Reconstruire sans souffrir financièrement, ça n’existe pas.
Reconstruire en contrôlant le chaos, par contre, c’est exactement là que Kent Hughes a choisi de se positionner.
À première vue, voir le Canadien de Montréal frôler le plafond salarial à 95 millions de dollars en pleine reconstruction peut sembler contre-nature.
En réalité, c’est un choix froid, calculé… et temporaire.
Le Canadien n’est pas riche par accident. Il est chargé volontairement.
Aujourd’hui, le CH est pratiquement au plafond sans être un véritable aspirant à la Coupe Stanley.
Ce paradoxe choque, mais il s’explique facilement quand on regarde où l’argent est placé et quand il va disparaître.
Les contrats lourds ... ceux qui donnent l’impression que le couteau est sur la gorge ... sont précisément ceux qui ne feront pas partie de la vraie fenêtre.
Brendan Gallagher à 6,5 M$, Phillip Danault à 5,5 M$, Josh Anderson à 5,5 M$.
Ces ententes-là ont une date d’expiration claire : 2027.
Elles servent de pont. Elles absorbent du cap maintenant pour éviter d’en brûler plus tard, quand chaque dollar comptera vraiment.
À ça s’ajoute Patrik Laine. Un contrat de 8,7 M$ qui saute dès la fin de la saison.
Une libération immédiate. Une respiration programmée. Kent Hughes le sait : tant que ce montant-là existe, il n’y a aucune urgence d’accélérer.
C’est là que le plan prend tout son sens.
La vraie fenêtre du Canadien ne commence pas maintenant. Elle commence entre 2027 et 2029-2030, quand le noyau aura atteint sa maturité.
Et ce noyau, ce ne sont pas les vétérans qu’on critique aujourd’hui.
Ce sont les jeunes qui apprennent, qui dominent à leur façon, sans obligation immédiate de performer pour gagner la Coupe.
Au centre de tout ça, Ivan Demidov.
Demidov est encore une recrue, même s’il joue déjà comme un joueur d’impact.
Aujourd’hui, il bénéficie d’un contrat d’entrée avec des bonis.
Demain, ce sera fini.
Après 2027, on parlera d’un gros chèque, sans A ni B, sans plafond psychologique.
Imaginez Demidov après une autre saison complète, puis une deuxième, avec plus de confiance, plus de responsabilités, plus de domination. Le prix grimpera vite. Très vite.
Même logique pour Lane Hutson. Aujourd’hui, son contrat est signé, sécurisé, intégré à la structure.
Mais son impact, lui, ne fait que commencer.
Attendre que les contrats de Gallagher, Danault et Anderson tombent, c’est libérer des millions exactement au moment où Demidov devra être payé.
Le danger n’est pas aujourd’hui. Le danger serait de gaspiller cette flexibilité avant qu’elle serve.
Même des dossiers comme Alexandre Carrier s’inscrivent dans cette logique.
Défenseur utile, fiable, mais qui arrivera à 29 ans au moment de renégocier.
Est-ce qu’il fera partie du noyau de la vraie fenêtre? Peut-être. Peut-être pas. Mais là encore, la décision se prendra quand l’argent lourd sera enfin libéré.
Pour l’instant, le Canadien accepte l’inconfort.
Accepte de frôler le plafond. Accepte les critiques. Accepte l’impression de stagnation.
Parce que la priorité n’est pas de gagner maintenant. Elle est de ne pas bloquer demain.
Le plan de Kent Hughes repose sur une idée simple, mais difficile à avaler pour les partisans : mieux vaut être serré aujourd’hui que coincé demain.
Quand la vraie fenêtre s’ouvrira, le CH ne sera pas seulement jeune et talentueux.
Il sera financièrement prêt.
Et à ce moment-là, chaque dollar libéré par les contrats actuels servira à entourer Demidov, Hutson, Suzuki, Slafkovsky et compagnie comme il se doit.
Les 95 millions dépensés aujourd’hui ne sont pas une erreur.
Ils sont le prix à payer pour que, demain, le Canadien puisse enfin dépenser au bon moment, pour les bonnes raisons.
La patience n’est pas un manque d’ambition.
C’est la condition essentielle pour que cette reconstruction aboutisse.
À suivre ...
