ne sais vraiment pas. Je n’ai aucune réponse parce que je ne comprends rien à ce qui se passe. »
« Je ne parle pas à la direction. J’ai parlé à Marty pour la première fois de ma vie, mais je ne peux pas dire ce qui a été dit. Je ne comprends pas, je ne sais pas. J’aimerais pouvoir vous dire, mais je ne comprends rien de tout ça. »
« Tout ce que j’ai, ce sont mes coéquipiers et mes fans. C’est tout ce que j’ai. »
Pour St-Louis, qui protège férocement ses joueurs favoris, et dont la loyauté envers Montembeault et Fowler est connue, cela a été perçu comme une attaque indirecte, une accusation, une remise en question publique qu’il n’a pas digérée.
La confirmation silencieuse est arrivée : Fowler joue, Dobeš disparaît
Ce matin à Buffalo, l’image disait tout.
Devant le filet, Jacob Fowler, calme, imperturbable, choisi sans hésitation pour affronter une équipe qui roule avec 14 victoires à ses 16 derniers matchs.
Fowler semble être le partant
— Marc Denis (@MarcDenis_RDS) January 15, 2026
Les unités de PP 5c4 ce matin:
1: 48-14-13-20-93
2: 53-85-76-91-11@martybiron43 Invité spécial d’avant match.
Sabres (14 victoires dans les 16 derniers) vs Habs 19h sur @RDSca pic.twitter.com/AK14UUmQ90
Un défi que l’on réserve au gardien en qui on croit, au gardien qu’on veut voir grandir, au gardien qu’on veut placer sous les projecteurs.
Derrière lui, Dobeš n’était qu’un figurant.
Le CH sait parfaitement ce qu’il fait :
Offrir de vrais matchs de pression à Fowler, lui donner le filet sans détour, sans excuses, sans alternance forcée, pendant que Dobeš glisse lentement hors du cadre.
C’est le signe qui ne trompe jamais.
Pourquoi les propos de Dobeš ont été catastrophiques?
Dans l’industrie du hockey, tout se lit entre les lignes. Et dans ce cas-ci, les lignes formaient une conclusion cinglantel :
Il a admis ne pas comprendre les décisions de l’organisation.
Il a avoué n’avoir aucun lien réel avec son entraîneur.
Il a insinué être traité injustement malgré ses victoires.
Il a exprimé un isolement inquiétant : « je n’ai que mes coéquipiers et mes fans ».
Il a sous-entendu qu’un renvoi à Laval serait incompréhensible à ses yeux.
il a exposé publiquement une fissure interne, tout en défiant indirectement l’autorité du coach.
Pour un gardien en développement, c’est un péché cardinal à Montréal.
Le CH n’a pas puni Dobeš pour ce qu’il a dit.
Il l’a puni parce qu’il a osé le dire.
À Washington, Montembeault a livré un match gigantesque, 39 arrêts dans un contexte hostile.
Personne, absolument personne, ne peut l’accuser d’être le problème en ce moment.
Il a regagné la confiance du personnel.
Il a regagné sa place.
Et même si on sait qu’il pourrait être échangé un jour pour laisser le trône à Fowler, il est présentement un pilier que le CH refuse d’abandonner.
Fowler, lui, ne fait que renforcer son statut de rookie exceptionnel, de phénomène mental, de pari gagnant à long terme.
Et Dobeš?
Il a parlé.
Et Montréal a écouté.
Et Montréal a refermé la porte.
Oui, à l’entraînement à Buffalo, le message était clair :
La décision est prise, même si elle n’est pas encore annoncée officiellement.
Dobeš croyait ouvrir un débat.
Il l’a fermé.
Sur lui.
Le CH ne lui envoie pas seulement un signe.
Le CH lui dit, dans le langage non verbal le plus cruel du hockey : tu n’es plus dans nos plans immédiats.
Et bientôt, peut-être dès la fin du voyage…
Laval deviendra sa nouvelle réalité.
